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Moyen Orient et Monde - Révolte

L’Occident hausse timidement le ton contre Damas

L'armée syrienne s'est déployée hier en force à Deraa et Douma, tirant sur les habitants - les témoins parlent de « massacres » - et obligeant la communauté internationale à hausser le ton, bien que timidement, contre la répression. À New York, le Conseil de sécurité de l'ONU discutait en soirée d'une déclaration, proposée par quatre pays européens, pour condamner la violence contre les manifestants.

À Banias hier, des manifestants ont scandé des slogans pour la chute du régime. Une figure de la contestation dans la ville, cheikh Anas Aïrout, a dit craindre un assaut des militaires et des forces de sécurité. Photo Reuters

L'armée syrienne a envoyé hier des renforts à Deraa, au lendemain de son entrée en force dans cette ville. « De nouveaux renforts des forces de sécurité et de l'armée sont entrés à Deraa », a indiqué un militant des droits de l'homme. Il a fait état de « tirs contre les habitants ». « La mosquée Abou Bakr Assidiq est la cible de tirs intensifs (...). Des chars sont postés et des barrières installées aux entrées de la ville », empêchant les gens de pénétrer à Deraa, a-t-il ajouté. Selon lui, des soldats ont fait défection et font face à l'armée qui encercle Deraa, où est né le mouvement de contestation le 15 mars. « Les forces de sécurité ont visé particulièrement les réservoirs d'eau, alors que la ville est depuis deux jours isolée du monde, sans eau, sans électricité », a-t-il encore dit. Au moins 25 personnes ont été tuées lundi dans le pilonnage de Deraa, où plus de 3 000 soldats appuyés par des blindés et des chars étaient entrés avant l'aube, selon des militants. « Les tirs et les explosions n'ont pas cessé depuis lundi à l'aube. Des chars circulent dans la ville de Deraa, des hommes armés font des descentes dans des maisons et tuent les hommes (...). C'est un massacre », a déclaré un Syrien bloqué au poste de Ramtha, à la frontière entre la Jordanie et la Syrie. D'après les autorités, l'armée est entrée à Deraa « en réponse aux appels au secours lancés par les habitants pour mettre fin aux actes de sabotage et d'assassinat commis par des groupes terroristes extrémistes ».
Une figure de la contestation à Banias a dit craindre un assaut similaire contre cette ville du Nord-Ouest, où des milliers de personnes, selon lui, ont défilé en journée pour les libertés. « Nous leur résisterons (...) et s'ils nous tuent, nos âmes sortiront des tombeaux et demanderont la liberté », a dit cheikh Anas Aïrout. À Douma, où un témoin avait fait état lundi d'opérations des forces de l'ordre et d'une situation « dramatique », la cité ressemble à « une ville fantôme, tous les commerces sont fermés, ainsi que les institutions publiques », a indiqué hier un témoin. Un autre témoin a rapporté que les forces de sécurité se sont déployées en tenue de combat et avec des camions équipés de mitrailleuses lourdes dans les rues de la ville. Ce déploiement concerne plus de 2 000 policiers, qui patrouillent dans les rues et ont installé des barrages pour effectuer des contrôles d'identité. Selon ce témoin, des membres en civil de la police secrète sont munis de fusils d'assaut.
À Damas, dans le quartier d'al-Tal, des militants ont manifesté en soutien aux habitants de Deraa et Douma, scandant des slogans pour le renversement du régime. Des manifestations similaires se sont également tenues à Amuda. Selon des témoins, à Alep, les « Chabbiha » ont attaqué le siège de l'ordre des médecins, en dépit de la présence des forces de sécurité. Selon le site SNN sur Facebook, des camions transportant des légumes et de la farine ont été autorisés à pénétrer dans Moadamiya. Toujours selon SNN, à Jableh, les familles envoient les enfants de moins de 10 ans courir dans les rues pour prévenir l'arrestation des hommes adultes.
L'Organisation syrienne des droits de l'homme (Sawassiya) a fait état hier « d'au moins 400 personnes » tuées par les forces de sécurité depuis le déclenchement de la « révolution ». Face à ce comportement « barbare », elle a réclamé la tenue « rapide » d'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU « pour faire cesser l'effusion de sang ». Sawassiya a également affirmé que quelque 500 militants prodémocratie ont été arrêtés après la reprise en main par le régime lundi des foyers de contestation, notamment à Deraa. Parallèlement, l'opposant Mahmoud Issa, arrêté la semaine dernière à Homs, a été traduit hier devant la justice militaire pour possession d'un téléphone satellitaire, a indiqué le président de l'Observatoire syrien des droits de l'homme, Rami Abdel Rahmane. Par ailleurs, le militant et intellectuel Qassem Azzaoui a été arrêté hier à Deir Ezzor, après avoir participé à une manifestation vendredi dans cette ville.
À l'étranger, plusieurs pays se sont élevés contre la répression, sans proposer de mesures concrètes. Rome et Paris sont « préoccupés » par la situation et appellent le régime du président Bachar el-Assad à « arrêter la répression violente », a déclaré le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, à l'issue d'un sommet franco-italien. « On n'envoie pas des chars, l'armée face à des manifestants, la brutalité est inacceptable », a renchéri Nicolas Sarkozy. Mais le président français, dont le pays a été à la pointe de l'intervention internationale en Libye, a exclu une intervention militaire en Syrie sans une résolution préalable du Conseil de sécurité de l'ONU. Le gouvernement italien a déconseillé à ses ressortissants de se rendre en Syrie et a incité ceux qui se trouvent sur place d'éviter les manifestations. Lundi soir, les États-Unis ont ordonné aux familles des diplomates et au personnel non essentiel de son ambassade de Damas de quitter la Syrie, en raison de « l'instabilité et de la situation incertaine » régnant dans ce pays. Lundi matin, Washington avait dit réfléchir à « des sanctions ciblées » à l'encontre de hauts responsables syriens. Mais hier, un haut responsable du département d'État a affirmé que les États-Unis veulent répondre « pour le moment » par la diplomatie aux violences contre la population en Syrie. À Paris, le ministère des Affaires étrangères a exigé hier des « mesures fortes » de l'ONU et de l'UE, tandis que le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, a assuré travailler avec ses partenaires européens et l'ONU sur la « possibilité de mesures supplémentaires ». Liam Fox, ministre britannique de la Défense, s'est prononcé pour des réformes en Syrie, tout en estimant qu'il existe des limites à ce que des pays tiers peuvent faire pour faire cesser la répression des manifestations en faveur de la démocratie. Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, dont le pays entretient d'étroites relations avec la Syrie, a appelé le président Assad à avancer sur la voie des réformes. Voix discordante dans ce concert de condamnations, le président du Venezuela, Hugo Chavez, a envoyé lundi un message de soutien à son homologue syrien Bachar el-Assad, dans lequel il critique le « cynisme » de la communauté internationale qui, selon lui, veut intervenir militairement en Syrie.
En soirée, nous apprenions que le Conseil de sécurité de l'ONU discutait d'une déclaration proposée par quatre pays européens qui souhaitent condamner la violence contre les manifestants. Des consultations formelles sur la déclaration - proposée par la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne et le Portugal - devaient commencer après une intervention du secrétaire général, Ban Ki-moon. Par ailleurs, le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme a indiqué hier avoir reçu une invitation des autorités syriennes proposant l'envoi d'une mission dans leur pays. Il a toutefois précisé que rien n'était encore décidé.
(Source : agences)
L'armée syrienne a envoyé hier des renforts à Deraa, au lendemain de son entrée en force dans cette ville. « De nouveaux renforts des forces de sécurité et de l'armée sont entrés à Deraa », a indiqué un militant des droits de l'homme. Il a fait état de « tirs contre les habitants ». « La mosquée Abou Bakr Assidiq est la cible de tirs intensifs (...). Des chars sont postés et des barrières installées aux entrées de la ville », empêchant les gens de pénétrer à Deraa, a-t-il ajouté. Selon lui, des soldats ont fait défection et font face à l'armée qui encercle Deraa, où est né le mouvement de contestation le 15 mars. « Les forces de sécurité ont visé particulièrement les réservoirs d'eau, alors que la ville est depuis deux jours isolée du monde, sans eau, sans électricité », a-t-il encore...
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