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Moyen Orient et Monde - Grogne

La révolte gagne le cœur de Tunis

Pour la première fois depuis le début de la crise, la contestation sociale et politique a atteint la capitale tunisienne, dans laquelle l’armée s’est déployée. Tentant de calmer le jeu, le gouvernement a limogé le ministre de l’Intérieur.

À cité Ettadhamen, près de Tunis, des manifestants brûlent des meubles lors d’affrontements avec la police. Photo Reuters

Des manifestants et les forces de l'ordre se sont violemment affrontés hier pour la première fois dans le centre de Tunis, lors d'un mouvement de contestation du régime. En début d'après-midi, la police a eu recours aux gaz lacrymogènes pour disperser la foule dans la capitale. Des centaines de jeunes criant des slogans contre le régime sur la place de la porte de France ont essayé d'avancer vers l'avenue Habib Bourguiba, et les forces de sécurité leur ont barré la route. Aucun bilan de ces affrontements n'était disponible. Des passants pris de panique, les yeux larmoyants, ont été repoussés par la police dans les ruelles. Les souks se sont vidés et les commerces, y compris une grande surface, ont baissé leurs rideaux. « Fermez, fermez, ils ont tout cassé », criaient des passants à l'adresse des vendeurs ambulants à l'entrée des souks. L'armée avait été déployée pour la première fois dans Tunis et une banlieue populaire, au lendemain des premiers affrontements mardi soir aux abords de la capitale en près d'un mois de crise.
Ces violences - à l'origine un simple mécontentement social - qui ont fait en un mois entre 21 morts (bilan officiel) et plus de 50 tués (source syndicale) se sont également poursuivies hier à l'intérieur du pays. Deux civils ont été tués par des tirs de la police à Douz (Sud), lors d'une manifestation ayant dégénéré, a indiqué un témoin. C'est la première fois depuis le début des émeutes que cette ville de 30 000 habitants, située à 550 km au sud de Tunis, connaît de telles violences. À Thala (centre-ouest), un manifestant a été tué par balle et deux ont été blessés par les forces de sécurité mercredi soir, selon un syndicaliste. À Sfax, métropole économique à 300 km au sud de Tunis, cinq manifestants ont été blessés par des tirs de la police dans cette ville, où une « grève générale » était observée, selon une source syndicale.
Un couvre-feu nocturne dans la capitale et sa banlieue a été décrété à la suite de troubles.
Sur le plan politique, le limogeage du ministre de l'Intérieur Rafik Belhaj Kacem a été annoncé par le Premier ministre Mohammad Ghannouchi au cours d'une conférence de presse. Il est remplacé par un universitaire, ancien membre de gouvernement, Ahmed Friaâ. Le Premier ministre a également annoncé la formation d'une commission d'enquête sur la corruption, un fléau que dénoncent opposition et ONG. Mais le limogeage du ministre de l'Intérieur a très vite été jugé « insuffisant » par une formation de l'opposition, le Parti démocratique progressiste (PDP), qui a renouvelé son appel à des « réformes profondes » et à un gouvernement de salut national.
Le chef du Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT, interdit), Hamma Hammami, a par ailleurs été interpellé hier à son domicile, près de Tunis, a annoncé son épouse Radia Nasraoui. Il s'agit du premier dirigeant politique à être interpellé depuis le début des émeutes. « Le mouvement est plus fort que le régime et peut conduire à sa chute. Nous ne savons pas quand, mais la route est tracée », a affirmé M. Hammami dans un entretien à l'hebdomadaire italien Left, à paraître vendredi et accordé avant son interpellation.
Les violences en Tunisie suscitaient toujours de vives inquiétudes au sein de la communauté internationale. La haut-commissaire aux Droits de l'homme de l'ONU, Navy Pillay, a appelé le gouvernement tunisien à mener des enquêtes « indépendantes crédibles », à la suite des informations sur un « usage excessif » de la force par les services de sécurité. La porte-parole de la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a de son côté condamné l'usage « disproportionné » de la force par la police en Tunisie.

Des manifestants et les forces de l'ordre se sont violemment affrontés hier pour la première fois dans le centre de Tunis, lors d'un mouvement de contestation du régime. En début d'après-midi, la police a eu recours aux gaz lacrymogènes pour disperser la foule dans la capitale. Des centaines de jeunes criant des slogans contre le régime sur la place de la porte de France ont essayé d'avancer vers l'avenue Habib Bourguiba, et les forces de sécurité leur ont barré la route. Aucun bilan de ces affrontements n'était disponible. Des passants pris de panique, les yeux larmoyants, ont été repoussés par la police dans les ruelles. Les souks se sont vidés et les commerces, y compris une grande surface, ont baissé leurs rideaux. « Fermez, fermez, ils ont tout cassé », criaient des passants à l'adresse des vendeurs ambulants...
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