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Culture - Théâtre

Les Chicanos et leur « Œdipus el Rey »

Une actuelle peinture abrasive du rituel des gangs dans les ruelles d'une communauté hispanique des USA : tel chez Sophocle, « un mortel, jouet du destin » vivant au hasard.

Jocaste, épouse du chef de gang.

Transposant les temples de Thèbes dans les rues de Los Angeles, le dramaturge Luis Alfaro médite sur le destin inexorablement brutal des membres hispaniques d'un gang. C'est là sa version musclée de la tragédie grecque qu'il présente sous le titre espagnol de Œdipus el Rey (Œdipe Roi). Dans cette pièce, aujourd'hui à l'affiche du théâtre Mammoth à Washington, aucun des ingrédients du spectacle antique n'a été omis.
Jocaste est l'épouse d'un puissant chef du «milieu», Laïos, ayant ordonné le meurtre de son nouveau-né qui, selon un voyant, un fils tuerait son père. Il y a Créon, frère de Jocaste, et tous les personnages de l'œuvre de Sophocle, qui, ici, évoluent selon les lois de la rue, aussi violentes que celle d'une tragédie grecque. Les chœurs sont formés par les détenus, aux corps largement tatoués, d'une prison où Œdipe passera le reste de sa vie pour purger son action. Là aussi, l'aveugle qu'il est devenu pourra clairement visionner le cheminement du drame de son existence aux sons des intonations du chœur répétant: «La prison peut t'avoir rendu libre, mais liberté t'emprisonnera pour toujours.»
Auparavant, on aura assisté à de sanglants combats aux couteaux du gang, à des joutes oratoires non moins assassines et surtout à la fatale attraction de Jocaste et d'Œdipe. Une scène particulièrement spectaculaire et que le metteur en scène a voulu sciemment voyeuriste pour marquer son impact sur l'œuvre: elle se déroule sur une plate-forme installée de part et d'autre du public. Sur scène, de grandes échelles sont appuyées sur de hauts murs et une porte en fer donne sur un sombre hangar.

Une pièce signée Luis Alfaro
Le tout se joue dans une langue anglaise émaillée d'un vocable espagnol à la manière de parler des «Chicanos», les citoyens américains d'origine mexicaine, dont fait partie l'auteur de la pièce, Luis Alfaro. Celui-ci est né (en 1963) en Californie de parents mexicains, ouvriers dans une ferme et adhérents au mouvement social d'un célèbre «Chicano», Cesar Chavez, qui a œuvré pour l'amélioration des conditions de vie et de travail des ouvriers agricoles venus de l'étranger. Alfaro a été influencé par son ambiance de jeunesse fortement religieuse et politiquement engagée. Ainsi, dès ses débuts, il a transposé sur les planches ce qui se passait dans les «barrios», ces ruelles des quartiers abritant la communauté hispanique, et il a de suite connu le succès, couronné par des prix prestigieux. Il raconte que lorsqu'il a remporté, en 1997, une bourse de la MacArthur Foundation, s'élevant à plusieurs centaines de milliers de dollars, il en fait don à des associations caritatives. Il ajoute, en souriant, que si aujourd'hui il se trouve en possession d'une aussi grande somme, il en ferait de même, mais en gardant un quelque chose pour lui.
Par ailleurs, son parcours est fait d'un ardent désir d'établir clairement le rapport du théâtre avec la vie de tous les jours et de montrer donc aux non initiés combien le théâtre est un miroir captivant. Ainsi, il lie, sans détour, l'inflexibilité d'Œdipe à l'inévitable tragique d'une vie faite de violence dans les rues des quartiers sensibles. «Les Grecs, explique-t-il, vous offrent une structure parfaite. Ils vous offrent des histoires magnifiques et compactes: une heure trente de vie à traiter.» Auparavant, il s'était essayé avec bonheur avec Electricidad, sa vision d'Electre.
Transposant les temples de Thèbes dans les rues de Los Angeles, le dramaturge Luis Alfaro médite sur le destin inexorablement brutal des membres hispaniques d'un gang. C'est là sa version musclée de la tragédie grecque qu'il présente sous le titre espagnol de Œdipus el Rey (Œdipe Roi). Dans cette pièce, aujourd'hui à l'affiche du théâtre Mammoth à Washington, aucun des ingrédients du spectacle antique n'a été omis.Jocaste est l'épouse d'un puissant chef du «milieu», Laïos, ayant ordonné le meurtre de son nouveau-né qui, selon un voyant, un fils tuerait son père. Il y a Créon, frère de Jocaste, et tous les personnages de l'œuvre de Sophocle, qui, ici, évoluent selon les lois de la rue, aussi violentes que celle d'une tragédie grecque. Les chœurs sont formés par les détenus, aux corps largement tatoués,...
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