La mode occidentale est très répandue dans la capitale Bakou, contrairement à d’autres régions en Azerbaïdjan où l’islam connaît un regain d’influence. Osman Karimov/AFP
« L'Azerbaïdjan est un État laïque (...). Respecter les règles dans les écoles secondaires ne veut pas dire ne pas être musulman », avait expliqué le ministre de l'Éducation, Misir Mardanov.
Mais à Nardaran, des parents sont furieux. « L'interdiction du port du hijab est une violation des droits religieux », s'énerve un villageois, Hikmet Aliev.
Selon l'imam de la mosquée locale, Adalat Alizade, ces tentatives de proscrire les « lois divines » obligent les croyants à entrer en conflit avec un pouvoir qui n'hésite pas à réduire ses opposants au silence. « Oui, je vais respecter les lois de l'Azerbaïdjan, mais lorsque certaines lois sont en contradiction avec la religion, je préfère observer les lois religieuses », dit-il.
Dans la capitale Bakou, qui a connu une forte croissance économique grâce aux revenus tirés du gaz et du pétrole, la situation est tout autre : la mode occidentale y est très répandue et les minijupes y sont aussi nombreuses que les voiles.
Une mère de famille, Gulnara Akhmedova, explique que même si elle est croyante, elle considère que les écolières sont trop jeunes pour décider de porter ou non le hijab. « Une femme qui se voile doit prendre seule la décision, mais les enfants sont souvent obligés de porter le hijab et ils ne comprennent pas ce que cela signifie », estime-t-elle.
Depuis l'indépendance à l'égard de l'URSS, l'islam connaît un regain d'influence en Azerbaïdjan et les autorités, qui ne supportent guère la contradiction et la concurrence, s'efforcent d'enrayer ce phénomène.
Des dizaines de personnes soupçonnées d'islamisme ont été interpellées ces dernières années. Et les voix s'élèvent pour accuser le gouvernement d'utiliser le spectre de l'extrémisme afin de persécuter les croyants. « Certaines personnes au sein du gouvernement souffrent d'une phobie religieuse et dès lors essayent de restreindre la liberté de religion », juge le défenseur des droits religieux Ilgar Ibrahimoglu.
L'Azerbaïdjan a d'ailleurs à plusieurs reprises accusé son voisin l'Iran, majoritairement chiite aussi, de chercher à exporter une vision radicalisée de l'islam sur son territoire. Dès lors, les nouvelles mesures resteront donc en vigueur, fait valoir le gouvernement.
Mais « les autorités ne peuvent rien faire, car nous, le village tout entier, sommes contre l'interdiction, et ils ne peuvent pas obliger nos filles à aller à l'école tête nue », martèle de son côté M. Aliev, laissant présager de futurs conflits.

