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Liban - La Situation

L’option Mikati mise à l’épreuve de la rue sunnite

On se perdait en conjectures, tout au long de la journée d'hier, sur les raisons qui ont poussé l'ancien Premier ministre Nagib Mikati, chez qui la modération politique est pour ainsi dire une seconde nature, à accepter, dans les circonstances actuelles, de se jeter dans la course à la présidence du Conseil.
De toute évidence, l'ambition - tout à fait légitime - d'accéder une nouvelle fois au Grand Sérail ne saurait à elle seule expliquer la démarche de M. Mikati : le député de Tripoli est un homme trop pragmatique et qui a tant peiné à bâtir son image sur un comportement réfléchi pour décider sur un coup de tête de se laisser désigner par le 8 Mars et le tandem syro-iranien comme adversaire de Saad Hariri dans une compétition intersunnite.
Il est donc clair, aux yeux de nombreux observateurs, que l'option Mikati cacherait, en amont, une sorte de compromis international et régional obtenu dès lors que les adversaires de M. Hariri se sont révélés incapables, en dépit des retournements à la Chambre, d'imposer un Premier ministre issu de leurs propres rangs.
De là l'insistance de M. Mikati à se présenter comme un candidat « consensuel », alors même qu'aucun accord formel n'avait été conclu dans ce sens entre les deux camps en présence.
Cela signifie en outre que le député de Tripoli aurait reçu de quelque part un feu vert lui permettant, en contrepartie de son acceptation, de mettre sur la table un certain nombre de conditions face à l'ordre du jour tant désiré par l'opposition pour le prochain gouvernement. Or non seulement la pérennité des relations entre le Liban et le TSL serait au cœur de ces conditions, mais on n'écarte pas, dans certains milieux informés, un scénario tel que celui suggéré le week-end dernier par cheikh Sobhi Toufayli, le dissident du Hezbollah. Il s'agirait, en gros, pour le Hezb d'admettre l'idée que quelques-uns de ses membres sont impliqués dans les assassinats et de décréter tout simplement leur mise à l'écart.
On n'en est pas là pour le moment, et il se peut très bien que les signaux que M. Mikati a vus en vert ne soient encore que couleur orange. Quant à la « rue » sunnite, elle vire, elle, au rouge vif.
La question que l'on se posait hier soir, après les débuts d'émeutes observés à Tripoli et dans toutes les régions sunnites du pays, c'est de savoir s'il s'agissait d'un accès de fièvre momentané ou d'un mouvement appelé à faire tache d'huile et balayer l'option Nagib Mikati.
Ce dernier a fait savoir qu'il résisterait à la vague. Mais le ton du camp haririen ne laissait aucun doute sur ses intentions pour aujourd'hui. Le mot d'ordre est clair : « Journée de colère », de manifestations, de sit-in, à Tripoli, mais aussi à Beyrouth, place des Martyrs, et ailleurs. « Ce sera une longue journée sunnite », selon la formule d'un observateur.
Le ministère de l'Éducation s'est refusé, quant à lui, à toute directive dans un sens ou dans l'autre pour les écoliers. « Cela dépendra des régions et de l'heure », s'est-on contenté de dire.
Et pour boucler la boucle, une chaîne de télévision annonçait en fin de soirée que l'ancien Premier ministre Omar Karamé, un moment pressenti comme le candidat naturel du 8 Mars, a téléphoné à Saad Hariri pour lui faire part de son soutien.
C'est donc dans une atmosphère extrêmement tendue que les consultations ouvertes hier à Baabda devront se poursuivre aujourd'hui. Une vingtaine de députés doivent encore défiler au palais présidentiel, mais le suspense a cessé, depuis hier soir, d'être arithmétique et institutionnel : une fois de plus dans ce pays, la rue cherche à s'imposer pour pallier les institutions défaillantes. Et comment ces dernières ne le seraient-elles pas lorsqu'on reporte des consultations parlementaires parce que le pointage donne un candidat A comme favori, et qu'à la faveur de ce report, c'est le candidat B qui se retrouve favori une semaine plus tard ?
D'un côté, on discrédite sans scrupules le jeu institutionnel, et, de l'autre, on demande à la rue de laisser faire les institutions : voilà où nous en sommes.
On se perdait en conjectures, tout au long de la journée d'hier, sur les raisons qui ont poussé l'ancien Premier ministre Nagib Mikati, chez qui la modération politique est pour ainsi dire une seconde nature, à accepter, dans les circonstances actuelles, de se jeter dans la course à la présidence du Conseil.De toute évidence, l'ambition - tout à fait légitime - d'accéder une nouvelle fois au Grand Sérail ne saurait à elle seule expliquer la démarche de M. Mikati : le député de Tripoli est un homme trop pragmatique et qui a tant peiné à bâtir son image sur un comportement réfléchi pour décider sur un coup de tête de se laisser désigner par le 8 Mars et le tandem syro-iranien comme adversaire de Saad Hariri dans une compétition intersunnite.Il est donc clair, aux yeux de nombreux observateurs, que l'option Mikati...
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