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Liban - Dialogue

Gemayel : Empêcher que les mots de Dieu deviennent les armes des hommes

Le chef des Kataëb, Amine Gemayel, est intervenu à un séminaire de deux jours sur le dialogue interreligieux, à Sarajevo.
« Comment faire pour empêcher que les mots de Dieu deviennent les armes des hommes ? » Telle est la question vitale posée par l'ancien président de la République, Amine Gemayel, dans une allocution prononcée le 17 mars à Sarajevo, au cours d'un séminaire de deux jours sur le dialogue interreligieux organisé par le Parti populaire européen. L'invitation a été lancée au chef des Kataëb par le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini.
« La place qu'occupe aujourd'hui la religion dans les relations internationales ne saurait surprendre, a affirmé M. Gemayel. Pendant des décennies, le monde a agi comme si la religion n'avait aucune incidence sur la vie des peuples. Il est vrai que nous étions alors en pleine guerre froide, et les deux idéologies, qui se disputaient le monde, avaient en quelque sorte "évacué" la question religieuse (...). Aujourd'hui, la donne a totalement changé au plan mondial. Si le communisme a disparu et avec lui l'idée que la religion est "l'opium du peuple", le libéralisme ambiant ne parvient pas à satisfaire les exigences des populations. De partout, une demande de retour vers le religieux se fait jour. Tout se passe comme si ce monde avait besoin, face au matérialisme de la consommation, d'un "supplément d'âme", pour reprendre des termes connus (...). »

Le meilleur et le pire
« Je viens d'un pays qui, au long des dernières années, a vu se conjuguer le meilleur et le pire dans le rôle des religions, a-t-il ajouté. Le Liban, comme vous le savez, est bâti sur un pacte communautaire. L'idée est que la vie du pays ne peut connaître de stabilité si les diverses communautés qui le composent ne sont pas en accord profond entre elles. Quand elles vivent en harmonie, les communautés sont capables d'établir la paix sociale et de donner au pays une stabilité que rien ne peut ébranler. Mais qu'elles viennent à se disputer pour l'hégémonie de l'État, alors elles libèrent une puissance d'affrontement à nulle autre pareille (...). Or, que ce soit le judaïsme, ou bien l'islam, ou bien encore le christianisme, toutes ces religions prêchent l'ouverture, la reconnaissance de l'autre et l'égale dignité devant Dieu. Ce ne sont donc pas les religions qui sont responsables des malheurs des hommes ; ce sont bien plutôt les hommes qui font des religions le prétexte pour justifier leurs ambitions de pouvoir et trouver des solutions aux malheurs dans lesquels ils se sont laissé enfermer. Quand une religion sert d'identité au lieu de servir Dieu, elle se laisse piéger par la politique. Quand une religion sert d'idéologie, elle se vide de sa mission et se laisse envahir par la politique. Lorsqu'une religion justifie une hégémonie, elle devient un instrument de la politique. Bref, lorsqu'une religion n'est plus une religion, elle devient de la politique, c'est-à-dire un moyen de gouvernement avec toute la coercition et le recours à la force, fût-elle symbolique seulement, de la politique. »

À la source de nos peurs
« Que nous reste-t-il alors face à ces risques ? s'est-il demandé. Comment réagir ?
Comment faire pour empêcher que les mots de Dieu deviennent les armes des hommes ? Si nous sommes conscients des risques qu'encourt tout dévoiement de la religion par la politique, il nous reste à revenir vers nous-mêmes, au plus intime de notre être, là où nous percevons que nous sommes humblement semblables aux autres, avec les mêmes passions et la même raison. Ce qui nous sépare des autres est alors notre méconnaissance de leurs passions et notre aveuglement sur leurs raisons. Là se trouvent la source de nos peurs et la racine de leurs angoisses. C'est là où le dialogue interreligieux a des vertus essentielles. Il ouvre à la connaissance d'autrui, à l'acceptation de sa croyance, à la compréhension des gestes et des pensées qui sont les siennes. Le dialogue interreligieux ne résout rien de nos différends, mais il lève la difficulté de parler de nos différends. C'est pourquoi il faut le pratiquer et le louer. Il introduit la diversité là où nous parlons de différends ; il parle de l'ouverture là où nous pensons nos identités comme des clôtures ; il ouvre la parole là où elle est brandie et jetée à la face des autres comme un argument et une arme. »
« Comment faire pour empêcher que les mots de Dieu deviennent les armes des hommes ? » Telle est la question vitale posée par l'ancien président de la République, Amine Gemayel, dans une allocution prononcée le 17 mars à Sarajevo, au cours d'un séminaire de deux jours sur le dialogue interreligieux organisé par le Parti populaire européen. L'invitation a été lancée au chef des Kataëb par le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini.« La place qu'occupe aujourd'hui la religion dans les relations internationales ne saurait surprendre, a affirmé M. Gemayel. Pendant des décennies, le monde a agi comme si la religion n'avait aucune incidence sur la vie des peuples. Il est vrai que nous étions alors en pleine guerre froide, et les deux idéologies, qui se disputaient le monde, avaient en quelque sorte...
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