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Liban - Escalade

Hariri tire à boulets rouges sur l’arsenal du Hezbollah

« Les armes empoisonnent tout au Liban », lance le Premier ministre sortant dans son premier discours musclé après l'entrée officielle du 14 Mars dans l'opposition.

M. Hariri prononçant son discours à la Maison du centre, devant des responsables du 14 Mars.Mohammad Azzakir/Reuters

Saad Hariri est définitivement sorti de sa réserve. Pour sa première apparition vingt-quatre heures après la proclamation par l'alliance du 14 Mars de son entrée dans une opposition totale au gouvernement Mikati en cours de formation, le chef du Courant du futur et de l'ex-majorité parlementaire a littéralement transfiguré son discours politique pour en faire une arme de guerre contre... les armes du Hezbollah.
À deux semaines du rendez-vous donné au public du 14 Mars, place des Martyrs, et au moment où les tractations au sujet du gouvernement sombrent dans le terne surplace, M. Hariri se devait, en effet, d'être mobilisateur. Débarrassé de la phraséologie obligée du discours d'un responsable en fonctions, le sien, prononcé à la Maison du centre devant un parterre de dirigeants et de cadres de l'alliance et du Courant du futur, a auguré de la tonalité - très élevée - appelée à régner lors de ce rassemblement.
Mais outre la flèche tirée en direction du Premier ministre désigné, accusé de « manquer de décision et de volonté », le discours de M. Hariri prend intégralement pour cible le Hezbollah, au moment précis où ce dernier s'efforce de garder un profil bas - en laissant le général Michel Aoun se mettre en avant - pour ne pas paraître entraver la formation du cabinet et afin de donner à ce processus un caractère normalisé.
En ajustant son « tir » sur les armes, le but de M. Hariri est clairement de forcer le Hezbollah à se dévoiler au moment où il ne le souhaite pas et, du coup, de « dé-normaliser » le processus en cours et marginaliser l'effet Mikati en remettant les pendules à l'heure.
Il est probable que cette escalade opérée par le chef de la nouvelle opposition sera suivie de bien d'autres de la part des ténors du 14 Mars en attendant la curée du... 14 mars (ou peut-être du 13, à en croire certaines sources, le 14 étant un lundi ouvrable).

« Ces armes toujours prêtes à être utilisées »...

Voici de très larges extraits du discours prononcé hier à la Maison du centre par le Premier ministre sortant, Saad Hariri :
« Le 14 Mars a attendu pendant un mois la réponse du Premier ministre désigné sur trois points : l'engagement du gouvernement à mettre fin au diktat des armes sur la vie politique au Liban, celui en faveur du Tribunal spécial pour le Liban et son attachement à la Constitution de Taëf.
« Comme tout le monde s'y attendait, la réponse ne vint pas. Après un mois, le 14 Mars a considéré l'absence de réponse comme étant une réponse en soi, ou plus précisément une absence de décision et de volonté. Il a, en conséquence, affirmé devant tous les Libanais que sa place n'était pas au sein de ce gouvernement.
« La prépondérance des armes sur la vie politique et culturelle au Liban est le problème - je le répète, c'est le problème - qui empêche la régulation de la vie publique dans notre pays. Certains ont prétendu que les armes sont un détail et que le problème est la résistance. Ce qui signifie, en d'autres termes, que nous avons un problème avec la résistance contre Israël. Nous le disons clairement : non, le problème, ce n'est pas la résistance contre l'ennemi extérieur, le seul que nous ayons. Le problème est la suprématie de vos armes sur vos frères libanais et sur la vie au Liban.
« Le problème, c'est lorsque vous affirmez que ces armes ne seront pas utilisées à l'intérieur, puis nous constatons qu'elles ne sont utilisées qu'à l'intérieur, depuis le "jour glorieux" du 7 mai 2008. Comment peut-on oublier ce "jour glorieux" ?
« Le problème, c'est lorsque vous prétendez, comme avant les dernières législatives, que vous ne voulez pas entrer au gouvernement si vous perdez les élections. Puis, après avoir perdu le scrutin, vous nous dites : "Ne pensez même pas à un gouvernement au sein duquel nous n'aurons pas le tiers de blocage, sinon les armes seraient prêtes à être utilisées."
« Et lorsque nous vous invitons, après votre défaite aux élections, à un véritable partenariat au sein d'un gouvernement d'union nationale, vous apportez vos armes avec vous et toutes les décisions du Conseil des ministres deviennent soumises à votre seule volonté, faute de quoi les armes seraient prêtes à être utilisées.
« Et quand vous signez des engagements à Doha, en présence de l'émir du Qatar et d'autres dirigeants arabes, visant à ne pas utiliser les armes à des fins politiques au plan interne et à ne pas entraver les travaux du Conseil des ministres, vous faites en sorte que la moitié de la vie du gouvernement soit perdue du fait de vos entraves. Tout comme vous vous êtes engagés à Doha à ne pas démissionner du gouvernement. Puis vous démissionnez, en étant sûrs que personne ne vous réclamera des comptes, parce que les armes sont prêtes à être utilisées.
« Aussitôt après votre démission, vous réclamez des consultations parlementaires en toute urgence. Mais quand vous avez découvert que la majorité issue d'élections démocratiques allait voter dans un sens que vous ne souhaitez pas, vous avez obtenu le report des consultations sous la menace des armes, avant de faire basculer la majorité aussi sous la menace des armes.
« Le problème, c'est encore lorsque vous participez à l'élaboration d'un consensus concernant le tribunal international et à un autre pour en finir avec les armes palestiniennes hors des camps, avant d'entraver la mise en œuvre de ces décisions. Et si nous vous demandons de rendre des comptes à ce sujet, vous parlez d'agression contre vous, parce que les armes sont prêtes à être utilisées.
« Le problème, c'est également lorsque vous faites échec à la conférence visant à une réconciliation globale de tous les Libanais, noble initiative du roi Abdallah ben Abdel Aziz. J'étais très enthousiaste à l'égard de cette initiative, mais malheureusement, vous avez réussi à la faire échouer, parce que les armes sont prêtes à être utilisées.
« À ce propos, nous n'avons entendu aucun d'entre vous parler de cette initiative dans ce qu'elle était réellement. Tout ce que nous avons entendu, une fois de plus, c'était des accusations de trahison. Ces accusations, vous en avez trop abusé, et le peuple libanais est las de la suprématie et du langage des armes, prêtes à être utilisées : tantôt à l'occasion d'une rixe au sujet d'un parking à Aïcha Bakkar, et tantôt lors d'une autre rixe à Bourj Abou Haïdar, et toujours dans le but d'entraîner le pays dans le sillage d'un axe régional qui n'a rien à voir avec le Liban ou l'arabité et dont les Libanais ne veulent pas.
« Nous avons simplement décidé de vous dire aujourd'hui ce que chaque Libanais dit tous les jours chez lui : le système libanais, la vie économique, sociale, culturelle, politique et constitutionnelle du pays et le droit du peuple libanais à une vie sûre ne seront jamais garantis aussi longtemps que ces armes seront prêtes à être utilisées contre vos concitoyens.
« Vous pensez probablement que vous pouvez mettre la main sur le pays et que vous pouvez mettre en boîte les élections au Sud, dans la Békaa-Nord, la banlieue sud et partout où il y a des armes, ces armes prêtes à être utilisées.
« Vous pensez peut-être que vous pouvez imposer qui vous voulez à la présidence du Parlement, même si vous n'avez pas la majorité, parce que les armes sont prêtes à être utilisées. Vous pensez aussi que vous pouvez imposer qui vous voulez à la présidence du Conseil, parce que les armes sont prêtes à être utilisées. Vous pouvez essayer de détruire l'image du président de la République, comme vous le faites à présent, parce que les armes sont prêtes à être utilisées.
« Vous croyez que les Libanais diront "ça va", parce que les armes sont prêtes à être utilisées. Non, ça ne va pas. Nous avons décidé de vous dire simplement : non, ça ne va pas !
« Nous voulons vous dire que si vous avez des armes, cela ne signifie pas que vous avez raison. Les armes peuvent donner une suprématie, mais elles ne donnent pas une majorité. La majorité est produite par les urnes, sans armes. La majorité exprime ses vues au Parlement, sans armes. La majorité est la majorité du peuple libanais, qui s'était rassemblée le 14 mars 2005, sans armes, pour proclamer son refus de la tutelle du régime policier sur notre Constitution et notre vie nationale. Cette majorité a décidé de se rassembler à nouveau le 14 mars 2011 pour refuser la tutelle des armes sur notre Constitution et sur la vie nationale.
« En 2005, les Libanaises et les Libanais ont été les premiers à se rendre sur la place de la Liberté et nous les avons suivis. Cette fois aussi, les Libanais vont être les véritables leaders du 14 Mars, le 14 mars 2011, parce qu'ils sont témoins de ce qui se passe autour de nous et ils sont convaincus que les armes sont inutiles à l'intérieur face à la volonté du peuple, et que la violence, l'oppression, la répression, l'injustice et l'assassinat sont des outils qui n'ont plus de place dans le monde.
« Nous continuerons de rappeler ces faits simples et clairs avec calme et responsabilité et de façon démocratique, par tous les moyens pacifiques disponibles et avec tout le peuple libanais, jusqu'à ce que vous reconnaissiez que ce problème est devenu un problème national par excellence, qui nécessite une solution nationale par excellence, avant toute autre chose, parce qu'il empoisonne tout le reste, et nous ne lui permettrons plus d'empoisonner la mémoire de nos martyrs, tous nos martyrs : les martyrs de la révolution du Cèdre et les martyrs de la résistance contre Israël. Nous ne lui permettrons plus d'empoisonner la quête sincère de vérité et de justice du peuple libanais, son droit à une vie décente et indépendante et à la protection de son avenir et de celui de ses enfants.
« Oui, nous continuerons à dire avec tous les Libanais : le Liban d'abord, l'État libanais d'abord, et non les armes d'abord ; le peuple d'abord, et non le peuple sous la suprématie des armes ; le TSL d'abord, parce que l'assassinat de Rafic Hariri n'était pas un accident et que les meurtres des martyrs de la révolution du Cèdre n'étaient pas des fruits du hasard. »
Saad Hariri est définitivement sorti de sa réserve. Pour sa première apparition vingt-quatre heures après la proclamation par l'alliance du 14 Mars de son entrée dans une opposition totale au gouvernement Mikati en cours de formation, le chef du Courant du futur et de l'ex-majorité parlementaire a littéralement transfiguré son discours politique pour en faire une arme de guerre contre... les armes du Hezbollah. À deux semaines du rendez-vous donné au public du 14 Mars, place des Martyrs, et au moment où les tractations au sujet du gouvernement sombrent dans le terne surplace, M. Hariri se devait, en effet, d'être mobilisateur. Débarrassé de la phraséologie obligée du discours d'un responsable en fonctions, le sien, prononcé à la Maison du centre devant un parterre de dirigeants et de cadres de l'alliance et du Courant...
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