À cité Ettadhamen, près de Tunis, des manifestants brûlent des meubles lors d’affrontements avec la police. Photo Reuters
Ces violences - à l'origine un simple mécontentement social - qui ont fait en un mois entre 21 morts (bilan officiel) et plus de 50 tués (source syndicale) se sont également poursuivies hier à l'intérieur du pays. Deux civils ont été tués par des tirs de la police à Douz (Sud), lors d'une manifestation ayant dégénéré, a indiqué un témoin. C'est la première fois depuis le début des émeutes que cette ville de 30 000 habitants, située à 550 km au sud de Tunis, connaît de telles violences. À Thala (centre-ouest), un manifestant a été tué par balle et deux ont été blessés par les forces de sécurité mercredi soir, selon un syndicaliste. À Sfax, métropole économique à 300 km au sud de Tunis, cinq manifestants ont été blessés par des tirs de la police dans cette ville, où une « grève générale » était observée, selon une source syndicale.
Un couvre-feu nocturne dans la capitale et sa banlieue a été décrété à la suite de troubles.
Sur le plan politique, le limogeage du ministre de l'Intérieur Rafik Belhaj Kacem a été annoncé par le Premier ministre Mohammad Ghannouchi au cours d'une conférence de presse. Il est remplacé par un universitaire, ancien membre de gouvernement, Ahmed Friaâ. Le Premier ministre a également annoncé la formation d'une commission d'enquête sur la corruption, un fléau que dénoncent opposition et ONG. Mais le limogeage du ministre de l'Intérieur a très vite été jugé « insuffisant » par une formation de l'opposition, le Parti démocratique progressiste (PDP), qui a renouvelé son appel à des « réformes profondes » et à un gouvernement de salut national.
Le chef du Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT, interdit), Hamma Hammami, a par ailleurs été interpellé hier à son domicile, près de Tunis, a annoncé son épouse Radia Nasraoui. Il s'agit du premier dirigeant politique à être interpellé depuis le début des émeutes. « Le mouvement est plus fort que le régime et peut conduire à sa chute. Nous ne savons pas quand, mais la route est tracée », a affirmé M. Hammami dans un entretien à l'hebdomadaire italien Left, à paraître vendredi et accordé avant son interpellation.
Les violences en Tunisie suscitaient toujours de vives inquiétudes au sein de la communauté internationale. La haut-commissaire aux Droits de l'homme de l'ONU, Navy Pillay, a appelé le gouvernement tunisien à mener des enquêtes « indépendantes crédibles », à la suite des informations sur un « usage excessif » de la force par les services de sécurité. La porte-parole de la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a de son côté condamné l'usage « disproportionné » de la force par la police en Tunisie.

