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Moyen Orient et Monde - Conférence

Les intifadas dans le monde arabe : approches explicatives

Comment expliquer ce qui se passe aujourd'hui dans le monde arabe ? Quels sont les facteurs qui ont déclenché ces turbulences ? Telles étaient les questions soulevées lors d'une causerie organisée par l'Institut des sciences politiques (ISP) de l'USJ.
Sans prétendre apporter des réponses définitives au phénomène des révolutions en chaîne qui continuent d'agiter la scène arabe, les participants, deux professeurs d'université, Fahmiyeh Charafeddine et Raghid Solh, un syndicaliste, Ghassan Slaiby, et une experte en médias sociaux, Rita Chemali, se sont penchés sur la question en apportant des éclairages divers, de type social, politique et économique.
En essayant de répondre à la question de savoir comment ces révolutions ont débuté, Fahmiyeh Charafeddine, professeur de sociologie à l'UL, a mis en exergue ce qu'elle a appelé les « accumulations négatives » - le despotisme, les misères subsidiaires, l'exclusion etc. - et les accumulations positives - les nouvelles idées des droits de l'homme, la chute de l'URSS, le colloque de Pékin - au cours des soixante dernières années dans le monde arabe. C'est le brassage de ces accumulations contraires qui a conduit, à un moment donné, à l'explosion populaire, explique-t-elle.
Tout au long de son exposé, Mme Charafeddine insistera sur le caractère spontané de ces mouvements, « qui n'ont pas été médités intellectuellement », éludant la théorie du complot qui consiste à y voir une réaction téléguidée par l'Occident, plus particulièrement les États-Unis. Selon elle, l'apport des idées occidentales a été certes important, mais il faut reconnaître que le corpus idéologique des révolutions nationalistes et par la suite socialistes dans le monde arabe existait déjà. Il a largement contribué à donner naissance à un nouveau corpus qui a inspiré les nouveaux slogans des jeunes réformateurs, souligne-t-elle.
Politologue et conseiller à l'Institut Issam Farès, Raghid Solh s'est penché sur ce qu'il a appelé la dichotomie entre démocratie socio-économique et démocratie socio-politique. Une dichotomie qu'il juge fallacieuse, puisqu'en réalité elle servait l'intérêt des régimes despotiques dans la région. Après avoir expliqué l'échec du système néolibéral notamment en Tunisie et en Égypte (la privatisation n'aura profité qu'aux classes dirigeantes corrompues en affaiblissant le secteur public), système qui a élargi le fossé entre riches et pauvres, M. Solh a démontré comment les promesses de réformes politiques sont également restées de l'ordre du théorique. Et de conclure que les masses arabes ont fini par défier le statu quo en réclamant simultanément une justice sociale et un système de gouvernance démocratique.
Ghassan Slaiby, représentant au sein de l'Internationale des services publics, s'est penché pour sa part sur le rôle des syndicats dans les mouvements sociaux arabes récents. Il a relevé qu'à l'exception de l'Union générale des travailleurs tunisiens, de la Fédération générale des syndicats à Bahreïn et de différentes centrales syndicales marocaines, les centrales syndicales arabes ont appuyé les régimes politiques et n'ont pas participé aux mouvements sociaux. « Face aux centrales syndicales appuyant le pouvoir, des groupes ouvriers et des syndicats indépendants ou autonomes à l'égard des centrales et du régime politique ont participé aux mouvements. C'est ce qui apparaît manifestement dans trois pays jusqu'à présent : en Égypte, en Algérie et en Jordanie », a-t-il précisé.
Spécialiste des médias sociaux, Rita Chemali a présenté, de manière exhaustive, les différents médias numériques qui, a-t-elle dit, « ont constitué la pierre de voûte des mouvements sociaux ». L'intervenante a passé en revue les différents sites interactifs utilisés pour propager l'information, coordonner les mouvements des jeunes et inciter à l'action, « créant ainsi de nouveaux liens de solidarité et de sociabilité notamment pour contourner la censure ». La nouvelle génération de médias a également été fort utile par moments pour alerter sur les disparus lors des arrestations, voire pour les retrouver. Le rôle de ces médias a été certes primordial, mais il ne faut pas oublier que la révolution effective a bel et bien eu lieu dans la rue, a néanmoins souligné Mme Chemali.
Sans prétendre apporter des réponses définitives au phénomène des révolutions en chaîne qui continuent d'agiter la scène arabe, les participants, deux professeurs d'université, Fahmiyeh Charafeddine et Raghid Solh, un syndicaliste, Ghassan Slaiby, et une experte en médias sociaux, Rita Chemali, se sont penchés sur la question en apportant des éclairages divers, de type social, politique et économique.En essayant de répondre à la question de savoir comment ces révolutions ont débuté, Fahmiyeh Charafeddine, professeur de sociologie à l'UL, a mis en exergue ce qu'elle a appelé les « accumulations négatives » - le despotisme, les misères subsidiaires, l'exclusion etc. - et les accumulations positives - les nouvelles idées des droits de l'homme, la chute de l'URSS, le colloque de Pékin - au cours des soixante...
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