Le soutien fort d'Erdogan à un changement de régime en Égypte reflète la volonté de la Turquie de consolider son rôle de puissance régionale, estimaient hier les experts.
Si M. Erdogan s'est exprimé sur la nécessité du changement en Égypte, il a aussi mis en exergue l'expérience turque de démocratisation et l'intérêt qu'elle pouvait présenter pour les pays arabes en pleine mutation. « Le Moyen-Orient est devenu synonyme de libertés bafouées, d'ignorance et de larmes. Nous ne croyons pas que son peuple mérite cela », a-t-il dit.
Les observateurs ont salué cette salve prodémocratique, s'accordant à penser que la Turquie musulmane mais laïque sortirait renforcée de la crise égyptienne. « Félicitations à M. Erdogan. Son discours a été un soutien précieux aux manifestants en Égypte », soulignait Cengiz Candar dans le quotidien Radikal. « En dépit de ses déficiences, l'AKP est la seule institution démocratique dans le monde arabe », affirmait de son côté l'éditorialiste Hadi Uluengin, du journal Hürriyet. Soulignant la popularité de M. Erdogan au sein des populations arabes et musulmanes en raison de ses virulentes critiques contre Israël, il analyse le contexte actuel par l'absence dans les pays en ébullition d'un parti « musulman démocrate » à l'instar de celui d'Erdogan, œuvrant à élargir les libertés individuelles.
Interrogé hier par la presse si la Turquie était un modèle pour le monde arabe, le président turc Abdullah Gül s'est voulu modeste et a affirmé qu'« il est naturel que les gens veuillent profiter des choses positives ». Dans ce contexte, il a rappelé le vaste chantier de réformes démocratiques entrepris par son pays depuis une dizaine d'années pour s'aligner sur les normes européennes. Il s'est ainsi félicité que les changements en Turquie soient suivis par le monde arabe, mais, a-t-il ajouté, « être considéré comme un modèle c'est trop ambitieux ».
Depuis l'arrivée au pouvoir de l'AKP en 2002, la Turquie s'est rapprochée de ses voisins arabes et de l'Iran, mais s'est brouillée en revanche avec Israël, son ex-partenaire stratégique, ce qui entraîne des interrogations sur le cap traditionnellement pro-occidental du pays.
Semih Idiz, un expert des affaires internationales du journal Milliyet, souligne que malgré les coups portés à la démocratie en Turquie (trois coups d'État depuis 1960), sa démocratie a continué à fonctionner tant bien que mal, et la stabilité économique apportée par l'AKP en Turquie est suivie avec envie. Il souligne toutefois que M. Erdogan doit aussi pouvoir faire preuve dans son propre pays de « tolérance » envers une opposition qui l'accuse d'autoritarisme.

