La police a chargé les manifestants dans la Kasbah de Tunis, les chassant et arrêtant certains. Zohra Bensemra/Reuters
« J'ai vu au moins cinq blessés. Plusieurs saignaient », a affirmé à l'AFP le médecin du Samu de Tunis, Majdi Amami. Il a précisé que deux blessés ont été atteints par des pierres lancées par les manifestants et que la police rejetait ensuite vers eux. Un troisième a été atteint à la tête par une grenade lacrymogène tirée « presque à bout portant », a affirmé ce médecin.
Dans la matinée, les plus irréductibles des protestataires continuaient d'insister pour obtenir la tête du Premier ministre, qui fut pendant onze ans chef du gouvernement du président déchu Zine el-Abidine Ben Ali. « La majorité veut continuer pour dégager Ghannouchi, tout le gouvernement doit sauter, surtout Ghannouchi », assurait à l'AFP Khaled Salhi, étudiant de 22 ans. Chassés de l'esplanade en fin d'après-midi, des centaines de protestataires se sont alors dirigés vers l'avenue Habib Bourguiba, où les heurts ont repris de plus belle avec la police. L'artère, qui avait retrouvé un visage avenant avec ses terrasses de cafés bondées et ses badauds s'adonnant au lèche-vitrines, s'est totalement vidée en quelques instants. L'air était rempli de fumée de grenades lacrymogènes sur toute la longueur de l'avenue, totalement bouclée, et les rues adjacentes où refluaient des grappes de manifestants pourchassés par les forces de l'ordre. Plusieurs arrestations ont été opérées par des policiers eux-mêmes pris à partie par des groupes de passants.
Après trois jours d'âpres tractations, M. Ghannouchi avait en grande partie cédé à la pression quotidienne de milliers de manifestants en formant jeudi soir une nouvelle équipe de transition profondément remaniée. Cinq des sept anciens ministres du dernier gouvernement de Ben Ali qui y figuraient ont été remerciés, notamment tous ceux qui occupaient les postes-clés : Défense, Intérieur, Affaires étrangères, Finances. Ils ont été remplacés par des technocrates ou des personnalités indépendantes peu connues de l'opinion. « Un gouvernement est là. L'économie doit repartir, les gens doivent se remettre au travail », a affirmé hier à l'AFP Mouldi Jandoubli, un membre exécutif de la puissante centrale syndicale UGTT, qui a joué un rôle central dans la « révolution du jasmin ».
La France a rapidement salué la formation de cette nouvelle équipe, en soulignant qu'elle devait préparer des élections « dans les meilleures conditions ». Dans un entretien téléphonique hier avec le nouveau ministre des AE tunisien Ahmad Abderraouf Ounaïs, la haute représentante de l'UE aux Affaires étrangères, Mme Catherine Ashton, l'a invité à Bruxelles la semaine prochaine. Mme Ashton a également indiqué qu'elle enverrait une mission d'experts en Tunisie la semaine prochaine pour aider à la préparation et à l'organisation d'élections.


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