Samedi, la reprise d’Ajdabiya et de Brega avait constitué la première victoire des rebelles depuis le début de l’intervention internationale. Hier, ils poursuivaient leur avancée vers l’ouest. « On ne s’arrêtera pas avant d’avoir libéré (…) Tripoli », a déclaré l’un des insurgés. Aris Messinis/AFP
Sur le terrain, les habitants de Syrte fuyaient hier soir la ville natale de Mouammar Kadhafi dans la crainte de raids aériens de la coalition et de l'arrivée des rebelles qui avancent rapidement vers l'ouest, profitant de la débandade des forces gouvernementales. Hier matin, les rebelles ont repris le terminal pétrolier de Ras Lanouf, après avoir reconquis la localité de Ben Jawad. Les pro-Kadhafi « ont fui hier soir après le raid aérien », raconte un insurgé. « Ils ont pris la fuite, et aujourd'hui nous les poursuivons. On ne s'arrêtera pas avant d'avoir libéré Misrata et puis Tripoli ». Les forces pro-Kadhafi se replient en direction de Syrte, le long d'une côte plate et désertique difficile à défendre sans aviation ni artillerie lourde. Les rebelles étaient en fin d'après-midi à Nofilia, petite bourgade entre mer et désert, à 110 km de Syrte, et à plus de 400 km de leur fief, Benghazi. Ils attendent les bombardements internationaux pour s'aventurer jusqu'à Syrte. En soirée, un raid aérien de la coalition a eu lieu à Syrte. La veille, la ville avait déjà été la cible d'intenses frappes aériennes. Des explosions et des tirs de DCA ont été également entendus à Tripoli hier soir. La télévision libyenne a confirmé les raids de la coalition sur Tripoli et Syrte. À l'Ouest, les avions de chasse français ont conduit hier des frappes aériennes contre des véhicules blindés libyens et « un important dépôt de munitions » dans les régions de Misrata et Zenten, a annoncé l'armée française. Les combats ont cessé à Misrata, ville aux mains des insurgés libyens située à 200 km à l'est de Tripoli, a déclaré pour sa part un insurgé. Il a ajouté que les forces fidèles au colonel Kadhafi ne contrôlaient « qu'une petite poche, quelques rues » dans la partie occidentale de la ville.
Samedi, la reprise d'Ajdabiya et du site pétrolier voisin de Brega avait constitué la première victoire des rebelles depuis le début de l'intervention internationale le 19 mars, inversant la tendance après une longue reculade et une semaine de stagnation. Depuis jeudi, les raids ont « préparé le champ de bataille », et des officiers et soldats ayant rejoint la rébellion ont joué un rôle majeur, coordonnant leurs attaques avec la coalition, selon un porte-parole rebelle à Benghazi, Chamseddine Abdoulmolah. Selon les insurgés, les champs pétroliers des régions qu'ils contrôlent produisent actuellement 100 000 à 130 000 barils/jour. L'opposition projette d'exporter du pétrole d'ici à « moins d'une semaine », a déclaré un porte-parole rebelle, Ali Tarhoni, ajoutant que la rébellion a délégué au Qatar la commercialisation. D'autre part, 12 avions de combat en provenance des Émirats arabes unis ont pris position hier sur une base italienne en vue de leur déploiement pour faire respecter la zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye. Le Qatar était jusqu'ici le seul pays arabe à participer aux opérations aériennes en Libye.
Sur le front diplomatique, accusé par le Congrès US de s'être lancé dans un conflit sans stratégie de sortie en Libye, le président américain Barack Obama s'est réjoui samedi de l'évolution de la situation, déclarant que l'intervention était « ciblée et en train de réussir ». Hier, il a envoyé au front sa secrétaire d'État, Hillary Clinton, et son secrétaire à la Défense, Robert Gates, pour justifier l'engagement américain. D'après M. Gates, la situation en Libye « risquait de mettre en danger » les révolutions encore « fragiles » en Tunisie et en Égypte en provoquant un « exode massif » de réfugiés à leurs frontières. Il a en outre accusé les forces libyennes de disposer les corps de leurs victimes sur des sites bombardés par la coalition pour faire croire qu'il s'agit de civils tués par les alliés. L'intervention internationale a également permis de prévenir une « catastrophe humanitaire » et un « massacre à grande échelle », a expliqué Mme Clinton, rappelant que le colonel Kadhafi « avait l'intention, selon ses propres mots, de ne pas faire de quartier ». Les deux ministres, qui doivent témoigner mercredi à huis clos devant le Congrès, ont assuré que l'intervention de la coalition pour appliquer la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l'ONU se passait « bien ». En outre, les États-Unis ont loué l'initiative de l'Union africaine, qui a organisé vendredi à Addis-Abeba une réunion pour des consultations sur sa « feuille de route » afin de tenter de mettre fin à la crise en Libye. « L'Union africaine a un rôle important à jouer dans la résolution de la crise libyenne », a souligné le porte-parole du département d'État, Mark Toner.
Par ailleurs, à l'approche de la réunion du groupe de contact demain à Londres, le président français Nicolas Sarkozy a annoncé une initiative franco-britannique en vue d'une solution politique. L'Italie, ancienne puissance coloniale, a annoncé qu'elle présenterait elle aussi un plan, qui prévoit un exil du colonel Kadhafi. « Même à l'intérieur du régime, il y a des gens qui travaillent à cette solution », selon le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini. Enfin, le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, a affirmé que l'Europe a « le devoir moral » d'aider les Libyens à faire face au désastre humanitaire provoqué par le colonel Kadhafi.
(Source : agences)

