Une installation scénique des affiches de Colrat. (Michel Sayegh)
Très vite, après des études à l'École supérieure des beaux-arts de Paris, Colrat choisira la photo et surtout l'affiche, ce support d'expression qui croise un public très large et populaire. «Outre les galeries ou le musée de Beaubourg où j'ai exposé, j'avais envie de faire circuler mon travail dans les rues et de toucher différentes couches populaires, car tout le monde ne va pas en galerie. J'aime désacraliser l'art», poursuit-il.
Infatigable, l'artiste engagé travaille également pour différentes institutions culturelles et politiques - Amnesty International, Act Up, Le Tarmac de la Villette ou l'Opéra de Lille.
Ses images, qui ne sont que communication avec l'autre, proposent un langage conceptuel singulier, reposant sur ses réflexions personnelles sur le monde. Ses différentes pérégrinations du Congo au Laos, en passant par les Caraïbes ou la Biélorussie l'amènent en 2006 sur les traces de la guerre du Liban où il réalise un nouvel ouvrage de photos,Quatre jours à Beyrouth, publié aux éditions Textuel.
Perception sensorielle de l'image
À l'initiative d'Issam Abou Khaled et de la Mission culturelle française, le photographe activiste, qui sonde les maux du monde et les transforme en mots mais aussi en images, présente donc actuellement ses affiches correspondant à des commandes pour des institutions culturelles, des théâtres et d'autres réalisées à partir de ses recherches personnelles, et donne, par cet accrochage, une âme aux lieux. Les affiches flottantes se marient avec la configuration du TDB et se meuvent sur fond de musique orientale ou rock. Au sol, des flèches indiquent le trajet à prendre. Une invitation ludique vers une vision neuve.
Mais comment fait l'artiste pour s'éclipser ainsi derrière son travail? La réponse est simple: «Ce qui m'intéresse, c'est de ne pas me mettre en avant mais de toucher des personnes et accrocher leur regard, dit-il. Ainsi, je ne vois jamais le spectacle avant de réaliser l'affiche. Je préfère parler avec le directeur de théâtre ou le metteur en scène et c'est là que l'idée ou le concept ressurgissent.» «Ces créations artistiques n'ont jamais été réunies ailleurs, ajoute Colrat. Tout en annonçant des spectacles, elles jettent un regard sur le colonialisme, le pouvoir de l'argent ou encore la guerre.» Ce travail artistique réalisé en amont, fait de construction d'objets urbains, de montages manuels extraits de la nature, est une immersion dans l'art accessible à tous.
Jusqu'au 2 avril, le TDB se transforme donc en jeu de pistes. Des phrases inscrites sur le mur, comme «L'utopie est une réalité en puissance», «Quand un homme rêve seul, ce n'est qu'un rêve mais quand beaucoup d'hommes rêvent ensemble, c'est le début de la réalité», accompagnent l'accrochage. Par ailleurs, l'ouvrage sur Beyrouth ainsi que la carte du monde reproduite selon celle du métro font aussi l'objet de cette installation et achèvent de jalonner cet itinéraire de vie.
Dans un monde agité, l'œuvre artistique de l'afficheur colle de près à l'actualité en prenant d'autres dimensions. En s'affranchissant de toutes les contraintes de la publicité ou autres médias devenues des travaux commandités en séries, la démarche esthétique renouvelée de Pascal Colrat crée des connexions inédites et des perceptions nouvelles.


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