Toutes les questions du monde se lisent sur le visage du patriarche dans cette photo récente prise à Bkerké. Jinan Nour/AFP
La date de la convocation en conclave du synode maronite pour l'élection d'un nouveau patriarche sera annoncée très vite, peut-être même aujourd'hui, a confié de son côté Mgr Roland Aboujaoudé, qui assume par ancienneté la présidence du « synode permanent restreint » chargé de la fixer.
Ce « synode restreint » est formé de NN.SS. Roland Aboujaoudé, vicaire patriarcal maronite, Youssef Béchara (Antélias), Boulos Matar (Beyrouth) et Mansour Hobeika (Zahlé).
S'expliquant à ce sujet, Mgr Aboujaoudé a affirmé que les évêques maronites du monde entier, qui se trouvaient à Rome pour la cérémonie d'installation d'une statue de saint Maron sur le flanc nord de la basilique Saint-Pierre, ont commencé à arriver au Liban pour cette importante échéance.
Canoniquement, cependant, le délai légal accordé au synode pour l'élection d'un nouveau patriarche est, dans l'Église maronite, de deux mois, précise-t-on de source ecclésiastique.
« Une décision libre et magnanime »
Au lendemain d'une audience accordée au patriarche Sfeir, le pape Benoît XVI lui avait officiellement adressé, samedi, une lettre-hommage dans laquelle il avait accepté de le décharger, à sa demande, du service pastoral qu'il assumait à la tête de l'Église maronite.
« Vous avez choisi de renoncer à la charge de patriarche d'Antioche des maronites, en cette circonstance très particulière (le jubilé marquant le 1 600e anniversaire de la mort de saint Maron). Maintenant, j'accueille votre décision libre et magnanime qui est l'expression d'une grande humilité et d'un profond détachement. Je suis sûr que vous accompagnerez toujours le chemin de l'Église maronite par la prière, le sage conseil et les sacrifices », affirmait la lettre.
« L'année consacrée au mille six centième anniversaire de la mort de saint Maron arrive à sa conclusion : un temps de grâce a été accordé à l'Église maronite pendant ce jubilé exceptionnel. C'est aussi le couronnement de votre service pour la plus grande gloire de Dieu et le bien de tous ses fidèles. »
« Dieu, dans Son amour insondable, vous a façonné et marqué de sa trace indélébile pour une élection particulière à son service. Ce choix secret a trouvé sa correspondance dans votre réponse libre et enthousiaste à l'exemple de la Mère de Dieu : "Qu'il m'advienne selon ta parole." Vous avez pu fêter l'an dernier soixante ans de sacerdoce : preuve de fidélité et d'amour pour Jésus-Christ, le Souverain Prêtre. »
« (...) Vous avez commencé ce noble ministère de patriarche d'Antioche des maronites dans la tourmente de la guerre qui a ensanglanté le Liban pendant de trop nombreuses années. C'est avec l'ardent désir de la paix pour votre pays que vous avez conduit cette Église et sillonné le monde pour consoler votre peuple contraint à l'émigration. La paix est enfin revenue, toujours fragile, mais toujours actuelle. »
Les spéculations
Outre bien sûr la question de l'âge - le patriarche Sfeir a 92 ans - c'est dans le contraste entre la « tourmente de la guerre » et « la paix revenue », évoqué dans ce dernier paragraphe, que réside peut-être la clé du changement recherché par le Saint-Siège à la tête de l'Église maronite.
Selon des sources bien informées, le Vatican désire que le prochain patriarche soit un « rassembleur » et puisse résorber, par son action, les divisions profondes qui se sont produites au sein de la communauté maronite, en raison des clivages du temps de guerre.
On sait qu'au-delà de son leadership religieux, le patriarche a joué un rôle considérable dans la vie nationale depuis qu'il est entré en fonctions, en 1986. C'est notamment à son appel en 2000 que le mouvement opposé à l'hégémonie de la Syrie, alors puissance de tutelle depuis trois décennies au Liban, a commencé à prendre de l'ampleur, jusqu'au retrait des troupes syriennes en 2005, dans la foulée de l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri. Toutefois, ce rôle qu'il a été presque forcé de jouer lui a valu de solides antagonismes dans le domaine politique.
Le Saint-Siège cherchera aussi, bien entendu, à obtenir que le successeur du patriarche Sfeir inscrive son action dans le cadre de l'Exhortation apostolique de 1997, à l'heure où le Vatican - qui a consacré aux Églises catholiques orientales un synode, en octobre dernier - tente une action dans deux directions complémentaires : freiner par tous les moyens, pastoraux et autres, l'hémorragie humaine qui vide l'Orient de ses chrétiens et obtenir des États arabes l'égalité civique pour les chrétiens, indépendamment de leur nombre.
Avec l'ouverture officielle de la succession du patriarche Sfeir, ont commencé les spéculations sur la personne qui lui succédera. Le synode actuel compte 40 évêques. Selon le droit canonique propre aux Églises orientales, le futur patriarche doit en principe obtenir une majorité absolue des voix, encore que, pour pouvoir être valide, le conclave qui l'élit doit réunir au moins les deux tiers des évêques légalement aptes à voter, et non diminués intellectuellement.
Comme dans toutes les élections, pour succéder au patriarche Sfeir, il y a des noms qui sont plus cités que d'autres, des « favoris », et parmi eux des membres du « synode permanent ». Mais ceux qui sont cités ne sont pas toujours ceux qui l'emportent. « Qui entre pape au conclave en sort cardinal », dit l'adage romain. L'âge, l'état de santé, les convictions politiques sont pris en considération, aussi bien que la sainteté de vie et la réputation.
Conformément à la tradition, enfin, le nom du nouveau patriarche est communiqué à Rome, après son élection, afin que le pape l'approuve en lui accordant « la communion ecclésiastique », le « pallium ».

