Répondant à un appel lancé à la télévision, de nombreux « Jeunes patriotes » ont été vus convergeant vers le palais présidentiel ou vers d’autres lieux stratégiques d’Abidjan. Luc Gnago/Reuters
Hier, au lancement d'une offensive sur le Sud qui les a conduits en quelques jours jusqu'aux bastions du président sortant Laurent Gbagbo à Abidjan, les Forces républicaines (FRCI, pro-Ouattara) avaient attaqué la ville de Duékoué, carrefour stratégique de l'Ouest. Après de très durs combats, la ville est tombée aux mains des FRCI.
Vendredi soir, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a créé un choc en annonçant, sur la base d'informations recueillies sur place, qu'« au moins 800 personnes » avaient été tuées à Duékoué dans cette seule journée. Il évoquait sans plus de précision des « violences intercommunautaires ». L'ONG catholique Caritas a, de son côté, fait état d'« un millier » de tués ou de disparus, mais n'a pas désigné non plus de responsables. Mais samedi, l'Opération de l'ONU en Côte d'Ivoire (Onuci), qui reconnaît M. Ouattara et assure même la protection de son QG du Golf hôtel, a clairement accusé ses troupes.
Gravement mises en cause, les forces pro-Ouattara ont assuré avoir tué « des miliciens et pas des civils ». « Laurent Gbagbo avait plus de 800 mercenaires libériens et miliciens, souvent des jeunes de la région », a affirmé la porte-parole de M. Ouattara, Anne Ouloto. De nombreux témoignages ont fait état de tueries commises par des mercenaires libériens et des miliciens pro-Gbagbo dans la région au long de la crise postélectorale. À Duékoué, l'Onuci a d'ailleurs indiqué avoir découvert un puits dans le QG d'un chef milicien contenant « beaucoup de corps ».
Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a demandé à Ouattara de prendre des mesures contre ceux qui ont pris part au massacre. L'image internationale de M. Ouattara pourrait s'en trouver gravement abîmée. Pour la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton, « les forces du président Ouattara doivent se montrer à la hauteur des idéaux et de la vision exprimés par leur chef élu ».
L'horreur des derniers jours dans la zone n'est cependant « pas une surprise », souligne Rinaldo Depagne, de l'organisation International Crisis Group (ICG). La région a été « infectée par la guerre civile au Liberia » voisin (1989-2003), rappelle-t-il.
Des mercenaires libériens ont été recrutés par le camp Gbagbo et les rebelles (qui forment à présent le gros des FRCI) lors des combats de 2002-2003 qui ont abouti à la partition Nord-Sud de la Côte d'Ivoire.
Et le « Grand Ouest » connaît depuis des années des violences intercommunautaires. S'opposent d'un côté les autochtones d'ethnie guéré (réputés pro-Gbagbo) et de l'autre les Ivoiriens du Nord et les Ouest-Africains, considérés comme pro-Ouattara, sur fond de conflits fonciers dans cette grande région cacaoyère.
Parallèlement, la France a appelé hier au « regroupement sans délai » de tous ses ressortissants vivant à Abidjan, livrée aux pillages et aux combats. Alors que la situation est de plus en plus tendue, les forces françaises de l'opération Licorne basée à Abidjan ont pris le contrôle de l'aéroport international situé près de la capitale économique, en coordination avec l'Onuci. Depuis, la télévision d'État ivoirienne contrôlée par le camp Gbagbo a entamé la diffusion de violents messages contre la France. « Nous estimons que cette force agit en Côte d'Ivoire comme une armée d'occupation en dehors de tout mandat, car le mandat de l'ONU ne donne pas autorité à Licorne d'occuper l'aéroport d'un État souverain », a pour sa part mis en garde devant la presse Toussaint Alain, un conseiller à Paris du président sortant. « C'est l'armée française qui s'est mise au service de la rébellion », a-t-il accusé.
(Source : AFP)

