Dès lors, précisent ses fidèles, si jamais la Syrie, l'Iran et le Hezbollah envisagent de traiter, de parler cooptation, ce ne sera qu'avec le chef du Courant du futur. Pour le faire plier une fois pour toutes. Mais il s'y est refusé, en rejetant la formule S-S. Et il n'a aucune raison de modifier sa position aujourd'hui.
Selon un député membre du bloc Liban d'abord, l'objectif de Damas n'était pas tant d'écarter Hariri au profit de Mikati que d'engager une nouvelle phase, positive et fructueuse, de la lutte dite des axes. Pour marquer un point important, à l'heure des événements d'Égypte contre ce que l'on appelle projet régional américain. Présumé défendu par le 14 Mars et par ses figures de proue. Le but local restant de prohiber toute discussion sur l'armement du Hezbollah. Et de promouvoir la neutralisation du TSL. Ce qui signifie en pratique que les contretemps enregistrés au sujet du Comité de dialogue national vont tourner au torpillage définitif. Malgré les vœux conjugués des présidents Michel Sleiman et Nagib Mikati. Ce dernier en pâtirait le plus, puisqu'il soutient mordicus que ce n'est pas son gouvernement à venir, mais le comité en question qui doit se pencher sur le TSL et sur l'armement.
Toujours selon ce député, Gemayel, Geagea et Harb se sont dépensés en vain. Car tout, composition du cabinet comprise, aurait été prêt dès l'instant où l'on avait retardé les consultations parlementaires pour permettre l'irruption de Mikati. Reste une question : les intéressés ont-ils agi de leur propre chef seulement ? Selon des sources fiables, leurs rencontres avec Mikati ont été avalisées par l'ensemble du 14 Mars. Le justificatif étant de riposter aux arguments, avancés par les centristes proches du Premier ministre désigné, que ce camp aurait décidé de bouder Mikati sans raison autre que personnelle. Et de ne pas lui laisser sa chance, pour un cabinet qui ne soit ni monochrome ni contre le dialogue. Aujourd'hui, cette chance il l'a eue. Et ses interlocuteurs loyalistes précisent qu'ils lui ont exposé des vues, pour ne pas dire des conditions, auxquelles il lui est demandé de répondre. Après quoi le 14 Mars dira s'il peut participer au gouvernement.
La liste déjà prête ?
Toujours est-il que des sources du 14 Mars pensent que Mikati a déjà sa liste, approuvée par Damas et par le Hezb, bien en poche. Des FL ajoutent qu'il sait pertinemment qu'il ne suffit pas de louer la justice et les engagements internationaux, dans la déclaration ministérielle. Mais qu'il faut contribuer activement à la mise au jour de la vérité, pour l'identification des coupables, exécutants ou commanditaires.
Sur un plan global, les loyalistes finissent par l'avouer : ils sont divisés sur l'opportunité de participer au gouvernement. Ils attendent donc de prendre connaissance des réponses de Mikati à Gemayel, Geagea et Harb. Les Kataëb ont une position déterminée. En tout cas, la décision devrait être générale et commune. Sur un plan pratique, le 14 Mars voudrait, en cas de participation, une représentation proportionnelle en regard de la composition du Parlement, donc plus que le tiers de blocage.
Ce que le général Michel Aoun refuse absolument en tenant ce langage d'une étrange logique : grâce au tiers de blocage, nous avions réussi à empêcher des choses, mais en avions-nous réalisé ?
Il ne veut donc pas que le pouvoir, maintenant que le Hezb et lui vont l'avoir, risque d'être paralysé. En fait, il est contre la reconduction de la formule de Doha qui, selon lui, est maintenant à terre. Il déclare que ce qui s'est passé, c'est un renversement politique par le biais des institutions et de la légalité. Dès lors il est exclu, pour lui, qu'une fraction qui ne croit pas au projet politique du 8 Mars participe au cabinet. Aoun insiste pour une formation rapide. Il veut disposer à sa guise du quota chrétien et refuse toute part au président de la République. Et il se déchaîne contre le TSL.
Cependant, Mikati ne semble pas pressé. Il préfère attendre de voir ce qui se passe dehors. Et aussi ce que le supermeeting du 14 Mars prévu pour le 14 février va produire. Sans compter que, selon certains, il voudrait bien que le 14 Mars accepte de participer. Pour se sentir moins seul face au Hezbollah.

