À Zaouiyah, ville libérée, des manifestants écrasent le protrait de Mouammar Kadhafi. Ahmed Jadallah/Reuters
D'autres villes de l'ouest de Tripoli sont également passées sous le contrôle des rebelles. Un dignitaire, membre du comité révolutionnaire de la ville de Nalout, a ainsi indiqué que cette ville, ainsi que « al-Rhibat, Kabaw, Jado, Rogban, Zentan, Yefren, Kekla, Gherien, Hawamed étaient libérées depuis plusieurs jours ». Ces villes sont « aux mains du peuple et préparent une marche pour libérer Tripoli », a-t-il ajouté.
Dans la capitale, des envoyés spéciaux de Reuters ont rencontré, dans certains quartiers, des habitants proclamant ouvertement leur hostilité au guide, dont les forces de sécurité ont disparu des rues. « Kadhafi est l'ennemi de Dieu », scandaient samedi des habitants de Tadjoura, lors des funérailles d'un homme abattu la veille par des pro-Kadhafi. Sur les murs des maisons, les impacts de balles témoignent de la violence des combats. Des habitants, réclamant toujours l'anonymat de crainte de représailles, rapportaient que des forces pro-Kadhafi ont tiré dans la nuit de samedi à dimanche sur des manifestants qui tentaient de se rendre en cortège vers la place Verte, dans le centre de la capitale, tuant cinq personnes. La télévision publique a de son côté à nouveau montré une foule clamant son soutien à Kadhafi sur la place Verte. Mais des journalistes ont estimé qu'elle ne dépassait pas 200 personnes.
Par ailleurs, de longues queues se sont formées devant les banques à Tripoli, où les habitants venaient retirer les 500 dinars (environ 400 dollars) promis par le régime. Pour tenter d'endiguer la vague de contestation, le gouvernement avait annoncé vendredi une aide aux familles libyennes.
À l'est du pays, des habitants de Misratah, grande ville située à 200 km de Tripoli, ont rapporté que des forces fidèles à Kadhafi avaient lancé à partir de l'aéroport local une offensive repoussée par l'opposition. Quant à Benghazi, capitale de la Cyrénaïque aux mains des insurgés et foyer de la rébellion, le CICR indiquait, hier, que les violents combats qui s'y sont déroulés ont fait un total de 256 tués et de 2 000 blessés. Par ailleurs, des personnalités anti-Kadhafi y ont annoncé hier la formation d'un Conseil national libyen qui se veut le visage politique de la révolution, précisant que la composition de cet exécutif était encore en discussion. Samedi, l'ancien ministre de la Justice Moustapha Abdeljalil, qui a démissionné lundi dernier, avait déclaré à la chaîne al-Jazira qu'un gouvernement de transition serait formé pour diriger le pays avant des élections. « M. Abdeljalil est du côté de la révolution, il préside le conseil de la ville de Baïda. Nous sommes en contact avec toutes les villes libérées pour la formation de ce Conseil », a affirmé Abdelhafez Ghoqa, interrogé sur le rôle de l'ex-ministre de la Justice dans la constitution de cet exécutif provisoire. Dans ce tumulte, le défi de la rébellion, qui a lancé la protestation sous forme locale et gagné petit à petit du terrain sans réelle unité au niveau national, est de monter en puissance pour devenir une alternative et un pouvoir fédéral durable.
La tâche s'annonce ardue, mais l'opposition a déjà reçu, hier, un soutien américain. La secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a déclaré que les États-Unis sont « prêts à offrir toute forme d'aide que quiconque pourrait souhaiter » aux opposants en Libye. « Nous devons d'abord voir la fin de son régime et sans davantage de bain de sang, a-t-elle ajouté, en référence au régime de Kadhafi. Nous voulons qu'il (Kadhafi) parte et qu'il rappelle ses mercenaires. »
La communauté internationale ne cesse d'accroître la pression sur le régime de Kadhafi. À New York, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté une série de sanctions sévères contre le dirigeant libyen et ses proches. Le Conseil de sécurité a également décidé de transférer au procureur à la Cour pénale internationale (CPI) « la situation en Libye depuis le 15 février » et demande aux autorités libyennes de « coopérer pleinement » avec le tribunal. Cette mesure a fait l'objet de longues discussions entre les États membres, certains ayant soulevé des objections, selon des diplomates.
Rien ne dit toutefois que les sanctions contenues dans la résolution, gel des avoirs du clan Kadhafi, interdiction de voyager et embargo sur les ventes d'armes à la Libye, suffiront à infléchir la politique de répression du guide.
Un de ses fils, Seif el-Islam, a d'ailleurs affirmé samedi soir que la situation était « excellente » dans les trois quarts du pays, tout en reconnaissant une « volonté intérieure de changement » exprimée par des manifestants, selon lui, « manipulés par l'étranger ». Son père lui a fait écho hier soir, dans un entretien accordé à la chaîne de télévision serbe Pink : « La Libye est sûre, il n'y a pas de conflits. Tripoli est sûre. » Le colonel a également de nouveau rejeté la responsabilité des troubles sur les étrangers et el-Qaëda, jurant de rester en Libye.
Enfin, face au chaos, les évacuations des différents ressortissants étrangers continuaient dans des conditions difficiles. Selon le Haut-Commissariat des réfugiés (HCR), près de 100 000 personnes, majoritairement des travailleurs égyptiens et tunisiens, ont déjà quitté le pays via les frontières tunisienne et égyptienne. « Plus de 51 000 personnes de différentes nationalités ont été rapatriées depuis le 21 février à ce jour, a d'autre part déclaré à la presse le directeur de l'aéroport de Tripoli, Youssef al-Jarbi. La Chine à elle seule a rapatrié 18 000 et un nombre similaire se trouve encore en Libye. »
(Source : agences)

