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Moyen Orient et Monde - Analyse Syrie

Quelques scénarios pour une crise appelée à durer

En butte au plus grand défi qui se soit présenté à lui en onze ans d'exercice du pouvoir, Bachar el-Assad a essayé la répression, les concessions économiques et les promesses de réformes pour mettre fin aux manifestations populaires dirigées contre son régime. Mais les troubles ne diminuent pas. Bien que les Syriens qui réclament des libertés semblent encore loin de pouvoir déloger Assad, aucun dirigeant arabe n'est à l'abri dans une région électrisée depuis le début de l'année par les renversements rapides de régimes autocratiques. Par ailleurs, la Syrie se trouvant sur les lignes de faille de plusieurs conflits régionaux, les Assad ont mené des politiques extérieures assez prévisibles. Tout changement politique dans ce pays serait un événement majeur pour ses amis et ses adversaires dans une région des plus instables.
Voici quelques scénarios de l'évolution possible en Syrie, avec les risques et les possibilités qu'ils impliqueraient.

Assad garde le pouvoir et introduit des réformes
Le président syrien peut décider de ployer sous le vent et de procéder à des réformes de grande portée. Il a promis la semaine dernière de remplacer l'état d'urgence par une législation antiterroriste et de nommer un nouveau cabinet. Les manifestants demanderont cependant la preuve qu'Assad, 45 ans, est capable d'une vraie rupture avec le passé. Il s'est précédemment refusé à des réformes politiques, et ses initiatives pour moderniser une économie de type socialiste n'ont pas suffi à créer des emplois ni à alléger les conditions de vie.
Le problème de M. Assad est qu'en démantelant l'appareil de la répression, en opposant un État de droit à la corruption ou en laissant de nouveaux partis affronter le Baas, il supprimerait les bases de son pouvoir sans garantie pour sa survie politique. Cette orientation risquée lui vaudrait sans doute un retour de popularité, mais il lui faudrait affaiblir son propre entourage et renoncer au modèle d'autorité qui prévaut depuis le coup d'État qui porta son père Hafez au pouvoir en 1970.

Le mouvement de contestation est écrasé
Voilà près de trente ans, Assad père avait laminé sans état d'âme un soulèvement islamiste armé, tuant des milliers de personnes dans la ville de Hama au cours d'opérations militaires dissimulées au regard de l'étranger. Ce type de violence serait plus difficile à mettre à exécution aujourd'hui : malgré les restrictions imposées aux médias, les Syriens peuvent utiliser les caméras intégrées à leurs téléphones mobiles pour diffuser des images sur YouTube.
Néanmoins, le ministère de l'Intérieur actuel considère que la Syrie fait face à une insurrection armée de musulmans salafistes. Les forces de sécurité dirigées par des alliés d'Assad n'hésitent pas à réprimer les manifestants au moyen de matraques, de gaz lacrymogènes et de balles réelles. La manière forte est l'option la plus vraisemblable pour un Bachar el-Assad en difficulté qui cherche à garder le soutien de sa communauté minoritaire alaouite, d'une partie de la majorité sunnite et d'autres Syriens ayant intérêt au statu quo.

Assad se retire ou est renversé
Impensable il y a quelques semaines encore, un changement de régime reste une hypothèse hasardeuse, même si la persistance des manifestations rend moins absurde l'idée qu'Assad s'efface. Ce qui suivrait alors - transition pacifique, putsch militaire, instabilité prolongée ou guerre civile - est impossible à prévoir. La chute en 2003 de Saddam Hussein, seul autre dirigeant baassiste du monde arabe, a plongé l'Irak dans un chaos violent pendant des années. La Syrie à majorité sunnite, dominée par la petite minorité alaouite (10 % de la population) sous l'autorité du Baas, connaît d'autres clivages ethniques ou confessionnels. Le pays abrite en effet des Kurdes frondeurs, des druzes et des chrétiens.
Les manifestants anti-Assad insistent sur l'unité nationale plus que sur des identités plus étroites, et beaucoup attendent des réformes plus qu'un changement de régime. Mais si le régime baassiste s'effondrait, la Syrie aborderait l'inconnu et des tensions latentes depuis longtemps pourraient ressurgir.

Implications régionales
Quel que soit le scénario appelé à se dérouler, la Syrie sera sans doute secouée par ses problèmes internes durant de longs mois, ce qui réduit ses chances d'engager une initiative d'envergure comme la reprise de pourparlers de paix avec Israël sur le plateau du Golan occupé. La Syrie, encore en état de guerre technique avec Israël, a aussi des frontières avec le Liban, la Turquie, l'Irak et la Jordanie. Israël pourrait regretter un renversement d'Assad. Bien que ce dernier ait contribué à armer le Hezbollah et qu'il ait hébergé des groupes palestiniens radicaux comme le Hamas et le Jihad islamique, il a maintenu le calme qui prévaut sur la frontière israélo-syrienne depuis la guerre de 1973. L'agitation en Syrie pourrait écarter du pouvoir les pragmatiques du Baas au profit de groupes islamistes ou nationalistes plus hostiles à Israël.
Les États-Unis, occupés en Afghanistan, en Irak et en Libye, avaient indiqué lundi qu'ils ne cherchaient pas à déstabiliser le gouvernement syrien, bien que, selon des câbles diplomatiques cités par le Washington Post, des exilés syriens et d'autres dissidents reçoivent des fonds américains depuis 2006. Malgré son opposition à la politique américaine et israélienne au Proche-Orient, la Syrie a joué la prudence, conjuguant son idéologie nationaliste arabe et les liens qui l'unissent à l'Iran avec la volonté d'être acceptée en Occident et de parvenir un jour à la paix avec Israël.
D'un autre point de vue, Washington pourrait voir des avantages à l'avènement à Damas d'un régime sunnite qui mettrait fin à trois décennies d'alliance avec l'Iran et de soutien au Hezbollah, ceci en se rapprochant peut-être de l'Arabie saoudite et d'autres gouvernements sunnites. Il s'ensuivrait une refonte du paysage politique au Liban, où le Hezbollah et ses alliés chiites et chrétiens ont repris le dessus au détriment de leurs adversaires sunnites et chrétiens appuyés par Washington.
Tout affaiblissement de l'alliance de l'Iran avec la Syrie affecterait la capacité de Téhéran à projeter son influence sur le Proche et le Moyen-Orient. L'Irak, ex-rival baassiste de la Syrie, serait aussi bousculé par un changement de donne à Damas, qui a souvent joué un rôle ambigu chez son voisin depuis l'invasion américaine de 2003.
(Source : Reuters)
En butte au plus grand défi qui se soit présenté à lui en onze ans d'exercice du pouvoir, Bachar el-Assad a essayé la répression, les concessions économiques et les promesses de réformes pour mettre fin aux manifestations populaires dirigées contre son régime. Mais les troubles ne diminuent pas. Bien que les Syriens qui réclament des libertés semblent encore loin de pouvoir déloger Assad, aucun dirigeant arabe n'est à l'abri dans une région électrisée depuis le début de l'année par les renversements rapides de régimes autocratiques. Par ailleurs, la Syrie se trouvant sur les lignes de faille de plusieurs conflits régionaux, les Assad ont mené des politiques extérieures assez prévisibles. Tout changement politique dans ce pays serait un événement majeur pour ses amis et ses adversaires dans une région des plus...
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