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Moyen Orient et Monde - Révolte

Syrie : les opposants ne baissent pas les bras

Les opposants au régime syrien s'accrochent à leurs revendications. Hier, c'est à Banias, dans le nord-ouest du pays, que se sont concentrées les manifestations. Réprimées à balles réelles. Bilan : au moins cinq morts, selon des témoins. Pendant ce temps, Bachar el-Assad affirmait que son pays avance « sur le chemin des réformes généralisées » et souhaite profiter des expériences européennes.

Selon les opposants du groupe Facebook « Syrian Revolution 2011 », cette photo, publiée sur leur page, montre les protestations qui ont eu lieu hier à Banias.

Les forces de sécurité ont ouvert le feu hier contre des manifestants antirégime à Banias, dans le nord-ouest de la Syrie, faisant au moins quatre morts et 17 blessés, selon des témoins. « L'armée, les forces de sécurité et les hommes armés du régime assiègent la ville de tous les côtés et tirent sans interruption depuis plusieurs heures », a indiqué dans la soirée un témoin à l'AFP. « Bachar el-Assad nous envoie un message : la punition de celui qui ose réclamer la liberté est la mort », a indiqué un professeur universitaire. Dans l'après-midi, deux autres témoins avaient indiqué que des « tirs nourris des forces de sécurité visaient depuis environ deux heures le quartier sunnite de Ras el-Nabee, où se trouve la mosquée d'al-Rahman », centre de la contestation dans cette ville côtière. Ils avaient précisé que les tirs provenaient du quartier alaouite d'al-Qouz. « C'est un véritable massacre, il y a des snipers qui tirent pour tuer », a dit l'un d'eux. Un militant des droits de l'homme avait, lui aussi, évoqué « des tirs en direction de la mosquée ».
Toujours dans la région de Banias, un officier a été tué et un autre blessé lorsque leur convoi est tombé dans une « embuscade », a annoncé l'agence officielle SANA. « À 16h00, une unité militaire de l'armée, entre Lattaquié et Tartous, dans la région de Banias, est tombée dans une embuscade tendue par un groupe armé qui était sur le côté de la route entre des arbres et des immeubles », a indiqué SANA, citant un « responsable » sans autre précision. « Des forces armées poursuivent les éléments de ce groupe armé pour les arrêter et les traduire en justice », a ajouté l'agence.
Dans la région de Houla, dans la province de Homs au nord de Damas, l'arrivée de renforts de sécurité a aussi été signalée. La décision, annoncée il y a quelques jours par Assad, de limoger le gouverneur de la province n'a pas calmé les manifestants.
Ces incidents surviennent après les violences qui ont eu lieu vendredi à Deraa. Selon un nouveau bilan fourni hier par des ONG syriennes, 26 personnes ont été tuées dans cette ville rurale de 85 000 habitants à 100 km au sud de Damas lorsque les forces de l'ordre ont tiré sur des milliers de manifestants. Samedi, les forces de sécurité ont à nouveau ouvert le feu sur les manifestants qui enterraient leurs morts à Deraa. Bilan : deux blessés légers, selon un militant des droits de l'homme.
« Le régime a davantage recours à la violence à Deraa parce qu'il pense que l'on peut y contenir les réactions de la population locale », estime le politologue syrien Ayman Abdel Nour. « Mais ne vous trompez pas sur la nature du régime syrien. Sa stratégie face aux manifestations dans toute la Syrie est concentrée entre les mains d'un seul homme qui prend toutes les décisions : Bachar el-Assad », a-t-il dit à Reuters.
Alors que depuis le début du mouvement de contestation du régime, à la mi-mars, les autorités imputent les coups de feu à des « bandes armées », le quotidien al-Watan, proche du pouvoir, a affirmé hier que le pays venait de basculer dans le « sabotage, les intimidations et les assassinats, et la démolition de la Syrie ». « Nous sommes entrés dans une ère (...) qui n'a rien à voir avec les réformes demandées », a estimé le journal dans un éditorial. « Le temps de trancher est venu, et l'État syrien, appuyé par le peuple, a commencé à le faire », ajoute-t-il, proposant d' « armer les gardes des institutions gouvernementales et privées », et d'« assurer la protection nécessaire pour arrêter (les saboteurs) ou ouvrir le feu sur ceux qui tentent de saboter les institutions », dit-il. Le ministère de l'Intérieur avait prévenu samedi qu'il allait agir fermement et allait préserver « la sécurité de la patrie ».

Il vaut mieux attendre
Le président Assad, qui ne s'était plus exprimé depuis son discours devant le Parlement le 30 mars, a affirmé hier que « la Syrie avançait sur le chemin des réformes généralisées » et souhaitait profiter des expériences européennes, selon l'agence officielle SANA. Il s'exprimait à l'issue d'un entretien à Damas avec le ministre bulgare des Affaires étrangères. Fin mars, le chef de l'État a demandé à une commission juridique de rédiger une nouvelle législation pour remplacer la loi d'urgence en vigueur depuis 1963 qui réduit les libertés publiques, mais sans fixer de date.
Selon des experts, la frayeur inspirée par les services de sécurité et le chaos à l'irakienne limitent la contestation en Syrie. « Face à la dureté des forces de sécurité, beaucoup se disent qu'il vaut mieux attendre de voir ce que donneront les réformes, annoncées par le pouvoir à grand renfort de publicité, avant de descendre dans la rue et risquer de se faire arrêter », affirme Rim Allaf, chercheuse syrienne au Chatham House de Londres. « L'autre facteur dissuasif, c'est l'insistance avec laquelle le régime agite le spectre de la fitna (dissension confessionnelle) : les Syriens craignent de voir leur pays plonger dans le chaos après avoir vu affluer chez eux des dizaines de milliers d'Irakiens et de Libanais ayant fui la guerre civile dans leur pays », ajoute la chercheuse.
Pour une militante des droits de l'homme qui tient à rester anonyme, « c'est pour des intérêts économiques que Damas et Alep (la deuxième ville du pays) ne bougent pas ». Dans une tribune publiée mercredi par le quotidien français Le Monde, Thomas Pierret, chercheur, faisait remarquer que, « pour faire plier le régime, les opposants syriens devront mobiliser la population en bien plus grand nombre qu'ils ne l'ont fait jusqu'à présent ». « La bourgeoisie de Damas et d'Alep, dont les fils avaient été nombreux à participer à l'insurrection islamiste il y a 30 ans, n'a pas encore rejoint la contestation (...). Les milieux marchands se sont considérablement enrichis à la faveur de la récente libéralisation économique. Par conséquent, ils réfléchiront sans doute à deux fois au moment de choisir entre liberté et stabilité », a-t-il souligné.
(Source : agences)

Les forces de sécurité ont ouvert le feu hier contre des manifestants antirégime à Banias, dans le nord-ouest de la Syrie, faisant au moins quatre morts et 17 blessés, selon des témoins. « L'armée, les forces de sécurité et les hommes armés du régime assiègent la ville de tous les côtés et tirent sans interruption depuis plusieurs heures », a indiqué dans la soirée un témoin à l'AFP. « Bachar el-Assad nous envoie un message : la punition de celui qui ose réclamer la liberté est la mort », a indiqué un professeur universitaire. Dans l'après-midi, deux autres témoins avaient indiqué que des « tirs nourris des forces de sécurité visaient depuis environ deux heures le quartier sunnite de Ras el-Nabee, où se trouve la mosquée d'al-Rahman », centre de la contestation dans cette ville côtière. Ils...
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