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Moyen Orient et Monde - Catastrophe

Au Japon, la grande peur d’une catastrophe nucléaire

La centrale de Fukushima était hier la principale préoccupation du gouvernement nippon et du reste du monde, menaçant d'échapper à tout contrôle. Menace qui a fait passer au second plan la situation très difficile des quelque 500 000 sinistrés.

Les opérations de secours dans les régions du nord-est du Japon dévastées par le tsunami étaient perturbées hier par le froid et des chutes de neige. Takashi Noguchi/AFP

La crise nucléaire menace d'échapper à tout contrôle au Japon où le personnel de la centrale de Fukushima, dévastée il y a cinq jours par un séisme et un tsunami, a évacué le site pendant une heure hier en raison d'une hausse de la radioactivité. Cette radioactivité était même trop élevée pour qu'un hélicoptère de l'armée puisse déverser de l'eau sur le réacteur n° 3, celui qui préoccupe le plus les autorités, afin de refroidir les barres de combustible en surchauffe. Une autre tentative pourrait avoir lieu aujourd'hui. Dans l'attente, la police veut utiliser des canons à eau, habituellement employés contre les manifestations, pour refroidir les installations. Le gouvernement nippon n'a cependant pas annoncé hier de nouvelles mesures de précaution pour la population au-delà de la zone d'exclusion de 30 km autour de la centrale. Les radiations au-delà des 20 km « ne posent pas de danger immédiat pour la santé », a assuré dans la soirée le porte-parole du gouvernement, Yukio Edano.
Quelques heures avant l'évacuation, un incendie s'était déclaré au réacteur n° 4. Les secours tentaient de se frayer un passage à travers les débris afin que les camions de pompier puissent atteindre ce réacteur, au-dessus duquel on n'aperçoit cependant plus de fumée.
L'empereur du Japon s'est par ailleurs solennellement adressé hier à son peuple. « J'espère sincèrement que nous pourrons empêcher la situation d'empirer », a déclaré l'empereur Akihito, intervenant pour la première fois dans une situation de crise depuis son accession au trône en 1989. L'empereur s'est déclaré « profondément préoccupé par la situation dans la centrale de Fukushima ».
À Tokyo, à 250 km de la centrale, la population restait calme et disciplinée, mais l'inquiétude était palpable et l'activité fortement réduite. Les vents devraient demeurer favorables aujourd'hui en repoussant vers l'océan Pacifique les rejets radioactifs de la centrale, selon la météo.
Les vents sont également scrutés avec une extrême attention par les voisins du Japon, en Chine, en Russie et jusqu'en Californie, au-delà du Pacifique. En Chine, des messages catastrophistes ont été relayés sur Internet et par SMS, mais les autorités ont assuré qu'aucun niveau anormal de radioactivité n'avait été détecté dans le pays.
La peur est ressentie jusqu'en Europe occidentale, pourtant située à près de 10 000 km, avec, en Allemagne et en France, une hausse des achats de pastilles d'iode. Certains responsables font preuve d'un pessimisme extrême, bien supérieur à celui des autorités japonaises. « C'est une véritable catastrophe », a déclaré le commissaire européen à l'Énergie Günther Oettinger qui avait évoqué la veille une « apocalypse ». « On peut dire que cette installation n'est plus maîtrisée, on ne la contrôle plus », a-t-il dit. Le porte-parole du gouvernement français François Baroin a affirmé pour sa part que « dans le pire des scénarios », la catastrophe pourrait avoir « un impact supérieur à Tchernobyl ». L'Union européenne a par ailleurs recommandé de contrôler la radioactivité des produits alimentaires importés du Japon. Le président américain Barack Obama s'est déclaré quant à lui « profondément inquiet » pour les Japonais. Mais l'Autorité de régulation nucléaire des États-Unis a estimé que Tokyo avait pris les « décisions adaptées » depuis le début de la crise.
Du côté de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), son directeur, Yukiya Amano, a parlé de situation « très sérieuse » et a décidé de se rendre sur place. Il a toutefois jugé impropre de dire que la situation était « hors de contrôle ». Selon des experts, dans le pire des cas l'accident à Fukushima pourraient envoyer dans l'atmosphère une forte radioactivité, mais les conséquences devraient rester largement limitées au territoire japonais.
La gravité sur le front nucléaire fait passer au second plan la situation très difficile des quelque 500 000 sinistrés ayant trouvé refuge dans 2 700 écoles ou salles municipales. Le bilan officiel du séisme et du tsunami s'établissait hier soir à 4 314 morts, 8 606 disparus et 2 282 blessés. Mais dans la seule ville d'Ishinomaki, le nombre de disparus s'élèverait à 10 000, selon un responsable local.
Un froid mordant et des chutes de neige compliquent la tâche des 80 000 soldats et policiers japonais, épaulés par de nombreux secouristes étrangers. Les sauveteurs estiment à présent qu'il y a peu de chances de retrouver des survivants dans les zones ruinées.
Dans la zone proche de la centrale, la peur s'ajoute. « L'inquiétude et la colère du peuple de Fukushima sont à leur comble », a témoigné Yuhei Sato, le gouverneur de la préfecture. « Il y a 500 refuges où sont installées 100 000 personnes. Elles ont absolument besoin de combustible pour se chauffer, mais les vivres, les produits de première nécessité et le carburant n'arrivent pas », s'est-il plaint. Des millions de Japonais sont privés d'eau, d'électricité, de chauffage et de nourriture en quantités suffisantes.
Le porte-parole du gouvernement a reconnu « des signes d'énervement » et exigé une amélioration dans la distribution des vivres.
Par ailleurs, la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) a annoncé qu'elle allait mettre en place un mécanisme de collecte de fonds pour venir en aide aux Japonais.
Des étrangers ont continué hier à quitter la région de Tokyo, comme l'ont conseillé un grand nombre de pays. Mais les liaisons aériennes étaient perturbées par la décision de certaines compagnies aériennes d'annuler des vols vers Tokyo ou de les rediriger vers Osaka ou Nagoya.
(Source : agences)
La crise nucléaire menace d'échapper à tout contrôle au Japon où le personnel de la centrale de Fukushima, dévastée il y a cinq jours par un séisme et un tsunami, a évacué le site pendant une heure hier en raison d'une hausse de la radioactivité. Cette radioactivité était même trop élevée pour qu'un hélicoptère de l'armée puisse déverser de l'eau sur le réacteur n° 3, celui qui préoccupe le plus les autorités, afin de refroidir les barres de combustible en surchauffe. Une autre tentative pourrait avoir lieu aujourd'hui. Dans l'attente, la police veut utiliser des canons à eau, habituellement employés contre les manifestations, pour refroidir les installations. Le gouvernement nippon n'a cependant pas annoncé hier de nouvelles mesures de précaution pour la population au-delà de la zone d'exclusion de 30 km...
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