M. Ben Ali a fui le 14 janvier la Tunisie et trouvé refuge en Arabie saoudite.
Son épouse Leïla Trabelsi, dont la famille avait mis le pays en coupe réglée, a également quitté le pays à une date et pour une destination inconnues. Le frère de l'ex-Première dame, Benhassen Trabelsi, est en fuite lui aussi et également visé par cette enquête tout comme huit autres membres de la famille détenus en Tunisie.
Six membres de la garde présidentielle, dont l'ancien chef de la sécurité de Ben Ali, le général Ali Sériati, sont pour leur part poursuivis dans le cadre d'une enquête distincte visant des exactions contre la population et les forces de sécurité.
La justice tunisienne avait déjà ouvert une information judiciaire le 16 janvier notamment contre le général Sériati pour « complot contre la sécurité intérieure de l'État ». Homme-clé de la sécurité du président déchu, il est considéré comme le commanditaire de la campagne de terreur menée par des miliciens fidèles à l'ancien président dans les jours qui ont immédiatement suivi sa chute.
En outre, Interpol a indiqué que son bureau de Tunis avait émis une alerte mondiale à destination de ses 188 membres en vue d'obtenir la localisation et l'arrestation de l'ancien président tunisien en fuite et de six de ses proches.
D'autre part, d'« intenses » discussions retardaient hier soir l'annonce d'un remaniement destiné à calmer la colère de la rue contre le gouvernement de transition. Ce remaniement sera annoncé « à une heure tardive » mercredi, voire « jeudi matin », a déclaré à la télévision nationale le ministre du Développement régional, Ahmad Néjib Chebbi, qui a fait état « d'intenses discussions toujours en cours pour arriver à une composition finale du gouvernement qui soit convaincante pour l'opinion publique ».
Des milliers de personnes manifestent chaque jour à Tunis devant les bureaux du Premier ministre pour exiger une équipe expurgée des sept ministres ayant servi sous Ben Ali, sans compter le Premier ministre Mohammad Ghannouchi dont ils réclament aussi la tête.
Selon des sources proches du gouvernement interrogées par l'AFP, les discussions achoppent en particulier sur l'attribution des « ministères de souveraineté » - Intérieur, Défense, Affaires étrangères -, actuellement tous aux mains de caciques de l'ancien régime.
M. Ghannouchi, dernier Premier ministre de l'ex-président Zine el-Abidine Ben Ali, qu'il a servi pendant 11 ans jusqu'à sa chute le 14 janvier, resterait à son poste, selon ces sources.
La centrale syndicale UGTT, qui a joué un rôle crucial pendant la révolution tunisienne en encadrant et politisant les manifestations, continue quant à elle de peser de tout son poids pour faire chuter le gouvernement de transition.
Elle a convoqué une « grève générale » et une manifestation aujourd'hui à Sidi Bouzid, (centre-ouest), foyer de la révolte populaire tunisienne.
Cet appel fait suite à une autre « grève générale » organisée hier à Sfax (centre), la seconde ville du pays, où des milliers de manifestants ont réclamé la démission du gouvernement.
Les autorités ont annoncé un allègement du couvre-feu, désormais en vigueur de 22h00 à 04h00, « en raison d'une amélioration de la situation sécuritaire ».
Le couvre-feu, auparavant de 20h00 à 05h00, est bravé depuis trois jours par des centaines de manifestants qui campent nuit et jour sous les fenêtres du Premier ministre, sur la place de la Kasbah de Tunis.
La France a par ailleurs relevé son ambassadeur à Tunis, Pierre Ménat, qui fait les frais des erreurs d'appréciation de la diplomatie française sur le mouvement qui a emporté le régime tunisien.

