Le président Michel Sleiman a présidé hier une réunion du Conseil supérieur de la défense.Photo Dalati et Nohra
L'ambassadeur du Liban dans la capitale ivoirienne, Ali Ajami, a confirmé la possibilité d'un prochain dénouement, alors qu'à Beyrouth, les autorités se mobilisaient pour organiser l'évacuation des centaines de Libanais, pris au piège des affrontements entre les deux parties ivoiriennes rivales.
À l'ANI, M. Ajami a indiqué que la crise ivoirienne touche à sa fin et il a fait état de négociations engagées au siège de l'ambassade de France dans ce but. Après avoir indiqué que près de 90 % des Libanais installés en Côte d'Ivoire vivent dans la capitale, avec près de 100 000 dans la capitale économique, il a indiqué qu'il est toujours difficile de leur acheminer des aides et qu'il n'est possible de communiquer avec eux qu'au téléphone.
Ceux qui ont pu être assistés ont déjà été évacués vers le camp de Port-Bouët. Dans un communiqué publié à Beyrouth, l'ambassade de France a indiqué que Paris « est mobilisé en Côte d'Ivoire, à travers son ambassade et la force Licorne, dont le mandat est d'apporter un soutien à l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci) », précisant que plusieurs centaines de Libanais avaient été accueillis au cours du week-end au camp de Port-Bouët. Celui-ci étant arrivé à saturation de ses capacités d'accueil, « deux autres ont été ouverts, l'un au nord d'Abidjan près de l'ambassade de France et un second à l'hôtel Wafou dans le sud de la capitale ». « Ces deux camps accueillent les Français mais également les ressortissants étrangers qui pourraient se sentir menacés. » « À ce stade, la France ne procède pas à l'évacuation de ses ressortissants, mais à leur regroupement afin d'assurer leur protection », ajoute le texte, précisant que l'aéroport d'Abidjan est ouvert et ses abords sécurisés, et que les autorités françaises « sont en contact étroit et permanent à Paris, Beyrouth et Abidjan avec les autorités françaises pour assurer la sécurité des ressortissants libanais ».
Vers d'autres pays d'Afrique
Le ministère des Affaires étrangères dépêchera demain matin à Abidjan une délégation diplomatique composée de trois ambassadeurs et de deux conseillers pour assister les missions diplomatiques libanaises en Côte d'Ivoire et dans les pays voisins qui doivent organiser et superviser les opérations d'évacuation des Libanais.
Selon M. Ajami, un premier avion de la Middle East Airlines doit évacuer un premier groupe de Libanais qui ont été conduits hier du camp militaire français à Accra. L'avion était attendu au Liban à l'aube avec à son bord près de 120 personnes. Un autre groupe de 241 Libanais devait être emmené au Togo et de là, il doit se rendre à Accra, a expliqué le diplomate. Le Liban n'ayant pas de représentation diplomatique au Togo, ce sont leurs compatriotes installés dans ce pays qui doivent les prendre en charge en attendant qu'ils puissent être transférés à Accra, a-t-il ajouté, précisant que le chargé d'affaires libanais dans la capitale ghanéenne, Ahmad Soueidane, s'est rendu hier au Togo pour accompagner ce groupe.
Les autorités libanaises, qui suivent depuis des semaines l'évolution de la situation en Côte d'Ivoire et multiplient les contacts diplomatiques et politiques pour assurer la sécurité des Libanais, se sont attelées hier à organiser les opérations d'évacuation. À cette fin, le président Michel Sleiman a présidé en fin de matinée une réunion du Conseil supérieur de défense, en présence du chef du gouvernement sortant, Saad Hariri, des ministres sortants des Travaux publics et des Transports, Ghazi Aridi, des Affaires étrangères, Ali Chami, de l'Intérieur, Ziyad Baroud, et des Finances, Raya el-Hassan, afin d'examiner un plan d'action pour aider la colonie libanaise de Côte d'Ivoire, assurer sa sécurité et évacuer ceux qui souhaitent quitter le pays.
Au plan de la sécurité, le ministère des Affaires étrangères a publié un communiqué dans lequel il demande aux Libanais confinés chez eux d'être « prudents et de rester où ils se trouvent ».
Au cours d'une conférence de presse qu'il a tenue dans la journée pour exposer les résultats de la réunion de Baabda, M. Chami a expliqué qu'il avait participé plus tôt dans la matinée à une réunion du comité de crise au sein de son département et que les propositions de ce comité ont été en partie approuvées par le Conseil supérieur de défense, dont l'envoi d'une équipe diplomatique à Abidjan. En plus des avions qui doivent ramener les Libanais à Beyrouth aux frais de l'État, les autorités envisagent d'assurer également des navires et des véhicules pour l'opération d'évacuation. Celle-ci couvre non seulement Abidjan, mais tous les États africains voisins où les Libanais se seraient réfugiés, selon les résolutions du Conseil supérieur de défense, qui a également établi les modalités de la coordination avec l'Onuci et fixé les grandes lignes de la mission de chacun des ministères concernés, sachant que cette mission est appelée à évoluer au quotidien en fonction des développements sur le terrain.
Les contacts
Par ailleurs, le Premier ministre désigné, Nagib Mikati, a pris contact avec des représentants de la colonie libanaise à Abidjan, ainsi qu'avec le ministre Chami, alors que le chef du gouvernement, Saad Hariri, recevait l'ambassadeur de France, Denis Pietton.
À l'issue de la réunion, M. Pietton a affirmé avoir informé son hôte « des démarches prises par les forces françaises localement pour assurer la protection des ressortissants libanais qui sont placés sous la protection des forces françaises sur place ». « Nous espérons que les liaisons commerciales, y compris celles assurées par la compagnie Air France, pourront reprendre prochainement, sachant que le gouvernement français n'a pas lancé de mot d'ordre d'évacuation de ses ressortissants, et nous en avons à peu près 12 000, et que les personnes qui souhaiteraient quitter la Côte d'Ivoire le feront sur une base volontaire et en assumant les coûts de ce départ. »
M. Pietton a indiqué que « les forces françaises ont fait le maximum pour assurer la sécurité des personnes qui sont venues se mettre sous leur protection et qu'elles continueront à le faire dans l'esprit d'amitié avec le Liban et de solidarité avec les personnes qui se trouvent menacées ». « Il est évident qu'à l'heure actuelle, la situation locale est en train d'évoluer rapidement, et la meilleure chose que doivent faire les communautés étrangères est de ne pas se déplacer et de rester chez elles. Ce n'est pas une protection absolue, mais c'est la première chose à faire », a poursuivi M. Pietton.

