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Moyen Orient et Monde

Tunisie : la révolte contraint Ben Ali à l’exil

Mohammad Ghannouchi, déjà contesté, assure l'intérim de la présidence « jusqu'à nouvel ordre ».

La révolte contre le pouvoir avait débuté après le suicide mi-décembre de Mohammad Bouazizi, un des nombreux diplômés chômeurs du pays, empêché d’exercer comme marchand ambulant par les forces de l’ordre. Fethi Belaid/AFP

Journée historique en Tunisie : le président Zine el-Abidine Ben Ali a fui hier son pays, après 23 ans de règne sans partage, devenant ainsi le premier dirigeant d'un pays arabe à quitter le pouvoir sous la pression de la rue. Il s'est envolé de Tunis pour une destination inconnue au terme d'un mois d'une contestation populaire, que les Tunisiens ont eux-mêmes appelée « Révolution du jasmin », et qui a été réprimée dans le sang au prix de plusieurs dizaines de morts.
Quasi-simultanément, Mohammad Ghannouchi, Premier ministre sortant, a annoncé dans la soirée à la télévision qu'il assurait l'intérim de la présidence jusqu'à nouvel ordre. Il a précisé qu'il assumait ces fonctions de président par intérim en vertu d'un décret signé par son prédécesseur Zine el-Abidine Ben Ali avant son départ du pays.
Sur un ton grave, il a aussitôt lancé un appel à l'unité : « J'appelle les Tunisiens, toutes sensibilités politiques et régionales confondues, à faire preuve de patriotisme et d'unité. » Il s'est également engagé à respecter la Constitution. M. Ghannouchi a par ailleurs annoncé qu'il allait rencontrer samedi les dirigeants des partis politiques en vue de former un gouvernement.
Deux dirigeants de l'opposition tunisienne ont déclaré vendredi soir à l'AFP être prêts à collaborer avec le président par intérim. Moustapha Ben Jaafar, chef du Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL, légal) et Néjib Chebbi, chef historique du Parti démocratique progressiste (PDP, légal) ont également affirmé ne pas croire à un retour au pouvoir de Zine el- Abidine Ben Ali.
Le pays de destination du président sortant, âgé de 74 ans, n'était pas immédiatement connu. Mais son avion a survolé, peu avant 19h00 GMT, l'espace aérien maltais « en direction du Nord », a indiqué à l'AFP un porte-parole du gouvernement. L'Élysée n'a « aucune information » qui « atteste, à ce stade » de la venue de Ben Ali en France, a indiqué la présidence française. Mais selon une source proche du gouvernement, la France « ne souhaite pas » la venue sur son sol du président tunisien, expliquant notamment cette position par le risque de mécontentement de la communauté tunisienne dans l'ex-puissance coloniale. Une source gouvernementale a, par ailleurs, affirmé à l'AFP que l'avion de Ben Ali a atterri hier tard dans la soirée à Cagliari en Sardaigne (sud de l'Italie) pour faire le plein de carburant. La chaîne de télévision al-Jazira a rapporté que l'ex-président tunisien se dirige vers le Golfe. Al-Arabiya, de son côté, a annoncé qu'il se rendrait au Qatar avant d'affirmer que son avion a « probablement atterri à Djeddah », en Arabie saoudite.
Sur le plan des réactions internationales, le président Barack Obama a salué le « courage et la dignité » du peuple tunisien et appelé le gouvernement à organiser des élections « libres et justes » dans « un proche avenir », tandis que l'Union européenne se prononçait pour une solution démocratique « durable ». Au Caire, des dizaines d'Égyptiens ont rejoint un groupe de Tunisiens qui célébraient le départ de Ben Ali, appelant l'Égypte à suivre l'exemple de la Tunisie.
À Tunis, sous couvre-feu, des tirs d'armes automatiques ont résonné en début de soirée. Les habitants étaient cloîtrés chez eux dans une ville quasiment déserte et silencieuse. Certains témoins ont fait état de scènes de pillage dans plusieurs villes tunisiennes.
Depuis jeudi, le président Ben Ali multipliait, sans succès, les annonces pour tenter de mettre un terme à un mois d'émeutes et de manifestations, violemment réprimées par les services de sécurité. Et vendredi, les choses se sont accélérées. Le gouvernement a décrété l'état d'urgence dans l'ensemble du pays avec un couvre-feu de 18h00 à 06h00 du matin, l'interdiction des rassemblements sur la voie publique et l'autorisation donnée à l'armée et à la police de tirer sur tout « suspect » refusant d'obéir aux ordres.
Un peu plus tôt, le Premier ministre Mohammad Ghannouchi, cité par l'agence officielle TAP, avait indiqué que le président Ben Ali avait décidé, « dans le cadre de mesures (d'apaisement) annoncées jeudi, de limoger le gouvernement et d'appeler à des élections législatives anticipées dans six mois ».
Mais ces annonces n'ont pas altéré la détermination des manifestants. De violents heurts se sont produits dans l'après-midi entre manifestants et policiers antiémeute pendant lesquels un photographe français a été blessé à la tête par un tir de grenade lacrymogène.
Les principaux partis d'opposition tunisiens, légaux comme interdits, avaient demandé hier « le départ de Ben Ali et l'instauration d'un gouvernement provisoire chargé dans les six mois d'organiser des élections libres » dans une déclaration commune publiée à Paris.
La révolte contre le pouvoir avait débuté après le suicide mi-décembre de Mohammad Bouazizi, un des nombreux diplômés chômeurs du pays, empêché d'exercer comme marchand ambulant par les forces de l'ordre. Les émeutes ont progressivement pris un tour politique, se sont étendues à tout le pays et ont gagné la capitale.

Journée historique en Tunisie : le président Zine el-Abidine Ben Ali a fui hier son pays, après 23 ans de règne sans partage, devenant ainsi le premier dirigeant d'un pays arabe à quitter le pouvoir sous la pression de la rue. Il s'est envolé de Tunis pour une destination inconnue au terme d'un mois d'une contestation populaire, que les Tunisiens ont eux-mêmes appelée « Révolution du jasmin », et qui a été réprimée dans le sang au prix de plusieurs dizaines de morts.Quasi-simultanément, Mohammad Ghannouchi, Premier ministre sortant, a annoncé dans la soirée à la télévision qu'il assurait l'intérim de la présidence jusqu'à nouvel ordre. Il a précisé qu'il assumait ces fonctions de président par intérim en vertu d'un décret signé par son prédécesseur Zine el-Abidine Ben Ali avant son départ du pays.Sur...
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