Six solistes qui ont accordé leurs instruments le temps d’un concert. (Sami Ayad)
Concert à quelques jours du dimanche des Rameaux, sans avoir toutefois aucune teinte sacrée ou pascale, par un sextuor où les cordes, exclusivement, avaient le vent en poupe. Sous la flaque de lumière, six musiciens solistes: premier violon ondin Brezeanu, second violon Daniel Badaruta, altos Anna Gyocchyan et Lucian Cristea, violoncelle Roman Storojenco et Magdalena Sokola.
En ouverture, des pages d'Alexandre Borodine où, entre allegro et andante, le compositeur du chatoyant poème symphonique Dans les steppes de l'Asie centrale laisse filtrer une inspiration tout en nuances et cadences subtiles. Mais hélas, servie ici avec des dérapages de synchronisation et de netteté de son, surtout du côté du second violon. Tout en puisant dans l'esprit du folklore russe, la musique de Borodine, un des plus éminents représentants du « groupe des cinq » qui ont révolutionné l'art de composer au pays des tsars, n'en est pas moins d'une modernité et d'une nouveauté enchanteresses. Avec des accents empruntant des tonalités colorées, enrobées de demi-teintes finement romantiques.
Après un petit entracte, place au Sextet 70 dit Souvenir de Florence, un opus radieux de Piotr Illytch Tchaïkovsky (joué pour la première fois en 1892 à Saint-Pétersbourg) où sa joie de retrouver son frère en Italie et la liberté, après l'austérité et le froid de la terre des datchas, est comme un rai de lumière pour un détenu...
Quatre mouvements (allegro con spirito, adagio cantabile e con moto, allegro moderato, allegro vivace) pour une longue narration alliant éclats passionnés, flambées lyriques, promenades insouciantes, vagabondage d'un esprit soudain léger et intensément épris de vivre... Une œuvre singulière pour un moment sublime. Avec la réserve que le premier mouvement, un peu discordant et aux notes gondolées, était bien moins maîtrisé dans son exécution que les trois autres. Compensation avec la finale, un allegro vivace à la célérité vibrante et intense, parfaitement traduite.
Œuvre d'une grande finesse de composition et requérant des qualités d'exécution, ce Souvenir de Florence révèle non seulement le tempérament du compositeur de la Pathétique et de Casse-Noisette, mais aussi sa rage de vivre et sa sensibilité d'écorché vif.
Une longue salve d'applaudissements et, en bis, dès le retour des musiciens sur scène, comme pour rester immergé dans le rêve et la lumière du compositeur du Lac des Cygnes, reprise d'un mouvement du splendide Souvenir de Florence.


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