À ce qui paraissait déjà ces jours derniers comme étant d'une grande probabilité se sont ajoutées hier des certitudes, d'abord avec la teneur implicite des interventions successives des chefs de l'opposition, qui ont envisagé la possibilité d'une victoire du Premier ministre sortant, puis avec les informations en provenance de l'entourage du chef du PSP, Walid Joumblatt.
Ce dernier confiait lui-même en fin de journée à la chaîne al-Manar que les 11 membres de son bloc parlementaire adopteraient aujourd'hui à Baabda une position unifiée. Une source proche de M. Joumblatt confirmait par la suite que le groupe avait l'intention de nommer Saad Hariri. D'une seule voix... valant onze.
Retour au bercail, en quelque sorte, pour le leader druze, qui se sauve in extremis - une fois de plus - d'une situation extrêmement embarrassante, dans la mesure où il courait le risque de se voir mis en minorité à l'intérieur de son propre bloc. Avant que n'apparaisse cette belle unanimité, les divers pronostics donnaient, en effet, 6 ou 7 voix sur 11 en faveur de M. Hariri.
Avec ce ralliement de Walid Joumblatt, le Premier ministre sortant peut en principe compter sur une majorité parlementaire du même ordre que celle issue des législatives de juin 2009 (71 sièges contre 57 à l'opposition). Il ne restait plus à connaître que la position du député de Zahlé Nicolas Fattouche. La visite qu'a rendue hier l'ambassadrice des États-Unis à ce dernier (la deuxième en quelques semaines) en dit long sur le degré d'internationalisation de la crise libanaise et l'ampleur du soutien de la communauté internationale à M. Hariri.
Pour nombre d'observateurs, c'est précisément cette ampleur inattendue qui a contraint la Syrie, pointée du doigt comme étant à l'origine de la démission des ministres du 8 Mars, à mettre de l'eau dans son vin et, du coup, à s'abstenir d'exercer de très fortes pressions sur Walid Joumblatt.
Et c'est très probablement pour aider la Syrie à faire machine arrière que le Premier ministre turc et l'émir du Qatar, qui n'avaient pas ménagé leur soutien au Premier ministre sortant, se rendent aujourd'hui à Damas pour une rencontre au sommet avec Bachar el-Assad.
La suite des événements dépendra beaucoup de cette réunion dont la tenue, si elle tend à démontrer quelque chose, c'est bien l'échec des tentatives de la Syrie de renouer avec l'ère de son règne exclusif au Liban. Désormais, son influence au pays du Cèdre, si elle reste incontestablement réelle, tend à devenir une influence partagée, surveillée et peut-être même encadrée par d'autres acteurs régionaux, et non des moindres.
À présent que la donne est fixée et que l'Occident a montré ses dents - on affirme dans des milieux informés que Hillary Clinton aurait fait savoir samedi au président Michel Sleiman que Washington irait jusqu'à placer le Liban en quarantaine si le Hezbollah parvenait à rompre l'équilibre en sa faveur -, le sommet de Damas pourrait déboucher sur une formule permettant aux principaux acteurs de sauver la face.
Voilà pourquoi on n'écartait pas hier soir l'éventualité d'un accord aujourd'hui sur un ajournement des consultations parlementaires, à la lumière des développements attendus de Damas. À condition, bien sûr, que le principal intéressé, Saad Hariri, y souscrive. Ce dernier devait d'ailleurs se concerter tard en soirée hier avec ses principaux alliés au sein du 14 Mars.
Dans l'attente de la suite, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a paru dans sa nouvelle prestation télévisée tirer les leçons de l'échec du 8 Mars à faire basculer la majorité parlementaire. Tout en développant, à l'instar du général Michel Aoun, une surenchère verbale sans précédent contre Saad Hariri et ce qu'il représente, il est allé jusqu'à suggérer la possibilité, en cas de nomination de M. Hariri, de maintenir sa formation à l'écart de la nouvelle équipe gouvernementale. Ce faisant, il ouvre la voie à la formation d'un cabinet non plus en vertu du compromis de Doha, définitivement enterré, mais de l'accord de Taëf.
Nous n'en sommes pas là pour le moment, et, d'autre part, le secrétaire général s'est montré particulièrement menaçant sur l'autre volet de la crise, celui lié au TSL. Soulignant, pour la dénoncer avec virulence, la concomitance des dernières annonces sur l'imminence de l'acte d'accusation avec les consultations parlementaires, Hassan Nasrallah a stigmatisé une nouvelle fois toute décision qui émanera du tribunal. Surtout, il a maintenu à cet égard toutes les options ouvertes...

