Un médecin japonais effectuant un test de radiation sur un bébé à Yonezawa. Kim Kyung-Hoon/Reuters
« L'incident met en évidence la fragilité des mégapoles dans toutes les dimensions : physique, sociale, économique et écologique », estime Fouad Bendimerad, président de l'Initiative séismes et mégapoles (EMI), une organisation scientifique internationale analysant les risques de catastrophes. « Beaucoup d'hypothèses sur la résilience des mégapoles vont être remises en question », ajoute-t-il.
Les habitants de Tokyo ont échappé jusqu'ici à des niveaux de radioactivité dangereux pour la santé après l'accident à la centrale nucléaire de Fukushima, à 250 km au nord-est de la capitale. Mais que se serait-il passé en cas de tremblement de terre plus proche, comme en 1923 ? Ou de tsunami face à la baie de Tokyo ? Ou bien si l'accident nucléaire avait touché la centrale de Hamaoka, située à 200 km au sud de la capitale et donc sous les vents ?
Pour Chris Ipsen, chef du département de gestion des urgences de la ville de Los Angeles (Californie, ouest des États-Unis), le drame nippon agit comme une piqûre de rappel. « C'est quelque chose qui nous concerne. De façon évidente, nous avons une grosse menace sismique, c'est notre risque numéro un. Nous avons aussi un risque de tsunami », a-t-il rappelé. « Le risque nouveau, pour nous, c'est la radiation. Nous avons quelques centrales nucléaires ici », a-t-il ajouté. Au sud de Los Angeles, 8 millions de personnes vivent dans un rayon de 80 kilomètres autour de la centrale de San Onofre, construite en 1970, au nord du comté de San Diego.
À Los Angeles, New York et Tokyo, l'une des questions sensibles tient à la faisabilité d'évacuer des millions de personnes. « Les plus gros problèmes dans l'évacuation d'une mégapole sont liés aux transports, aux routes d'accès, aux bouchons et aux infrastructures d'énergie en panne », explique Helena Molin-Valdes, directrice adjointe de la Stratégie internationale de prévention des catastrophes des Nations unies (Unisdr).
Évacuer rapidement une mégapole comme Tokyo paraît ainsi « très irréaliste sinon impossible » pour Jorn Birkmann, expert en évaluation de la vulnérabilité et gestion des risques à l'Université des Nations unies de Bonn (Allemagne). À Tokyo, un habitant sur cinq a plus de 65 ans, souligne-t-il. « Même en estimant que seule la moitié de ce groupe aura besoin d'aide, on parle encore d'environ 3,5 millions de personnes », relève-t-il.
Les autorités municipales de Tokyo disposent depuis longtemps de plans d'urgence pour les séismes et les tsunamis, prévoyant une évacuation, dans un cas, vers des espaces ouverts, et, dans l'autre, vers des terrains élevés plus éloignés. En 1999, la ville avait ajouté des mesures sur le nucléaire, visant à préparer et informer la population, selon Takaaki Kato, professeur à l'école d'ingénierie de l'Université de Tokyo, qui estime pour sa part qu'une évacuation à grande échelle serait réalisable.
Les experts dans leur ensemble reconnaissent que le facteur culturel est déterminant et que, en la matière, le Japon, et en particulier Tokyo, est aussi bien préparé qu'on peut l'être. « Si cela s'était passé dans une mégapole moins bien préparée, le bilan se serait chiffré en millions, au moins en centaines de milliers de morts », estime Mme Molin-Valdes, citant Bombay ou Dacca parmi les mégapoles particulièrement vulnérables.
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