Arborant une pancarte avec les drapeaux égyptien et tunisien, les manifestants anti-Saleh scandent : « Vous étiez les premiers et on vous suivra ». Gamal Noman/AFP
Lors de son discours de mercredi, le président avait invité l'opposition à annuler les manifestations et à reprendre le dialogue pour un gouvernement d'union nationale. Mais l'opposition, inspirée par les révoltes tunisienne et égyptienne, a maintenu son mot d'ordre pour la manifestation. « Notre rassemblement aujourd'hui est un acte de lutte pacifique », a déclaré Nagib Ghanem, un député du parti islamiste al-Islah, membre du Forum commun. Galvanisant une foule compacte rassemblée sur trois avenues près de l'université de Sanaa, M. Ghanem a ajouté : « Nous nous sommes réunis pour faire tomber un régime corrompu et tyrannique. » « Non à un régime héréditaire, non à une prolongation du mandat » du président Saleh, clamaient sur une banderole les contestataires, qui se sont ensuite dispersés dans le calme.
Le front de l'opposition semblait toutefois se fissurer hier, certains militants réclamant un départ immédiat de Saleh tandis que d'autres se bornaient à demander qu'il tienne ses engagements de mercredi.
Simultanément, une contre-manifestation a été organisée par le parti au pouvoir, le Congrès populaire général (CPG), sur la place al-Tahrir (Libération), où l'opposition avait prévu de manifester, contraignant les protestataires à changer le lieu de leur rassemblement. Les organisateurs de cette contre-manifestation ont clamé eux aussi avoir réuni près de 100 000 personnes. Les partisans du parti au pouvoir ont scandé des slogans de soutien au président Saleh et hostiles à l'opposition : « Par notre âme, par notre sang, nous nous sacrifierons pour le Yémen », répétaient-ils, en brandissant des banderoles proclamant : « Non aux destructions, non à la sédition. »
Le CPG tente de reprendre l'initiative, après la décision annoncée mercredi par M. Saleh de ne pas briguer de nouveau mandat à l'expiration du sien en 2013, de ne pas transmettre le pouvoir à son fils et de relancer l'appel au dialogue avec l'opposition.
La place al-Tahrir accueille habituellement les contestataires à Sanaa, tout comme la place du Caire qui porte le même nom. Mais au Yémen, aucun incident sérieux n'a été signalé durant les deux manifestations de l'opposition et du pouvoir, qui ont pris fin en début d'après-midi, à l'heure de la séance du qat, une feuille à l'effet euphorisant dont la consommation rythme le quotidien des Yéménites.
Des manifestations à l'appel de l'opposition se sont également déroulées dans plusieurs autres villes du pays, notamment à Aden (Sud), Taëz et Ibb (centre), selon des correspondants de l'AFP.
Les enjeux sont d'importance pour ce pays en proie à un regain d'activité d'el-Qaëda, mais aussi à une guérilla séparatiste au Sud et à un soulèvement chiite dans le Nord, le tout sur fond de pauvreté endémique. Un tiers des Yéménites souffrent régulièrement de la faim.

