Rechercher
Rechercher

Moyen Orient et Monde - Libye

Nouveaux raids aériens à Brega

Washington, Paris et Londres examinent « toutes les options » ; l'opposition rejette une médiation vénézuélienne.

La situation a atteint un niveau de « crise » à la frontière tunisienne, selon le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés. Plus de 80 000 personnes sont arrivées au poste-frontière de Ras Jedir depuis le 20 février dernier, et « plus de 20 000 attendent du côté libyen », selon le chef des pompiers tunisiens sur place. Fred Dufour/AFP

Les rebelles ont essuyé hier un nouveau raid aérien de l'armée à Brega, site pétrolier mais aussi verrou contrôlant l'accès à Benghazi, fief de l'opposition dans l'est de la Libye secouée depuis le 15 février dernier par une insurrection contre le régime du colonel Kadhafi. Toute la journée, des insurgés sont partis d'Ajdabiya pour aller prêter main-forte à Brega, que l'opposition dit toujours contrôler. Dans la matinée, « des avions de guerre ont lâché une bombe (...) entre la compagnie pétrolière et la zone résidentielle », a déclaré un responsable de l'hôpital de Brega, ne faisant pas état de victimes. « Il est très important de protéger Brega parce que s'ils (les pro-Kadhafi) occupent cet endroit, ils se dirigeront ensuite vers Ajdabiya. Or Ajdabiya est un point central pour eux car il permet de connecter l'ouest à l'est et au sud », a expliqué un ingénieur sous le couvert de l'anonymat. Seif el-Islam, un des fils du colonel Kadhafi, a déclaré à la télévision Sky News que la frappe aérienne sur le site pétrolier de Brega « était destinée à effrayer ». Selon lui, Brega est « le nœud gazier et pétrolier de la Libye. Sans Brega, six millions de personnes n'auraient pas d'avenir, parce que c'est de là que nous exportons notre pétrole ». À Benghazi, un porte-parole de l'opposition a évoqué un renforcement de l'armée régulière en direction de Ras Lanouf, à une centaine de kilomètres à l'ouest de Brega. « Nous attendons de voir s'ils attaquent ou s'ils renforcent la ligne », a-t-il dit. Selon la Ligue libyenne des droits de l'homme, la répression a déjà fait 6 000 morts.
Pour la première fois depuis le début de cette révolte, des soldats étrangers, trois Néerlandais, ont été capturés par des hommes loyaux au régime, lors d'une opération d'évacuation dimanche à Syrte, selon les Pays-Bas. Des opposants ont aussi annoncé avoir fait au moins une centaine de prisonniers lors de la contre-offensive mercredi à Brega. Selon les habitants de cet important site pétrolier, au moins cinq personnes ont été emmenées par les forces pro-Kadhafi au cours de l'offensive appuyée par l'aviation et l'artillerie lourde, et qui s'est soldée par au moins 12 morts.
Hier, le président russe, Dmitri Medvedev, a estimé que la Libye était « au bord de la guerre civile », soulignant le caractère « extrême » de la situation actuelle dans le pays. De son côté, le président américain, Barack Obama, a affirmé que le monde entier était « révolté » par la violence contre les Libyens. « Mouammar Kadhafi a perdu sa légitimité et il doit partir », a martelé M. Obama, expliquant qu'il faisait en sorte d'avoir à disposition « toute la gamme des options », militaires ou non. Il a toutefois assuré que les décisions prendraient en considération « ce qui est le mieux pour le peuple libyen ». Mais la Russie et l'Arabie saoudite se sont dit réticentes à toute « ingérence militaro-politique » dans la crise en Libye, à l'issue d'une rencontre bilatérale au ministère des Affaires étrangères à Moscou. L'OTAN ne prévoit pas d'intervention mais se prépare « à toute éventualité », a pour sa part affirmé le secrétaire général de l'Alliance, tandis que Paris et Londres ont annoncé vouloir apporter des « propositions audacieuses » au sommet européen sur la Libye, prévu le 10 mars. Selon le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, la France et la Grande-Bretagne sont d'accord pour œuvrer à la planification d'une zone d'exclusion aérienne en Libye. Le Pentagone s'est dit prudent à ce sujet, tout en affirmant que cela ne signifie pas que les militaires américains y sont opposés. L'Allemagne, elle, s'est montrée hostile à une quelconque intervention militaire étrangère. « Nous ne participerons pas et nous ne débattrons pas d'une intervention militaire », a dit le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle. Il a également déclaré que la situation n'était pas mûre pour décider de l'imposition d'une zone d'exclusion aérienne en Libye.

Enquête du CPI
Toutefois, environ 400 marines US sont arrivés mercredi sur la base militaire américaine de Souda à la Canée, en Crète (Grèce), a indiqué hier le porte-parole de la base. Ils doivent être transférés dans les prochains jours sur deux navires de guerre américains qui se trouvent actuellement en Méditerranée. Leur arrivée « s'inscrit dans une opération de repositionnement des forces dans la région (...) et est liée avec la Libye », a-t-il ajouté.
À La Haye, le procureur de la Cour pénale internationale a ouvert une enquête contre le colonel Kadhafi, ses fils et de hauts responsables libyens soupçonnés de « crimes contre l'humanité ». De même, le Journal officiel de l'UE a publié hier un règlement imposant des sanctions à M. Kadhafi et à 25 de ses proches. Cette publication implique l'entrée en vigueur immédiate des sanctions décidées lundi par les 27 gouvernements européens.

Situation humanitaire désastreuse
Côté humanitaire, la situation a atteint un niveau de « crise » à la frontière tunisienne, selon le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés. Plus de 80 000 personnes sont arrivées au poste-frontière de Ras Jedir depuis le 20 février dernier, et « plus de 20 000 attendent du côté libyen », selon le chef des pompiers tunisiens sur place. L'Organisation internationale pour les migrations a annoncé avoir commencé à évacuer les premiers des quelque 5 500 immigrés bloqués dans le port de Benghazi. Les Européens ont mis en place un pont aérien vers l'Égypte pour commencer l'évacuation de Tunisie de milliers d'Égyptiens, afin d'éviter chaos et épidémies. Le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a expliqué que décongestionner cette frontière était « une priorité » et qu'il prévoyait de doubler les capacités d'accueil du camp installé là-bas. En outre, l'Union européenne a annoncé une aide de 30 millions d'euros et le président américain a déclaré avoir approuvé l'envoi de moyens pour participer aux opérations.
D'autre part, Seif el-Islam Kadhafi a minimisé l'ampleur de la révolte, affirmant que son père obtiendrait 80 % des voix si des élections devaient se dérouler, dans une interview publiée par le quotidien panarabe Asharq el-Awsat.
Par ailleurs, le gouvernement vénézuélien tentait hier de consolider sa proposition de médiation internationale pour trouver une solution pacifique à la crise. « Nous confirmons l'intérêt (du gouvernement) libyen à accepter cette proposition, tout comme celui de la Ligue arabe. Aujourd'hui, le Venezuela poursuit ses démarches dans le monde arabe et dans le monde entier pour parvenir à la paix en Libye », a déclaré le ministre vénézuélien de l'Information, Andres Izarra. Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a confirmé que l'organisation « étudie » la proposition d'Hugo Chavez. Mais un porte-parole du Conseil national établi par les insurgés libyens a rejeté cette proposition. « Nous avons une position très claire : c'est trop tard, beaucoup de sang a coulé », a déclaré ce porte-parole, Moustapha Gheriani. Interrogé à ce sujet également sur la chaîne de télévision britannique Sky News, Seif el-Islam Kadhafi a répondu : « Nous disons merci (...) mais nous sommes capables de résoudre nous-mêmes nos problèmes. Il n'y a pas besoin d'une intervention étrangère. » En Europe, la France a rejeté « toute médiation permettant au colonel Kadhafi de se succéder à lui-même ».
(Sources : agences)
Les rebelles ont essuyé hier un nouveau raid aérien de l'armée à Brega, site pétrolier mais aussi verrou contrôlant l'accès à Benghazi, fief de l'opposition dans l'est de la Libye secouée depuis le 15 février dernier par une insurrection contre le régime du colonel Kadhafi. Toute la journée, des insurgés sont partis d'Ajdabiya pour aller prêter main-forte à Brega, que l'opposition dit toujours contrôler. Dans la matinée, « des avions de guerre ont lâché une bombe (...) entre la compagnie pétrolière et la zone résidentielle », a déclaré un responsable de l'hôpital de Brega, ne faisant pas état de victimes. « Il est très important de protéger Brega parce que s'ils (les pro-Kadhafi) occupent cet endroit, ils se dirigeront ensuite vers Ajdabiya. Or Ajdabiya est un point central pour eux car il permet de...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut