La télévision libyenne a diffusé hier des images de Mouammar Kadhafi circulant à Tripoli « sous les bombes de l’OTAN ». Photo Reuters
Avant la réunion de Berlin, Paris et Londres avaient claironné leur intention de presser les alliés « d'intensifier » les raids aériens en fournissant plus d'avions et en les autorisant à participer aux frappes. Un diplomate allié avait évalué à une dizaine d'avions d'attaque au sol les besoins de l'OTAN. Hier, le commandant en chef de l'OTAN en Europe, l'amiral James Stavridis, a fait un exposé aux ministres confirmant qu'il avait demandé il y a déjà plusieurs jours aux alliés de lui fournir « quelques avions », a indiqué le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen. « Je suis convaincu que des pays (membres de l'OTAN) seront au rendez-vous pour fournir ces moyens », a-t-il ajouté, en évoquant des « indications » en ce sens. Quant à la suite, l'OTAN continuera l'opération « Protecteur unifié (...) aussi longtemps que ce sera nécessaire », a-t-il déclaré. « Nous allons faire tout ce qu'il faut pour protéger les civils, et pas seulement en parole mais aussi en actions », a-t-il poursuivi, en soulignant que l'OTAN avait déjà effectué 2 000 missions depuis qu'elle avait pris en main les opérations le 31 mars.
Les chefs de la diplomatie ont adopté une déclaration dans laquelle ils exposent clairement leurs objectifs militaires en trois points, qui devront être satisfaits avant qu'il puisse être question d'un cessez-le-feu. Toutes les attaques contre les civils doivent cesser. Les militaires doivent retourner dans leurs casernes et se retirer de toutes les villes où ils sont déployés ou qu'ils assiègent, telles Ajdabiya, Brega, Misrata et neuf autres dans l'ouest comme dans l'est du pays. Enfin, une aide humanitaire doit pouvoir être fournie en toute sécurité à tous ceux qui en auraient besoin à travers le pays. Dans cette même déclaration, l'OTAN a « endossé fermement » l'appel lancé la veille par le Groupe de contact réuni à Doha pour que le colonel Kadhafi se retire. C'est la première fois que l'OTAN se prononce aussi clairement et unanimement sur la nécessité du départ du pouvoir du leader libyen. La secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a assuré, quant à elle, que les États-Unis « soutiendraient fortement » l'opération de l'OTAN jusqu'au départ de Mouammar Kadhafi. En outre, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a appelé à une solution « politique » et à un « cessez-le-feu immédiat » en Libye, lors d'une réunion internationale à la Ligue arabe au Caire. La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a pour sa part déclaré que « la position de l'UE est très claire, le colonel Kadhafi doit se retirer immédiatement ».
Pour sa part, le nouveau ministre libyen des Affaires étrangères, Abdelati Laabidi, a plaidé à Chypre pour « une solution politique » au conflit dans son pays. Parallèlement, lors d'un sommet en Chine, les cinq pays émergents du BRICS se sont prononcés contre l'usage de la force en Libye. D'autre part, l'ancien ministre libyen des Affaires étrangères, Moussa Koussa, qui a récemment fait défection, n'est plus visé par les sanctions financières imposées par l'Union européenne, a annoncé le gouvernement britannique. Le blocage de ses avoirs est donc levé.
Sur le terrain, un responsable de la rébellion libyenne a affirmé que les forces de Kadhafi avaient bombardé le port de Misrata, à l'est de Tripoli, faisant au moins 13 morts et une cinquantaine de blessés. Des centaines d'habitants de la ville assiégée sont descendus dans les rues hier en dépit de ces bombardements, selon des images diffusées par la chaîne al-Jazira. « Le sang des martyrs ne sera pas versé en vain », scandait la foule. De violents échanges de tirs ont également eu lieu à Ajdabiya. Enfin, la télévision libyenne a diffusé des images de Mouammar Kadhafi circulant à Tripoli dans un véhicule décapotable, en précisant que la scène avait eu lieu alors que la capitale était bombardée par l'aviation de l'OTAN. Sur ces images, le dirigeant libyen portait un chapeau de safari kaki, des lunettes de soleil et une veste noire et faisait des signes à la foule en brandissant les poings. À un moment, sa voiture a ralenti et des dizaines de personnes s'en sont approchées pour acclamer le chef de la révolution libyenne. Un homme assis sur le siège avant a scandé « Dieu, Libye, Mouammar et rien d'autre ».
(Source : agences)

