Trois localités, dont Regueb, étaient en proie à des violences hier, signe de la poursuite des émeutes parties à la mi-décembre de Sidi Bouzid. Photo AFP
Le président Ben Ali a dans le même temps dénoncé des « actes terroristes impardonnables perpétrés par des voyous cagoulés » dans le centre-ouest du pays, théâtre d'émeutes ayant fait samedi et dimanche 14 morts, selon le gouvernement, et plus de 20, selon des sources de l'opposition. Trois localités de cette région - Kasserine, Thala et Regueb - étaient en proie à des violences hier, signe de la poursuite des émeutes parties à la mi-décembre de Sidi Bouzid (265 km de Tunis), après le suicide d'un vendeur ambulant sans permis qui s'était fait saisir sa marchandise. Grèves, manifestations et tentatives de suicide se sont multipliées depuis.
Autre signe de persistance des troubles, la fermeture « jusqu'à nouvel ordre » des écoles et universités dans tous le pays, alors que des manifestations ont eu lieu lundi, notamment dans le centre de Tunis et sur le campus d'al-Manar, près de la capitale, où des sources universitaires ont fait état d'un étudiant blessé et huit interpellés.
Des milliers de jeunes Tunisiens se sont mobilisés sur Facebook, appelant à des manifestations en masse, le drapeau national entaché de sang apparaissant à la place de leurs photos sur les comptes du réseau social. Hier, à Kairouan (centre), des manifestations parties de l'Université de Rakkada (10 km) ont dégénéré en affrontements avec les forces de l'ordre dans le centre-ville et d'autres étaient signalées dans des localités de cette région également en proie au chômage, ont indiqué des témoins.
Dans son discours à la nation, le président a convoqué une conférence nationale sur l'emploi pour février et ordonné d'exonérer sur dix ans « tout nouveau projet générateur d'emplois » dans les régions.
Il a par ailleurs attribué les troubles à des « éléments hostiles à la solde de l'étranger » et « certaines parties qui veulent porter atteinte aux intérêts du pays ou manipuler notre jeunesse », a-t-il dit, appelant les Tunisiens « à protéger leurs progénitures contre les malfaiteurs ». « Ces parties, qui incitent à la violence et à sortir dans la rue en propageant des slogans creux de désespoir et en fabriquant, de toutes pièces, des informations fallacieuses et erronées, ont exploité, de manière malhonnête, un incident que nous regrettons tous », a-t-il affirmé, en référence au vendeur suicidaire de Sidi Bouzid.
Il a stigmatisé des « éléments hostiles à la solde de l'étranger, qui ont vendu leur âme à l'extrémisme et au terrorisme, manipulés depuis l'extérieur du pays par des parties qui ne veulent pas le bien d'un pays déterminé à persévérer et à travailler », a-t-il lancé, exprimant ses « regrets pour les décès et les dégâts », et sa « compassion à l'adresse des familles » endeuillées.
Principal partenaire et bailleur de fonds de la Tunisie, l'Union européenne - après les États-Unis - a haussé le ton à l'égard de Tunis, conditionnant les négociations sur des relations renforcées avec ce pays à un meilleur respect des droits de l'homme. La chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a appelé à la « libération immédiate » des manifestants emprisonnés, alors que la France, qui soutient « sans condition » l'octroi d'un « statut avancé » à la Tunisie, a déploré les violences.


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