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Moyen Orient et Monde - Tunisie

À Tunis, le Conseil des ministres offre des gages de démocratisation

Projet de loi d'amnistie générale, suppression de la police politique des universités, mise en marche de la commission chargée de préparer les élections... Le premier Conseil des ministres de l'ère post-Ben Ali a multiplié hier les gestes allant dans le sens d'une démocratisation de la Tunisie.

L’armée a laissé se dérouler, hier à Tunis, une manifestation devant le siège de l’ancien parti au pouvoir. Plusieurs manifestants ont offert des fleurs aux soldats. Martin Bureau/AFP

Lors du premier Conseil des ministres de l'après-Ben Ali, « un projet de loi d'amnistie générale a été adopté, l'exécutif décidant de le soumettre au Parlement », a déclaré le ministre du Développement, Ahmad Néjib Chebbi. « Le mouvement Ennahdha sera concerné par l'amnistie générale », a précisé le ministre de l'Enseignement supérieur, Ahmad Ibrahim. Interdit et persécuté par le régime policier de Ben Ali, qui se targuait auprès de l'Occident d'être un rempart contre l'islam radical, Ennahdha avait annoncé mardi qu'il allait demander sa légalisation. Autre gage de démocratisation, le gouvernement a supprimé la police politique des universités, traditionnels foyers d'agitation contre le pouvoir, « en application du principe de l'inviolabilité des campus ». « À partir de demain, la commission chargée de préparer les élections commencera à travailler. Il y a des lois à écrire, d'autres à revoir, dans un esprit de concertation avec toutes les tendances et toutes les sensibilités, sans aucune exception », a aussi déclaré Ahmad Ibrahim, chef du parti Ettajdid (ex-communiste). Selon la Constitution tunisienne, les élections présidentielles et législatives doivent avoir lieu dans un délai de deux mois, en cas de vacance du pouvoir. Mais le Premier ministre a indiqué qu'elles auraient lieu « d'ici à six mois ». Pendant le Conseil des ministres, l'exécutif provisoire a également décidé que l'État prendrait possession des « biens mobiliers et immobiliers du Rassemblement constitutionnel démocratique » (RCD, ancien parti au pouvoir).
Signe important du retour vers un fonctionnement normal de la vie du pays, le gouvernement a en outre décidé la reprise des cours « la semaine prochaine » dans les écoles et universités du pays. L'exécutif a également décrété hier un deuil national de trois jours « en mémoire des victimes » de la « révolution de jasmin ».
Si les politiciens multiplient les annonces, dans la rue, la suspicion est encore de rigueur. Hier, un millier de manifestants qui craignent de se faire confisquer une révolution de rue violemment réprimée par la police de l'ancien président Zine el-Abidine Ben Ali (au moins 100 morts selon l'ONU) ont continué de réclamer la démission du gouvernement. Ils protestaient contre la présence de nombreux ministres issus du régime déchu de Ben Ali, qui a fui le pays le 14 janvier après 23 ans de pouvoir autoritaire. Ils ont été autorisés pour la première fois à protester devant le siège de l'ancien parti au pouvoir, aux cris de « RCD out ». « Le peuple veut la démission du gouvernement », scandaient-ils en brandissant des pancartes proclamant, comme la veille : « On n'a plus peur de vous, traîtres ! »
« Je suis avec vous. On ne va pas tirer sur vous, l'essentiel c'est que le rassemblement soit pacifique », leur a lancé un colonel de l'armée. Les manifestants l'ont applaudi, certains ont cueilli des fleurs pour les glisser dans les canons des chars, devant des militaires qui souriaient. Des fonctionnaires ont déboulonné l'inscription « Rassemblement constitutionnel démocratique », qui décorait en grandes lettres dorées la façade du siège du parti. Des Tunisiens contemplaient la scène en la comparant au déboulonnage de la statue de Saddam Hussein à Bagdad à la chute de son régime en 2003.
Pour tenter de désamorcer la crise de confiance, tous les ministres membres du RCD en ont démissionné. Le RCD a ensuite annoncé la dissolution de son bureau politique. Un des huit ministres issus de l'ancien régime, Zouheir M'dhaffer a démissionné du gouvernement au nom de « l'intérêt suprême de la nation ».
Par ailleurs, la chaîne publique, citant une « source officielle » non identifiée, a annoncé l'interpellation de 33 membres du clan Ben Ali, en montrant des images de bijoux et cartes bancaires saisies à cette occasion. Mercredi, la justice avait ouvert une enquête pour « acquisition illégale de biens », « placements financiers illicites à l'étranger » et « exportation illégale de devises ». L'Union européenne a en outre approuvé hier le principe d'un gel des avoirs du président tunisien déchu et de ses proches. Enfin, il manquerait bien 1,5 tonne d'or dans les coffres de la Banque centrale de Tunisie (BCT), si l'on en croit l'estimation donnée en décembre par le Conseil mondial de l'or (CMO).
Lors du premier Conseil des ministres de l'après-Ben Ali, « un projet de loi d'amnistie générale a été adopté, l'exécutif décidant de le soumettre au Parlement », a déclaré le ministre du Développement, Ahmad Néjib Chebbi. « Le mouvement Ennahdha sera concerné par l'amnistie générale », a précisé le ministre de l'Enseignement supérieur, Ahmad Ibrahim. Interdit et persécuté par le régime policier de Ben Ali, qui se targuait auprès de l'Occident d'être un rempart contre l'islam radical, Ennahdha avait annoncé mardi qu'il allait demander sa légalisation. Autre gage de démocratisation, le gouvernement a supprimé la police politique des universités, traditionnels foyers d'agitation contre le pouvoir, « en application du principe de l'inviolabilité des campus ». « À partir de demain, la commission...
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