Trois jours après l'arrestation de l'ex-président Laurent Gbagbo, la vie reprenait lentement ses droits dans la capitale économique. De nombreux taxis ont recommencé à circuler dans le Sud. Des femmes les empruntaient pour aller au marché et revenaient chargées de provisions après des jours d'enfermement et de pénurie. Les terminaux du port d'Abidjan pourraient reprendre les chargements de cargos, notamment de cacao, d'ici le début de la semaine prochaine, a par ailleurs déclaré un responsable du groupe de transport maritime Maersk. La plupart des quartiers ne portent pas de traces des combats, qui ont été localisés, mais les signes de pillages sont partout visibles. Les stocks alimentaires du Programme alimentaire mondial à Abidjan, 3 000 tonnes de nourriture, ont été entièrement pillés, conduisant à un arrêt des distributions de nourriture.
Dans la journée, de nombreux éléments des Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) de M. Ouattara, parfois aidées de soldats français, ont patrouillé la principale ville du pays pour rétablir l'ordre. La priorité des forces françaises est d'appuyer la mission de l'ONU, l'Onuci, pour favoriser « le retour à la vie normale » à Abidjan, a expliqué l'état-major français tandis que des patrouilles franco-ivoiriennes se mettaient en place.
Dans sa première conférence de presse depuis la chute de son rival, Alassane Ouattara avait promis mercredi une « pacification totale » d'ici « un à deux mois ». Dans une déclaration, le Conseil de sécurité de l'ONU l'a encouragé à former un gouvernement « avec une large assise » et « exhorté tous les Ivoiriens à s'abstenir de toute mesure de représailles, de vengeance et de provocation, à exercer la plus grande retenue et à travailler ensemble pour promouvoir la réconciliation nationale et rétablir une paix durable ».
L'envoyé spécial des Nations unies a, par ailleurs, effectué hier une sortie en ville, jugeant que la situation s'améliorait plus rapidement que prévu. « La sécurité s'améliore plus rapidement que nous ne nous y attendions. Les gens sortent de plus en plus nombreux de chez eux, les taxis circulent... Nous encourageons la population à sortir de chez elle », a expliqué Choi Young-jin, après avoir traversé la ville dans un convoi d'une vingtaine de véhicules. « La probabilité d'une guerre civile est très, très faible. Ce n'est pas dans la culture ivoirienne de se massacrer », a ajouté M. Choi, bien que des organisations des droits de l'homme s'inquiètent de représailles contre les partisans du président déchu. « Les destructions en ville sont minimales. Les infrastructures (eau, électricité) n'ont pas été touchées. Les pertes en vies humaines sont inacceptables, mais il faut les mettre en perspective », a-t-il souligné, rappelant les bilans beaucoup plus meurtriers des conflits au Liberia et en Sierra Leone. Près de 900 personnes ont été tuées dans des violences qui ont suivi le refus de M. Gbagbo de reconnaître sa défaite à la présidentielle de novembre, selon l'ONU.
Une douzaine d'ONG ont jugé hier que la Côte d'Ivoire ainsi que le Liberia, où se sont réfugiés de nombreux Ivoiriens, avaient sombré dans un « terrible désastre humanitaire ». Elles ont réclamé un soutien financier international d'urgence dans un communiqué signé notamment par Action contre la faim, Handicap International, Oxfam et Secours catholique-Caritas France.
Enfin, à Paris, une fille de l'ancien président Gbagbo a saisi des avocats français pour étudier la « légalité » de l'arrestation de ses parents. Mercredi soir, Ouattara a indiqué que son rival avait été transféré en sécurité dans le nord du pays. M. Choi a dit hier avoir rencontré Laurent Gbagbo et l'avoir assuré que sa sécurité serait assurée en Côte d'Ivoire et qu'il serait traité avec dignité.

