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Moyen Orient et Monde - Éclairage

La contestation des régimes autoritaires atteindra-t-elle Pékin ?

Les ferments de l'embrasement du monde arabe sont présents en Chine : régime étouffant la dissidence, corruption, creusement du fossé entre riches et pauvres, et hausse des prix alimentaires...

La police chinoise arrêtant des manifestants qui avaient tenté dimanche « d’imiter la révolution du jasmin ». Carlos Barria/Reuters

Face aux révoltes populaires historiques en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, la Chine, où sévissent également parti unique, corruption et flambée des prix alimentaires, est-elle à risque ? Des sinologues répondent non, ou pas encore. Le déploiement policier dimanche après l'appel lancé sur l'Internet à manifester dans 13 villes de Chine l'a montré sans ambiguïté : Pékin tuera dans l'œuf toute révolte. Le Parti communiste a tiré les leçons de ses sept semaines de paralysie qui s'étaient conclues par un bain de sang près de la place Tiananmen en juin 1989, lorsque l'armée avait tiré sur le peuple.
« Je ne crois pas que la Chine sera le prochain domino », estime Perry Link, de l'Université de Californie. « Si vous additionnez, les franges de la population qui sont victimes d'intimidation ont été achetées, endoctrinées, qui se révolteraient bien, mais ne sont pas organisées... il ne reste pas une partie suffisante pour faire un domino », dit-il à l'AFP.
Pour Daniel Bell, de l'Université Tsinghua, il y a bien en Chine « un désir de plus d'ouverture, de liberté d'expression, de justice, mais pas le même désir de révolution qu'au Moyen-Orient ». D'autant qu'il y existe « les opportunités de mobilité sociale qui manquent au Moyen-Orient ».
En Chine « on n'a pas du tout la même situation », estime aussi Jean-Louis Rocca, de Tsinghua également : « On a un soutien au régime très fort ici, même si les gens ne sont pas contents. Il n'y a pas de volonté de changement de régime. »
En trois décennies de formidable croissance, le pouvoir communiste a extrait des centaines de millions de Chinois de la pauvreté et permis l'émergence d'une classe moyenne de plusieurs centaines de millions d'autres. Et même s'il subsiste de nombreuses difficultés « globalement on n'a pas en Chine un sentiment de crise profonde comparable à ce qui se passait chez Moubarak ou en Tunisie », juge le sociologue. Il n'y a « ni désespoir ni impression qu'on n'a pas d'avenir ». Surtout pas chez la jeunesse, malgré un taux de chômage élevé des diplômés.
Les Chinois souhaitent essentiellement « que le régime fasse ce qu'il a promis », poursuit M. Rocca : réduction des écarts de revenus, instauration d'un État de droit ou couverture santé. « Quand les gens entrent dans la classe moyenne, ils ont tendance à souhaiter la stabilité », estime également Jean-Pierre Cabestan, de la Hong Kong Baptist University. Ainsi, pour les Chinois « ce n'est pas le moment de faire chavirer le bateau, dit-il. Les conditions ne sont pas réunies pour un affrontement direct. C'est probablement trop tôt pour l'instant ».
On ne peut toutefois exclure, selon lui, « des espèces d'abcès dans des capitales provinciales », par exemple contre la corruption des cadres.
Autre différence de taille avec l'Égypte, la Tunisie ou la Libye, le pouvoir en Chine communiste n'est ni personnalisé ni dynastique. « Ici personne ne pourrait dire "Hu Jintao dégage !" », explique Jean-Louis Rocca, au sujet du chef de l'État : « Hu Jintao n'a aucun pouvoir personnel », puisque c'est le bureau politique qui dirige.
En Chine, « le numéro un change tous les dix ans », note aussi M. Cabestan, et « ce n'est pas une famille qui s'enrichit ».
Pourtant, certains se prennent à rêver. Comme l'avocat Teng Biao, interrogé sur l'Égypte par l'AFP. « Je crois qu'il y a une possibilité que cela se produise » en Chine, a-t-il dit la semaine dernière. Juste avant de devenir injoignable.
En tout cas, Tiananmen ne sera pas une nouvelle place Tahrir, épicentre de la révolution au Caire : son accès est restreint depuis 2008 par des barrières, avec des contrôles de sécurité.
Inquiété par la poussée des aspirations démocratiques de la rue arabe, Pékin continuait hier à censurer strictement les forums de discussion de l'Internet et les sites de microblogs, moyen prisé par les très nombreux internautes chinois pour propager les informations. Parmi les mots censurés est venu s'ajouter « jasmin », qui fait référence au soulèvement tunisien qui a renversé en janvier le président Zine el-Abidine Ben Ali après 23 ans de règne.
Par ailleurs, la presse officielle chinoise raillait hier les « quelques agités » qui dimanche « ont tenté d'imiter la révolution du jasmin », affirmant que les Chinois devraient faire preuve de patience. « Ces personnes sont comme les mendiants dans les rues, ils ne disparaissent jamais, tandis que le reste du pays avance », a assuré le Global Times, connu pour son nationalisme.

Face aux révoltes populaires historiques en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, la Chine, où sévissent également parti unique, corruption et flambée des prix alimentaires, est-elle à risque ? Des sinologues répondent non, ou pas encore. Le déploiement policier dimanche après l'appel lancé sur l'Internet à manifester dans 13 villes de Chine l'a montré sans ambiguïté : Pékin tuera dans l'œuf toute révolte. Le Parti communiste a tiré les leçons de ses sept semaines de paralysie qui s'étaient conclues par un bain de sang près de la place Tiananmen en juin 1989, lorsque l'armée avait tiré sur le peuple.« Je ne crois pas que la Chine sera le prochain domino », estime Perry Link, de l'Université de Californie. « Si vous additionnez, les franges de la population qui sont victimes d'intimidation ont été achetées,...
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