Hier, le cœur de la capitale tunisienne avait encore des allures de champ de bataille. Samedi, Tunis avait vécu une véritable bataille rangée entre les forces de l’ordre et les manifestants dans le centre de la ville. Zoubeir Souissi/Reuters
Le président tunisien par intérim, Foued Mebazaa, a aussitôt annoncé la nomination de l'ancien ministre Béji Caïd Essebsi au poste de Premier ministre de transition. « J'ai proposé à M. Béji Caïd Essebsi le poste de Premier ministre, une responsabilité qu'il a acceptée », a déclaré M. Mebazaa dans une déclaration diffusée par des médias locaux. Réputé pour être un libéral, Béji Caïd Essebsi a occupé plusieurs postes ministériels sous la présidence de Habib Bourguiba, père de l'indépendance de la Tunisie, occupant notamment les portefeuilles de la Défense et des Affaires étrangères. Il a été également président de la Chambre des députés en 1990-1991.
La démission de M. Ghannouchi a été accueillie avec soulagement dans les milieux politiques à Tunis. « Nous nous attendons à la formation d'un nouveau gouvernement transitoire, en rupture totale avec l'ancien régime et qui fera l'objet d'une entente entre toutes les forces politiques dans le pays », a déclaré l'opposant de gauche Hamma Hammami. La démission de M. Ghannouchi est la conséquence de « l'incapacité du gouvernement à mettre fin à la violence et à son hésitation », a commenté le secrétaire général adjoint de l'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), Ali Ben Romdhane.
Depuis sa nomination comme premier chef du gouvernement de l'après-Ben Ali, Mohammad Ghannouchi n'a pratiquement pas eu une journée de répit depuis la chute et la fuite de l'ancien président le 14 janvier. La première équipe qu'il avait formée, avec notamment des poids lourds de l'ancien régime, n'a pas tenu deux semaines. Au bout de cinq jours de manifestations sous ses fenêtres, celui qui fut le dernier Premier ministre de Ben Ali, 11 ans durant, avait jeté l'éponge le 27 janvier et formé une nouvelle équipe expurgée des « bénalistes » trop voyants, tout en sauvant sa tête. Un mois plus tard jour pour jour, M. Ghannouchi a cette fois décidé de partir après une manifestation monstre et surtout de très violents affrontements.
Bataille rangée dans Tunis
Hier, le cœur de la capitale tunisienne avait encore des allures de champ de bataille. Samedi, Tunis a vécu une véritable bataille rangée entre les forces de l'ordre et les manifestants dans le centre de la ville, avenue Habib Bourguiba, théâtre de scènes de chaos et d'une chasse à l'homme tous azimuts. Cinq personnes ont été tuées et seize agents de sécurité blessés lors de ces violents affrontements, selon un bilan publié hier par le ministère tunisien de l'Intérieur. Un groupe de jeunes, munis d'armes blanches et de pierres, avaient notamment voulu forcer le siège du ministère de l'Intérieur.
Les heurts se sont rapidement arrêtés sitôt connue la nouvelle de la démission de M. Ghannouchi, une annonce qui n'a toutefois pas été saluée par une explosion de joie.
(Source : AFP)

