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Liban - Éclairage

La population étouffe, exsangue, et le new deal lambine

Le président Nagib Mikati entre dans la onzième semaine suivant sa désignation sans paraître au bout de sa peine. Les choses traînent en longueur. Alors que cela ne va pas sans certains périls, du fait qu'il n'y a pas d'autorité pouvant prendre des décisions importantes, comme on l'a vu pour les prisons avec l'épisode sanglant de l'émeute de Roumieh. De même, ce n'est pas un gouvernement simplement chargé d'expédier les affaires courantes qui peut, en cas de provocation, de fuite en avant militariste israélienne, décider de la guerre. Pas plus qu'il ne peut traiter les effets de l'acte d'accusation, s'il devait être publié.
Mais le principal c'est que les prix flambent comme l'essence, produit moteur s'il en est. Les problèmes socio-économiques, financiers et budgétaires s'aggravent à la vitesse grand V, sans qu'il n'y ait de pouvoir pour les traiter. La stabilité économique et financière se trouve ébranlée, soulignent les professionnels, largement en partie des obligations financières que le Liban est tenu d'honorer. Le moratoire consenti par les créanciers, suite aux sollicitations pressantes de la Banque centrale libanaise, dirigée par Riad Salamé, ne court pas indéfiniment. Il faut un gouvernement en bonne et due forme pour négocier le rééchelonnement de la dette publique nationale, prérogative majeure que la BC n'a pas.
Les responsables de la crise ou, si l'on préfère, les irresponsables, s'accusent les uns les autres de la prolonger. Mais le fait est que la nouvelle majorité n'a pas dit son dernier mot, pas pris une décision d'ensemble définitive. Elle reste plongée dans des tractations et des tiraillements internes, en son propre sein, autant qu'avec le président Nagib Mikati. Les surenchères au sujet du partage du gâteau battent leur plein entre les composantes de ce front. La confusion se trouvant exacerbée par une question d'identification : qui est qui, qui est où, qui veut quoi ? En effet, dans la majorité nouvelle, on compte, et le président Nabih Berry le souligne avec force, bien d'autres éléments que le 8 Mars classique : Joumblatt, Mikati et les hommes du président, par exemple. Le plat de résistance est en outre désuni : le CPL et Berry ne sont pas du tout sur la même longueur d'onde, tandis que le Hezb ne veut fâcher personne, sauf, un peu, le président. L'on entend ainsi Hassan Nasrallah murmurer, presque avec lassitude, que le gouvernement va être formé tôt ou tard, appelant « les gens à prendre un peu patience avec nous... ». L'aveu que l'on n'est pas encore près d'un accord.

Dissonances
Même pas au sein des courants de la majorité. Malgré l'existence d'un comité de suivi et de coordination formé des deux Khalil, Hajj Hussein et Ali Hassan (Nasrallah et Berry), de Gebrane Bassil (Aoun), et de Ghazi Aridi (Joumblatt). Ces Trois Mousquetaires qui sont quatre, cette fine équipe, familière des navettes incessantes et vaines en Syrie n'a toujours pas été autorisée à transmettre au président Mikati la réponse de la nouvelle majorité. À son offre d'un cabinet de trente-deux.
Ni même, en avant dire-droit, à la règle du jeu qu'il propose de faire confirmer, aux critères de formation. C'est-à-dire à la nécessité pour les parties concernées de se contenter de lui présenter des listes, sans conditions sine qua non, tant pour les noms que pour les portefeuilles, pour qu'il fasse ensuite ses choix librement, équitablement, de manière équilibrée et cohérente. Dans le respect de l'esprit de Taëf et des termes de la Constitution. Or certains leaderships de la nouvelle majorité ne sont pas d'accord avec cette règle du jeu Mikati. Ils veulent fixer eux-mêmes le nombre de sièges qui doit leur revenir, désigner les portefeuilles dévolus à leurs représentants et nommer directement ces derniers. Quoique le président Nagib Mikati puisse en penser.
Toujours est-il que selon les visiteurs de Verdun, des progrès auraient été accomplis ces derniers jours, suite au fait que des parties ont mis de l'eau dans leur vin en renonçant à des exigences exorbitantes. Mais, précisent ces sources, cela ne suffit pas, le président Mikati estimant que ses interlocuteurs ne tiennent pas encore un discours vraiment raisonnable. Il faut encore beaucoup discuter. Et il n'est pas exact que l'épilogue soit proche, comme l'assurent certains, concluent ces témoins proches du Premier ministre désigné.
Côté chiffres, Mikati propose 13 ministres au président Sleiman, à Joumblatt et à lui-même, contre 17 ministres à la majorité en sus de deux ministres-rois ou jokers volants, si l'on préfère. Soit trente-deux, avec liberté à la majorité de répartir sa part entre ses composantes à sa guise.
Mikati, confirment ses visiteurs, ne veut pas entendre parler de trois dix. Car aucune partie ne devrait disposer du tiers de balance, ou de blocage. Il trouve inutile, et préjudiciable, d'en discuter. Il préfère garder le silence, pour œuvrer dans le calme, sur base de ses principes et critères. Dont le tout premier est que c'est lui, et lui seul, qui forme le gouvernement, en accord avec le chef de l'État, comme le veut la Constitution.
En pratique, et toujours selon les mêmes sources, l'on devrait cette semaine commencer l'opération de tri dans les listes de postulants que les partis ou courants sont censés soumettre au Premier ministre désigné. Pour qu'il fasse son choix et s'attelle ensuite à la répartition des portefeuilles. Étant entendu qu'aucune partie n'a de droit de veto sur personne.
Selon un professionnel qui suit de près les développements, la formule de 30, plutôt que de 32, reste encore possible. Le président Mikati reste ouvert à toutes les éventualités. Dont une mouture purement technocratique ; une autre dite de salut uniquement politique ; ou un cabinet politique panaché de technocrates ; ou proportionnellement l'inverse ; ou encore un cabinet politique englobant des indépendants. Il peut envisager également différentes compositions numériques : 6, 10, 14, 24, 30, 32. Et il attend donc la réponse de la nouvelle majorité.
Le président Nagib Mikati entre dans la onzième semaine suivant sa désignation sans paraître au bout de sa peine. Les choses traînent en longueur. Alors que cela ne va pas sans certains périls, du fait qu'il n'y a pas d'autorité pouvant prendre des décisions importantes, comme on l'a vu pour les prisons avec l'épisode sanglant de l'émeute de Roumieh. De même, ce n'est pas un gouvernement simplement chargé d'expédier les affaires courantes qui peut, en cas de provocation, de fuite en avant militariste israélienne, décider de la guerre. Pas plus qu'il ne peut traiter les effets de l'acte d'accusation, s'il devait être publié.Mais le principal c'est que les prix flambent comme l'essence, produit moteur s'il en est. Les problèmes socio-économiques, financiers et budgétaires s'aggravent à la vitesse grand V, sans qu'il...
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