Plus de 80 000 personnes sont arrivées au poste-frontière de Ras Jedir depuis le 20 février, dont 31 000 Égyptiens. Zohra Bensemra/Reuters
Les organisations humanitaires et la communauté internationale ont engagé hier une course contre la montre et le chaos pour aider les dizaines de milliers de réfugiés massés dans des conditions précaires à la frontière entre la Libye et la Tunisie.
Le HCR a renouvelé l'appel urgent lancé la veille pour que « des moyens financiers et logistiques massifs, dont des avions, des bateaux et du personnel spécialisé », participent à l'effort d'évacuation. La responsable des opérations pour le HCR Janet Lim, prenant la parole hier devant le Conseil des droits de l'homme, a appelé à un effort « concerté » de la communauté internationale. « Il est clair que (la Tunisie et l'Égypte) ont besoin d'une aide urgente en raison des profonds changements qu'ils viennent de vivre eux-mêmes récemment et leur propre processus de changement » qui demeure « fragile », a-t-elle ajouté.
Les autorités tunisiennes ont exprimé leur crainte d' « une catastrophe humanitaire » alors que, au poste-frontière de Ras Jedir, des milliers de personnes « au rythme de 10 000 par jour » continuent d'affluer. La situation risque de « devenir ingérable », renchérit Jean-Philippe Chauzy, de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). « Les capacités d'accueil en Tunisie sont saturées », a-t-il dit. « Il faut absolument une assistance pour offrir un retour à des gens qui ne demandent qu'à rentrer » chez eux, a-t-il ajouté. L'OIM indique par ailleurs que 4 000 travailleurs migrants, essentiellement originaires du Niger, sont actuellement bloqués à Misrata, à environ 200 km à l'est de Tripoli. Deux d'entre eux auraient été tués lundi alors qu'ils étaient sortis chercher des vivres, selon un témoignage. Les organismes humanitaires s'inquiètent du sort des migrants originaires d'Afrique subsaharienne qui sont empêchés de franchir la frontière tunisienne. Ce sont « ceux qui ont le plus peur en ce moment », a indiqué un responsable du HCR, faisant état de messages provenant de personnes se disant « attaquées par des locaux qui disent qu'ils sont des mercenaires ».
Face à l'urgence humanitaire, la communauté internationale s'active. Le gouvernement français a annoncé qu'il allait utiliser des rotations d'avions gros porteurs et un navire pour évacuer prochainement vers l'Égypte au moins 5 000 travailleurs égyptiens bloqués à la frontière tuniso-libyenne. La Grande-Bretagne a également annoncé le lancement d'une opération de pont aérien entre la Libye et l'Égypte. Pour sa part, la Commission européenne enverra sa responsable à l'aide humanitaire en Afrique du Nord et a augmenté son aide d'urgence de 3 à 10 millions d'euros.
De son côté, le PAM a annoncé la mise ne place d'une opération d'urgence de près de 40 millions de dollars visant 2,7 millions de personnes en Libye, Égypte et Tunisie. L'Agence américaine pour le développement international (USAid) a mis de côté 10 millions de dollars pour des opérations de secours dans la région, avait par ailleurs indiqué lundi, lors de son passage à Genève, la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton.
(Sources : agences)

