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Moyen Orient et Monde - Crise

Kadhafi appelle les Libyens à prendre les armes contre les manifestants

Les violences commises contre des civils pourraient constituer des « crimes contre l'humanité » justifiant des poursuites de la Cour pénale internationale, selon un projet de résolution de l'ONU.

Kadhafi lors de son apparition publique, hier. Libyan TV/AFP

Critiqué à l'étranger, attaqué de toutes parts par une opposition armée qui contrôle désormais plusieurs villes, dont tout l'Est, le leader libyen Mouammar Kadhafi a pris la parole hier pour la première fois en public depuis le début la révolte devant une foule de plusieurs centaines de partisans dans le centre de Tripoli. « Nous allons nous battre et nous les vaincrons », a-t-il lancé au 11e jour de l'insurrection partie de Benghazi, à 1 000 km à l'est de Tripoli. « S'il le faut, nous ouvrirons tous les dépôts d'armes pour armer tout le peuple », a-t-il menacé. Le peuple libyen « aime Kadhafi », a-t-il affirmé, demandant à ses partisans de se préparer à « défendre la Libye ».
Ses partisans, qui agitaient le drapeau vert de la Libye, brandissaient des portraits à son effigie et scandaient « Dieu, Mouammar, Libye et c'est tout. »
Sur le plan diplomatique, les initiatives se multipliaient pour tenter d'infléchir sa politique de répression : réunion de l'ONU, propositions de sanctions et de mise en place d'une zone d'exclusion aérienne pour empêcher les avions militaires libyens de voler. Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a réclamé dans une résolution la suspension de la Libye de ses rangs ainsi qu'une enquête indépendante sur les violences. L'Union européenne a décrété un embargo sur les armes, ainsi que des gels d'avoirs et des interdictions de visas à l'encontre de Mouammar Kadhafi et ses proches. Les États-Unis se dirigent vers des sanctions multilatérales et unilatérales, a annoncé la Maison-Blanche, précisant que les services de renseignements américains cherchaient des preuves « d'exactions » commises contre le peuple libyen.
Le Conseil de sécurité de l'ONU doit prendre des « mesures décisives », a estimé de son côté le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, après avoir évoqué un embargo sur les armes, les voyages de M. Kadhafi et un gel de ses avoirs. « La violence doit cesser (...) Ceux qui versent avec brutalité le sang d'innocents doivent être punis, a-t-il dit. Une perte de temps signifie une perte de vies humaines. » Un projet de résolution du Conseil de sécurité rédigé par les Occidentaux avertit Mouammar Kadhafi que les violences pourraient être considérées comme des crimes contre l'humanité, justifiant des poursuites de la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, selon des diplomates.
Le nombre de morts se compte par milliers et non par centaines, a affirmé l'ambassadeur adjoint de la mission libyenne à l'ONU, Ibrahim Dabbashi, qui a fait défection. D'autres sources évoquent entre 300 et un millier de tués.
Le pouvoir libyen semblait de plus en plus isolé, après avoir été lâché par ses pairs arabes et plusieurs proches et diplomates, dont les ambassadeurs libyens à Paris, Lisbonne, Genève et à l'Unesco, ainsi que Kadhaf al-Dam, proche conseiller et cousin de M. Kadhafi.
Sur le terrain, alors que la région orientale pétrolifère est aux mains de l'opposition armée qui met en place une nouvelle administration, à Tripoli, les forces pro-Kadhafi, déployées autour de mosquées pour empêcher les protestations, ont tiré sur des manifestants. Dans l'est de la ville, au moins deux manifestants ont été tués par des pro-Kadhafi dans le quartier populaire de Fachloum, selon un témoin. Dans ce quartier, tout comme celui de Ben Achour, des témoins ont signalé des « tirs nourris sur tous ceux qui se trouvent dans la rue ». « Les forces de l'ordre ont ouvert le feu sur des manifestants sans distinction. Il y a des morts dans les rues de Soug al-Jomaa », a indiqué un autre habitant.
Des centaines d'autres personnes manifestaient contre le régime à Tajoura. Des tirs nourris ont également été entendus à Ghout Achaal, dans l'ouest de la ville. La télévision libyenne, citant des sources médicales, a néanmoins démenti des morts à Tripoli.
Dans l'Est, à Tobrouk, un millier de personnes brandissant des drapeaux de la monarchie du roi Idriss Senoussi, devenu symbole de l'insurrection, ont manifesté aux cris de « Libye libre, Kadhafi dehors. » Musratha, troisième ville du pays à 150 km à l'est de Tripoli, a été désertée par les loyalistes à M. Kadhafi, mais des combats ont eu lieu sur une base aérienne proche qui ont fait de nombreux morts, selon un habitant.
À 60 km à l'ouest de Tripoli, à Zawiyah, les combats entre pro et antirégime ont fait « plus de 35 morts, peut-être même 50 », a affirmé à l'AFP le porte-parole de la Ligue libyenne des droits de l'homme. C'est aux habitants de cette ville que s'était adressé jeudi M. Kadhafi. Il avait accusé el-Qaëda d'orchestrer l'insurrection en donnant selon lui des « pilules hallucinogènes » aux opposants.
L'un des fils du leader libyen, Seïf al-Islam, a affirmé que sa famille resterait coûte que coûte en Libye et a averti que le régime ne permettrait pas à une « poignée de terroristes » de contrôler une partie du pays. S'adressant en anglais à des journalistes étrangers acheminés à Tripoli sous escorte officielle, Saïf al-Islam a déclaré au sujet des combats engagés dans deux villes : « À Misrata, à Zahouiya, nous avons un problème. » « Nous avons affaire à des terroristes (...) L'armée a décidé de ne pas attaquer les terroristes et de laisser une chance à la négociation. Nous espérons le faire pacifiquement et nous le ferons d'ici à demain », a-t-il ajouté. Il a également rejeté tout plan de destruction des infrastructures pétrolières du pays en cas de progression de l'insurrection. « Nous ne détruirons jamais le pétrole. Il appartient au peuple », a-t-il dit.
Par ailleurs, la vie s'organisait dans les villes tombées aux mains des protestataires : un conseil municipal a ainsi été formé à Benghazi pour tenter de rétablir l'ordre en réactivant les services publics. Mais dans cette ville, la situation était critique pour les blessés, selon Médecins sans frontières.
Au plan humanitaire, 40 000 à 50 000 migrants ont fui la Libye depuis lundi par les frontières terrestres, et le flux s'accroît, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). La préoccupation est particulièrement vive pour les dizaines de milliers d'employés originaires de pays pauvres comme le Bangladesh ou les Philippines.
Quelque 7 408 personnes ont passé la frontière tunisienne de Ras Adjir, selon l'OIM. Dont un millier vendredi, surtout des Égyptiens. D'autres entrent en Algérie par des postes-frontières dans le désert.
De nombreux pays, dont la Chine, les États-Unis et les Européens, mais aussi l'Indonésie et l'Inde, évacuent massivement leurs ressortissants. Un premier ferry affrété par les Américains est arrivé vendredi soir dans le port de La Valette à Malte. D'autres devaient suivre.

(Sources : agences)

Critiqué à l'étranger, attaqué de toutes parts par une opposition armée qui contrôle désormais plusieurs villes, dont tout l'Est, le leader libyen Mouammar Kadhafi a pris la parole hier pour la première fois en public depuis le début la révolte devant une foule de plusieurs centaines de partisans dans le centre de Tripoli. « Nous allons nous battre et nous les vaincrons », a-t-il lancé au 11e jour de l'insurrection partie de Benghazi, à 1 000 km à l'est de Tripoli. « S'il le faut, nous ouvrirons tous les dépôts d'armes pour armer tout le peuple », a-t-il menacé. Le peuple libyen « aime Kadhafi », a-t-il affirmé, demandant à ses partisans de se préparer à « défendre la Libye ».Ses partisans, qui agitaient le drapeau vert de la Libye, brandissaient des portraits à son effigie et scandaient « Dieu,...
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