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Moyen Orient et Monde - Révolte

La bataille de l’Est libyen fait rage

Ras Lanouf, Benghazi, Brega... La bataille entre insurgés et forces pro-Kadhafi continuait de faire rage sur le front est hier. Une journée également marquée par l’émission par Interpol d’une alerte visant Mouammar Kadhafi et des membres de sa famille.

À Ras Lanouf, un rebelle tire au canon contre les forces pro-Kadhafi. Goran Tomasevic/Reuters

Au 18e jour de révolte, les insurgés libyens, maîtres de l'est du pays, ont continué leur progression hier vers Tripoli. Une source gouvernementale libyenne a d'ailleurs reconnu que si l'Ouest du pays était « totalement » sous le contrôle du régime, l'Est du pays restait « problématique ».
Les insurgés ont indiqué hier soir avoir pris le contrôle de Ras Lanouf, à plus de 300 km au sud-ouest de Benghazi, fief de l'insurrection, après de violentes combats avec les forces fidèles au dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. Ras Lanouf est un port pétrolier stratégique à une centaine de kilomètres de Syrte, ville natale et fief du colonel Kadhafi, qui fait face depuis plus de deux semaines à une insurrection sans précédent depuis son arrivée au pouvoir il y a bientôt 42 ans. À Tripoli, le vice-ministre des Affaires étrangères Khaled Kaïm a contesté les affirmations des insurgés. « Le gouvernement contrôle la ville (...). À Ras Lanouf, tout est calme », a-t-il dit à des journalistes. Toutefois, un journaliste sur place a vu des rebelles positionnés à l'extérieur du complexe des opérations pétrolières d'Harouge, des casernes militaires et du commissariat, mais il n'était pas possible de confirmer si les rebelles contrôlaient la totalité des zones résidentielles. « Nous avons pris leurs casernes. La zone résidentielle est passée au peigne fin » pour trouver des éléments des forces pro-Kadhafi, a déclaré un des combattants rebelles, Saleh Sultan. « Ils ont fui comme des lapins. Quand nous avons commencé à avancer, ils nous ont attaqués avec des missiles Grad et des armes lourdes. Mais nous avons continué à avancer parce qu'on sait que ce sont des rats », a affirmé un autre combattant, Abdelsalam. Un médecin a fait état de « nombreux morts et blessés ».
Les insurgés ont également continué à avancer du côté de Brega, autre ville de la côte est. Toutefois, une source gouvernementale a démenti que la ville soit passée hier sous le contrôle des insurgés. « Brega n'est pas tombée. Nous traquons encore une bande de terroristes et de saboteurs dans cette zone », a indiqué cette source sous le couvert de l'anonymat. « Le plan est d'avancer petit à petit dans leur direction pour les pousser à reculer. Nous ne voulons pas nous battre, nous voulons leur imposer une pression psychologique (...). Mais si nous devons tuer pour remporter cette bataille, nous le ferons », a expliqué un colonel de l'armée, Bachir Abdelkader. Auparavant, une source officielle libyenne avait néanmoins indiqué que Brega était probablement sous le contrôle des insurgés.
En soirée, la chaîne al-Jazira annonçait par ailleurs que les forces fidèles à Kadhafi avaient bombardé un dépôt d'armes à la périphérie de Benghazi, première ville de l'est à être passée sous le contrôle des insurgés. Une attaque, également signalée par les insurgés, qui aurait fait 17 morts. Plus tôt dans la journée, quelque 5 000 Libyens avaient prié près du tribunal de Benghazi après un prêche au cours duquel l'imam a promis que « la victoire était proche ».
En ce qui concerne le front ouest, Zawiyah, à une soixantaine de km à l'ouest de Tripoli, pourrait avoir été repris par les forces loyales au régime libyen. Des combats y ont opposé l'armée régulière aux insurgés, faisant de « nombreux » morts et blessés. Mais un militant politique de Zawiyah, Mohammad Qassem, interrogé en direct sur la chaîne qatarie al-Jazira, a démenti la chute de la ville, tout en reconnaissant qu'elle était encerclée. Dimanche, les manifestants anti-Kadhafi avaient pris le contrôle de Zawiyah où ils avaient manifesté par milliers contre le régime lors d'une visite de presse organisée par les autorités. Des combats s'étaient déroulés le 24 février dans cette ville, faisant plus de 35 morts, selon la Ligue libyenne des droits de l'homme.

Combats à Tripoli
À Tripoli, des appels avaient été lancés pour profiter de la prière du vendredi et se faire entendre dans la capitale, où l'opposition avait déjà tenté la semaine dernière de se soulever dans plusieurs quartiers. Dans le quartier rebelle de Tajoura, des affrontements ont opposé les forces de l'ordre à une centaine de manifestants scandant des slogans contre le régime et traitant M. Kadhafi « d'ennemi de Dieu ». La police a fait usage de gaz lacrymogène et des journalistes sur place ont fait état de coups de feu nourris à plusieurs reprises, mais on ignorait s'il y avait eu des victimes. Sur la place Verte, dans le centre-ville, une centaine de pro-Kadhafi ont aussi manifesté leur soutien au « guide de la révolution ». Des heurts limités ont eu lieu entre de petits groupes de manifestants pro et anti-Kadhafi non loin de là, a indiqué un témoin.
Le capitaine Chouaib al-Akaki, qui a rallié le camp de l'opposition, s'inquiétait pour sa part à l'idée des combats à venir, forcément fratricides. « Nous essayons de limiter les pertes des deux côtés. En Libye, nous sommes tous parents. Nous sommes un pays de tribus. Nous avons tous de la famille à Syrte », a-t-il dit.
D'autre part, l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch a relativisé l'importance de « mercenaires africains » dans la répression, indiquant n'avoir recueilli aucune confirmation de leur rôle.
Selon la Ligue libyenne des droits de l'homme, la répression a déjà fait 6 000 morts. En outre, le cap des 100 000 réfugiés ayant franchi la frontière tuniso-libyenne pour fuir le chaos en Libye a été franchi hier, selon la protection civile tunisienne.
Enfin, une « alerte orange » visant à empêcher les déplacements de M. Kadhafi et les transferts de fonds a été diffusée hier par Interpol. Cette démarche, rarissime pour un chef d'État en exercice, fait suite à une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies ordonnant le gel d'avoirs financiers et l'interdiction des déplacements des dirigeants libyens. Elle est aussi la conséquence de l'ouverture d'une enquête pour crimes contre l'humanité à la Cour pénale internationale. Une affiche à l'entête d'Interpol avec la mention « Security Alert » et la photo de M. Kadhafi sera donc placardée dans les postes de douane partout dans le monde. L'alerte d'Interpol vise aussi 15 membres de la famille ou des proches de M. Kadhafi.
(sources : agences)
Au 18e jour de révolte, les insurgés libyens, maîtres de l'est du pays, ont continué leur progression hier vers Tripoli. Une source gouvernementale libyenne a d'ailleurs reconnu que si l'Ouest du pays était « totalement » sous le contrôle du régime, l'Est du pays restait « problématique ».Les insurgés ont indiqué hier soir avoir pris le contrôle de Ras Lanouf, à plus de 300 km au sud-ouest de Benghazi, fief de l'insurrection, après de violentes combats avec les forces fidèles au dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. Ras Lanouf est un port pétrolier stratégique à une centaine de kilomètres de Syrte, ville natale et fief du colonel Kadhafi, qui fait face depuis plus de deux semaines à une insurrection sans précédent depuis son arrivée au pouvoir il y a bientôt 42 ans. À Tripoli, le vice-ministre des Affaires...
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