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Culture - Musique

Le tango sur clavier, regards de braise et notes de velours

Le tango dans tous ses états, évolutions et circonvolutions sous les doigts magiciens de Polly Ferman, conjointement présentée à l'Assembly Hall (AUB) par l'ambassade d'Uruguay et l'institut Cervantès. Un autre regard sur les mesures à deux et quatre temps où, en plus de la sensualité et des effluves des étreintes passionnées de deux corps, on trouve des sonorités aux racines profondément ibériques et d'Amérique latine.

La prestation sans faute de Polly Ferman a ouvert les portes du rêve. (Sami Ayad)

Blonde comme un épi de blé, vêtue d'une robe-pantalon long en mousseline rouge vif, Polly Ferman, en effleurant les touches du piano à queue noir lustré au milieu de la scène, a ouvert toutes grandes les portes du rêve, des frontières, du soleil, des passions fatales, douces ou incontrôlées.
De l'Amérique à l'Espagne, en passant par la France, le Brésil, l'Argentine et l'Uruguay, voilà, par-delà toute barrière, avec un panache bien discret, un siècle d'airs de tangos. Voyage sur les ailes du temps avec des musiciens connus (Chabrier, Albéniz. Milhaud, Piazzolla) et d'autres moins connus, du moins pour les mélomanes libanais (Gottschalks, Nazareth, Binelli, Lagamilla, Mortet, Castellanos et Rodriguez) pour une voluptueuse danse à deux ou quatre temps.
Le tango, sans bandonéon, mais avec la seule féerie du piano, tel que l'on ne l'a jamais imaginé, semble l'enjeu et le défi de ce concert qui sort sans irrévérence des chemins battus. Habaneras chaloupées et milongas languides ont emboîté le pas à ce savoureux et riche cours de «si le tango sur clavier m'était conté».
Ouverture avec Ojos criollos, un opus de Luis Gottschalks, du pays de l'oncle Sam, pour ce bal des notes dont l'origine est Buenos Aires et Montevideo. Les accents festifs d'une entraînante habanera de Chabrier prennent en force le relais, suivis par la ritournelle enflammée d'un vibrant tango d'Albéniz. Feux d'artifice à la Scaramouche avec le Tango des Fratellini de Darius Milhaud toujours inspiré et sous bonne influence des pays de soleil. Plus vives dans le sujet sont les deux danses du Brésilien Ernesto Nazareth, alliant des notes et des rythmes enrobés de sensualité et d'une fourmillante vivacité. Mélancolie des souvenirs et romantisme moderne avec le merveilleux Oblivion d'Astor Piazzolla transcrit spécialement ici pour un solo de clavier. Non moins émouvant est le Adios Nonino, dernier et ultime message d'affection, de tendresse et d'amour de Piazzolla à son père.
Toujours des rives enchantées de l'Argentine, ces Images de Buenos Aires de Daniel Binelli, rapides, survoltées, éclatantes de vigueur et d'énergie, comme pour nous faire oublier les chagrins et la tristesse de Piazzolla.
Et pour conclure, place à l'Uruguay avec quatre compositeurs (Roberto Lagarmilla, Luis Cluzeau Mortet, Pintin Castellanos et Matos Rodriguez) qui apportent du sang neuf et des rythmes inédits pour des mélodies puisées au cœur battant du monde actuel. Quatre compositeurs qui jonglent en toute habileté avec cadences, rythmes et mélodies, se frayant même parfois des passages insoupçonnés du côté des discordances harmoniques et des accents haletants d'une stridence toute contemporaine.
Mais le dernier mot et les dernières mesures sont à cette célèbre Cumparsita de Rodriguez, qui jette du baume sur les cœurs et reste à jamais un moment de bonheur, un vrai rêve bleu.
Tempête d'applaudissements d'une salle presque comble pour une prestation sans faille. Un menu sans faute de goût et présenté avec infiniment de tact et de savoir-faire, même si les charmantes explications de l'artiste, entre deux tangos interprétés, ont cassé un peu de la magie d'une musique qu'on aurait préféré écouter sans nul doute d'une seule traite.
Blonde comme un épi de blé, vêtue d'une robe-pantalon long en mousseline rouge vif, Polly Ferman, en effleurant les touches du piano à queue noir lustré au milieu de la scène, a ouvert toutes grandes les portes du rêve, des frontières, du soleil, des passions fatales, douces ou incontrôlées.De l'Amérique à l'Espagne, en passant par la France, le Brésil, l'Argentine et l'Uruguay, voilà, par-delà toute barrière, avec un panache bien discret, un siècle d'airs de tangos. Voyage sur les ailes du temps avec des musiciens connus (Chabrier, Albéniz. Milhaud, Piazzolla) et d'autres moins connus, du moins pour les mélomanes libanais (Gottschalks, Nazareth, Binelli, Lagamilla, Mortet, Castellanos et Rodriguez) pour une voluptueuse danse à deux ou quatre temps. Le tango, sans bandonéon, mais avec la seule féerie du piano, tel...
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