La marche de samedi devait partir de la place du 1er Mai vers la place des Martyrs, dans le vieil Alger, sur environ 4 km. Les centaines de participants ont été bloqués par un important dispositif sécuritaire, estimé à quelque 30 000 policiers qui ont procédé à de brèves interpellations - 14 selon le ministère de l'Intérieur, 300 selon l'opposition. Toutes les personnes interpellées ont été relâchées. Selon un porte-parole de la CNCD, Khalil Moumène, pas moins de 5 000 personnes ont participé à cet événement. Un décompte des journalistes estimait à 2 000 environ le nombre de participants, tandis que le ministère de l'Intérieur annonçait 250 manifestants. Dès samedi, un des fondateurs de la CNCD, Fodil Boumala, tout juste sorti du commissariat de police où il était détenu après la manifestation, avait donné le ton : « Ce n'est qu'un début ! » avait-il clamé. « C'est parti pour le changement », titrait hier le quotidien libéral Liberté, très favorable, comme une bonne partie de la presse algérienne, à des changements politiques.
Les marches de l'opposition algérienne s'inscrivent dans un contexte régional de soif de démocratie, qui a déjà vaincu les régimes jusque-là immuables d'Égypte et de Tunisie, et en menace d'autres. Depuis des mois, de petites manifestations et émeutes émaillent ce pays richissime en hydrocarbures et aux réserves bancaires évaluées officiellement à 155 milliards de dollars. Les lycéens réfutent un programme scolaire trop chargé, les universitaires un enseignement inadapté à l'évolution technologique, des milliers de familles crient leur mal-logement, les jeunes réclament du travail car, diplômés ou non, plus de 20 % d'entre eux sont chômeurs, tandis que les employés veulent des augmentations pour faire face à la flambée des prix.
La prochaine manche n'a pas encore été définie, mais elle s'inscrit dans un environnement peu propice aux vieux régimes. En Algérie, les contestataires insistent plus sur le « changement de système » que sur le départ du président Bouteflika, au pouvoir depuis 12 ans. L'Algérie est gouvernée depuis l'indépendance en 1962 par un régime largement soutenu par les militaires malgré de timides ouvertures à une démocratisation. Et les Algériens restent par-dessus tout traumatisés par plus de 10 ans de violences islamiques qui ont fait plus de 150 000 morts. Mais, comme le souligne au quotidien Algérie News le président d'honneur de la LADDH, Abdenour Ali-Yahia : « Les Algériens renouent progressivement avec les actions de revendication pacifique. »
Au plan des réactions internationales, le département d'État américain a appelé hier « les forces de sécurité (algériennes) à la retenue » face aux manifestants. « Par ailleurs, nous réaffirmons notre soutien aux droits universels du peuple algérien, y compris les droits de réunion et d'expression. Ces droits s'appliquent sur Internet » et « doivent être respectés », ajoute-t-il, précisant que les États-Unis « suivront de près la situation ces prochains jours ».

