Avec son 4x4 traînant une vieille caravane, une Britannique veut entrer en Libye afin de « prier pour la paix ». Joel Saget /AFP
Après avoir traversé le Maroc, l'Algérie et la Tunisie, elle tente, dans un français approximatif. de convaincre les policiers de la laisser passer. Sa silhouette menue émerge à peine d'un gros pull bleu informe et d'un ample pantalon. Elle ne veut pas donner son nom et se présente seulement comme « la petite gitane de Dieu ».
En face, couverture sur la tête, un travailleur bangladais traverse la frontière en sens inverse, laissant derrière lui la Libye où les combats entre ennemis et partisans du colonel Mouammar Kadhafi se sont intensifiés ces derniers jours. Depuis le 20 février, environ 110 000 personnes ont fui en Tunisie.
« Vous êtes toute seule ? » s'étonne l'agent. « Non, je suis avec Allah », répond tout sourire la femme d'une quarantaine d'années en pointant un doigt vers le ciel. Elle dit avoir eu une révélation il y a cinq ans, et depuis, elle a arrêté de fumer et de boire.
Autour d'eux, balayée par le vent, une zone désertique ponctuée de plateaux rocheux couleur ocre, façon western.
« Je suis chrétienne. Je viens prier Dieu pour qu'il nous donne la paix, pour faire cesser les violences », explique-t-elle.
Des autocollants en forme de fleurs ornent la carrosserie de sa voiture bleu foncé immatriculée GB. Une bible est posée sur le tableau de bord.
Éberlués, les douaniers la laissent avancer, non sans prédire qu'elle sera probablement refoulée et forcée de faire demi-tour. « C'est Dieu qui décide », commente juste la Britannique, aide à domicile pour personnes âgées quand elle n'est pas sur la route.
La caravane franchit la barrière et s'engouffre côté libyen. À cent cinquante mètres, sous un grand portrait du colonel Kadhafi, la Britannique échange des papiers et parlemente avec une demi-douzaine de militaires, sous l'œil intrigué des policiers tunisiens. Au bout de quinze minutes, elle est de retour. « Ils étaient gentils, ces jeunes. Mais on m'a barré le passage », soupire-t-elle, déçue.
Elle avait déjà été refoulée il y a quinze jours au poste-frontière de Ras Jdir. Et pourtant, elle avait fait l'effort de demander un visa à Sfax. « Ils m'ont dit que ça prendrait 10 jours puis c'est devenu quatre semaines, alors je suis venue essayer ici », explique-t-elle. « Tant pis, je prierai à distance », dit la Britannique dans un haussement d'épaules.
Au moment de partir, un douanier s'approche d'elle. « Vous pouvez rester ici », lui dit-il en désignant un parking. La « gitane de Dieu » retrouve le sourire. « Dieu m'a envoyé un message ce matin, il m'a dit de rester le plus près possible de la frontière. Les Tunisiens avaient refusé que je reste là, et maintenant ils acceptent, c'est un signe ! » s'exclame-t-elle avant de prendre ses quartiers sur l'aire entourée de barbelés.
Sa prochaine étape? Elle l'ignore. Sa destination finale ? Elle la connaît : Israël. « Dans quelques semaines, quelques mois », sourit-elle.
Au poste-frontière, un autre véhicule tout-terrain s'arrête. À bord, un écrivain japonais venu tenter sa chance. « Dans mon pays, les médias parlent beaucoup de la révolution du jasmin, mais je suis venu voir par moi-même. Je voulais aussi aller en Libye », explique Tagashi Higaki. En guise de visa, il tend une réservation d'hôtel à Tripoli. « On m'a dit que ça marcherait peut-être. » Dix minutes plus tard, dépité, il rebrousse chemin vers Tunis.
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