La place de la Perle à Manama a été vidée manu militari, hier, par les forces de l’ordre bahreïnies. Le campement des manifestants a pris feu au cours des échauffourées. Hamad Mohammad/Reuters
En outre, le pouvoir a décrété un couvre-feu nocture, de 16h00 à 04h00 heure locale, de crainte de nouveaux troubles. Aucune présence de civils n'était visible à Manama hier soir, après l'entrée en vigueur de ce couvre-feu. Seuls les véhicules de la police et de l'armée gardaient les rues vides de toute circulation automobile. Les autorités ont également interdit les marches et rassemblements à travers le petit archipel peuplé en majorité de chiites. Un appel par de jeunes activistes à une marche dans une banlieue ouest de Manama n'a apparemment pas été suivi, d'autant plus que le principal mouvement chiite, le Wefaq, ne s'y est pas associé.
Le ministère de l'Intérieur a par ailleurs indiqué avoir repris le contrôle de l'hôpital de Soulaymania, le plus grand de Manama, où étaient retranchés des protestataires. Peu après, le ministre de la Santé, Nizar Baharna, un chiite, a annoncé sa démission et 12 juges chiites ont pris la même décision pour protester contre « l'usage excessif de la force » contre les manifestants. Le chef du Wefaq, cheikh Ali Salmane, a dénoncé l'assaut et affirmé que « la solution ne viendra pas des canons ».
Les protestataires ont occupé la place de La Perle le 19 février pour exiger des réformes politiques, voire, pour certains, le départ de la dynastie sunnite gouvernant le pays depuis plus de 200 ans. Le pouvoir a proposé à l'opposition dominée par les chiites un dialogue, mais les opposants ont exigé au préalable la démission du gouvernement.
Plusieurs pays, mouvements ou communauté chiites au Moyen-Orient ont condamné la violente répression contre les manifestants chiites. Le guide spirituel des chiites en Irak, le grand ayatollah Ali Sistani, a appelé le pouvoir à « cesser les violences ». Les rues d'Irak ont même été le théâtre de manifestations de soutien aux protestataires. Le Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, a déclaré « craindre que l'intervention de forces étrangères ne complique les problèmes plutôt que de les résoudre ». Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a de son côté estimé que l'envoi de forces du Golfe était « un acte hideux voué à l'échec ». En outre, selon l'agence Mehr, Téhéran a rappelé son ambassadeur à Bahreïn. Et, selon la télévision publique iranienne, l'ambassadeur a été rappelé pour consultations après le retrait mardi par Bahreïn de son ambassadeur à Téhéran, en signe de protestation contre les critiques iraniennes. Au Koweït, des parlementaires chiites ont critiqué l'envoi de forces saoudiennes à Bahreïn. En Arabie saoudite, quelques centaines de manifestants chiites se sont rassemblés près d'al-Qatif en solidarité avec les Bahreïnis.
Lors d'appels téléphoniques, le président des États-Unis, Barack Obama, a exprimé aux rois saoudien et bahreïni sa « profonde inquiétude ». Et, face à l'envoi lundi en renfort de soldats saoudiens et de policiers émiratis pour aider le royaume à contenir la contestation, la secrétaire d'État Hillary Clinton a jugé que les États du Golfe étaient « sur la mauvaise voie », disant qu'il n'y avait « pas de réponse sécuritaire » aux protestations. Paris a déploré les violences, rappelant que le dialogue « constitue la meilleure voie possible » alors que Berlin, critiquant à demi-mot les renforts, a recommandé à ses ressortissants de quitter Bahreïn si leur séjour n'y est pas nécessaire. Même son de cloche en Belgique, qui s'est dit « inquiète ». Enfin, le Premier ministre britannique, David Cameron, s'est entretenu au téléphone avec le roi de Bahreïn afin de l'encourager au « dialogue » et à répondre aux manifestations « par des réformes et non par la répression ».
(Source : agences)


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