Malgré l'appel de leur guide à manifester, seulement 150 personnes se sont rassemblées hier sur la place Verte de Tripoli, agitant drapeau libyen et portrait du colonel. Les rues étaient presque désertes à l'heure où, d'ordinaire, les artères de Tripoli sont bloquées par les embouteillages ; quelques cafés étaient les seuls commerces ouverts malgré les appels du gouvernement à reprendre le travail.
« Beaucoup de gens ont peur de quitter leurs maisons à Tripoli, et les miliciens pro-Kadhafi patrouillent et menacent les gens qui se rassemblent », a raconté un Tunisien, Marouane Mohamed, à la frontière entre la Libye et son pays.
Le colonel Kadhafi tente d'empêcher la contagion en déployant des soldats en Tripolitaine, province de l'Ouest libyen, tandis que la Cyrénaïque, à l'Est, est déjà tombée, selon les habitants de Benghazi, et les troupes passées dans le camp des insurgés. La chaîne britannique Sky News a montré une base militaire abandonnée près de Tobrouk, à une centaine de kilomètres de la frontière égyptienne. Une équipe de journalistes a vu des rebelles, en majorité armés, sur la route allant jusqu'à Tobrouk et des soldats ayant rallié les insurgés. Le chef de la diplomatie italienne Franco Frattini a confirmé que la province de Cyrénaïque (Est) n'était « plus sous contrôle du gouvernement libyen », mais a aussi évoqué « la naissance d'un émirat islamique (...et une volonté) d'enlever des Occidentaux ».
Si les plaines de Cyrénaïque et les monts de Djebel al-Akhdar sont plutôt calmes, la capitale de la région, Benghazi, est en effervescence. Dans cette ville de 700 000 habitants, d'où la révolte est partie il y a une semaine, les cris de joie se perdent dans les explosions de pétards et coups de klaxon. Les opposants, nouveaux maîtres des lieux, agitent les drapeaux tricolores (rouge-vert-noir) datant du roi Idriss renversé en 1969 par Kadhafi et distribuent de la nourriture aux passants en même temps qu'ils restituent les armes.
Défections en série
Par ailleurs, une partie de l'armée et de la diplomatie libyennes ont continué hier à lâcher le guide. L'équipage d'un avion militaire a refusé de bombarder Benghazi et sauté en parachute, laissant l'appareil s'écraser au sud-ouest de la ville, rapporte le journal local Kourina. Plusieurs représentants de la Libye, à l'ONU, Paris et dans d'autres capitales, ont condamné l'attitude du numéro un libyen.
D'autres proches de Kadhafi avaient fait défection, comme le ministre de l'Intérieur, Abdel Fattah Younès al-Abidi, et un haut conseiller de Seif al-Islam Kadhafi, l'un des fils du colonel.
Le dirigeant libyen est « pire » que l'ancien dictateur irakien Saddam Hussein et la fin de son régime est prévue dans « quelques jours », a affirmé pour sa part, dans une interview, le représentant démissionnaire de la Libye auprès de la Ligue arabe.
D'autre part, les autorités libyennes ont haussé le ton contre les médias étrangers, avertissant que les journalistes entrés « illégalement » en Libye seraient considérés « comme s'ils collaboraient avec el-Qaëda et comme des hors-la-loi ». « S'ils ne se livrent pas aux autorités, ils seront arrêtés », a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères, Khaled Kaïm.
Depuis le début de la révolte le 15 février, les violences ont fait au moins 300 morts, selon un bilan officiel, la plupart à Benghazi, deuxième ville du pays à 1 000 km à l'est de Tripoli et foyer de l'insurrection. La Fédération internationale des Ligues des droits de l'homme a parlé d'au moins 640 morts, dont 275 à Tripoli et 230 à Benghazi. Et un médecin français, Gérard Buffet, tout juste rentré de Benghazi, a évoqué « plus de 2 000 morts » uniquement dans cette ville. Selon Franco Frattini, la répression a fait jusqu'à 1 000 morts.
(Source : agences)

