Le Premier ministre kényan Raila Odinga, envoyé par l'Union africaine comme médiateur, est pourtant attendu demain à Abidjan. Il avait effectué une première visite infructueuse début janvier avec trois chefs d'État mandatés par la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao). M. Gbagbo est sous la menace d'une opération militaire, en préparation au niveau de la Cédéao, s'il ne cède pas le pouvoir à M. Ouattara. Guillaume Soro, Premier ministre de ce dernier, a averti que sans intervention militaire « bien ciblée » de l'Afrique de l'Ouest « ce sera la guerre », dans une interview à l'hebdomadaire Jeune Afrique. À l'issue d'un entretien mercredi à Nairobi avec le président de la commission de l'UA, Jean Ping, M. Odinga avait « une nouvelle fois » estimé que la force devait être considérée comme un dernier recours.
De son côté, l'Union européenne a accru la pression sur M. Gbagbo et 87 de ses proches en décidant de geler leurs avoirs en Europe. Les sanctions ciblent notamment les secteurs pétrolier, portuaire, bancaire, ainsi que les filières du cacao, du café et du caoutchouc naturel, selon des sources diplomatiques. Un diplomate européen a reconnu que M. Gbagbo et ses proches ont sans doute eu le temps de transférer leurs avoirs financiers hors d'Europe, « mais la mesure reste importante au-delà pour le symbole politique ».
Hier, le calme régnait à Abidjan au lendemain d'attaques visant la force de l'ONU. « Cela était vraiment très calme cette nuit », comme la précédente, a déclaré à l'AFP sous le couvert de l'anonymat un chauffeur de taxi, habitant du quartier d'Abobo, sous couvre-feu depuis mercredi et jusqu'à ce matin, comme le proche quartier d'Anyama (nord d'Abidjan). Abobo, fief de M. Ouattara, a été le théâtre d'affrontements violents en début de semaine entre des hommes armés non identifiés et les Forces de défense et de sécurité (FDS), loyales au chef d'État sortant. Au moins 11 personnes ont été tuées, dont sept membres des forces de l'ordre, certains attaqués au lance-roquettes RPG7. « On sait que des rebelles sont infiltrés à Abobo. Il y a des opérations en cours pour les identifier et les désarmer », a déclaré à l'AFP le porte-parole du gouvernement Gbagbo, Ahoua Don Mello, évoquant une possible prolongation du couvre-feu « si les résultats ne sont pas atteints ». M. Don Mello a par ailleurs dénoncé les « accusations gratuites » formulées par la force de l'ONU en Côte d'Ivoire (Onuci), qui a accusé « les forces civiles et militaires du camp du président Gbagbo » d'avoir incendié ou endommagé cinq de ses véhicules jeudi à Abidjan. « Il faut avoir un minimum de preuves avant d'accuser. Est-ce que les visages (des auteurs des faits) sont estampillés Gbagbo ? Il n'y a vraiment aucune preuve », a jugé le porte-parole.
Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a estimé pour sa part que la confrontation des Nations unies avec M. Gbagbo envoyait « un signal fort » pour la démocratie en Afrique. M. Ban a également exprimé sa mise en garde la plus directe à ce jour sur le fait que M. Gbagbo pourrait répondre devant un tribunal international des attaques lancées contre les forces de maintien de la paix et les civils. Selon un bilan de l'ONU publié jeudi, la crise postélectorale a été marquée par 247 morts depuis la mi-décembre, dont des victimes de violences interethniques.

