« Ces mesures vont dans la bonne direction pour répondre aux attentes des Saoudiens », a commenté dans un rapport le chef économiste de la banque Saudi Fransi, basée à Djeddah, John Sfakianakis. « Mais, prévient-il, le gouvernement devra continuer de jauger les sentiments de la population dans une région où les citoyens réclament des réformes politiques. » Pour l'auteure et analyste Mai Yamani, basée à Londres et jointe par l'AFP, la générosité du roi qui règne sans partage sur ses quelque 25 millions de sujets « cherche à les soudoyer ». « Le roi pense sincèrement qu'il peut, en tant que père de la nation, distribuer de l'argent et du travail à ses fils, et que cela les satisfera », ajoute-t-elle. Pour Mme Yamani, auteur d'un livre sur la nouvelle génération en Arabie saoudite, « ce système d'État rentier n'est plus viable ». Même si le roi Abdallah, un souverain prudemment réformiste, « est foncièrement convaincu que son peuple l'aime et que tout ira bien (...) les choses ont changé et cette manière de payer les gens pour les faire taire ne marche plus ».
Le royaume, premier exportateur mondial de pétrole, n'a pas de problèmes comparables aux autres pays arabes secoués par des révoltes, mais le chômage y dépasse les 10 % et les femmes sont exclues de larges secteurs de l'économie. L'Arabie saoudite est restée jusqu'à présent à l'abri des contestations populaires qui secouent deux de ses voisins, Bahreïn et le Yémen, mais les réformes politiques semblent gelées sous la pression des conservateurs. Pour Mme Yamani, le problème de l'Arabie saoudite est celui d'un royaume régi par des « octogénaires » face à « une classe moyenne jeune, cultivée et qui réclame une Constitution et au moins un conseil de la choura élu et non nommé ».
Neuf militants avaient annoncé ce mois-ci, sur leur site web, avoir créé le premier parti politique saoudien, bravant ainsi l'interdiction en place dans ce royaume ultraconservateur, mais cinq d'entre eux ont été arrêtés. Et le 17 février, le prince Talal ben Abdel Aziz al-Saoud, connu pour ses appels à plus de démocratie, avait estimé que l'Arabie saoudite pourrait, elle aussi, être touchée par les troubles qui embrasent le monde arabe. Pour autant, estime l'économiste Samir Nasr, basé à Beyrouth et joint par l'AFP, les mesures annoncées par le roi « vont sûrement alléger la crise et calmer le jeu », « en augmentant la consommation, en améliorant les services, et en contribuant au développement de régions » négligées par le passé.
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