Ainsi, la Virginia Historical Society accueille une sélection du genre intitulée «Petites bizarreries de notre collection», qui fait courir beaucoup de monde, car selon le responsable de l'exposition, «ces vestiges du menu quotidien peuvent en dire long sur les espoirs, les peurs, les présomptions et les pratiques du temps passé». Il s'agit donc là de petites curiosités qui font filtrer, et la grande histoire et un mode vie. Le public découvre tout un éventail. Les cigares qui sont là, dans une fiole en verre, ont été confisqués au président confédéré Jefferson Davis, capturé par les troupes unionistes en 1865. Ils avaient été gardés par les autorités même après que l'on eut restitué au propriétaire ses autres effets personnels. Autre document attirant l'attention: une lettre adressée en 1857 par un lieutenant de la marine, Robert Minot, à son épouse. Celle-ci, nommée Landonia, était si éprise de son mari qu'elle a non seulement gardé sa correspondance (offerte plus tard à ce musée), mais y a aussi inclus les ciseaux à ongles qu'il utilisait. Elle avait pris une seule précaution, biffer en noir tous les détails décrivant l'intimité de leur relation. Comme Landonia, beaucoup de personnes à l'époque préféraient donner leurs collections, quelles qu'elles soient, à un musée. Soit pour qu'elles perdurent, soit parce qu'elles faisaient leur fierté, espérant la projeter dans le futur.
Inscrites en filigrane dans la grande histoire
Il y a aussi un autre genre de reliques, à caractère scientifique celles-ci: une boîte contenant une croûte de peau humaine, atteinte par la variole qu'un prénommé William Massie avait envoyée par poste à des membre de sa famille pour s'inoculer, en guise de vaccin. Dans le même registre, sont exposés des instruments médicaux: plusieurs scies utilisées dans les amputations et un trépan, ressemblant à un grotesque vilebrequin, destiné aux opérations de trépanation, censées soulager les malades mentaux. Quant aux références historiques, elles vont de la cartouche qui a tué le premier officier confédéré durant la guerre civile américaine jusqu'aux clous provenant de l'écroulement, en 1870, du Capitole de l'État de Virginie.
L'art est aussi présent dans sa forme insolite: un portrait du général Robert Lee sur son cheval, gravé sur un champignon, des silhouettes découpées avec sa bouche par Martha Ann Honeywell (1787-848), née sans mains, les dessins d'un conte populaire allemand pour effrayer «les enfants méchants».
La Virginia Historical Society abonde en ce qu'il appelle «ces objets particuliers, surprenants et même grotesques, et à la fois chargés de révélations». Aujourd'hui, de plus en plus de conservateurs de musée ne dédaignent plus ces étranges petites choses, qui s'inscrivent en filigrane dans les grand événements et qui disent aussi un concept des collections si différent de celui d'aujourd'hui.
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