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Moyen Orient et Monde - Intégrisme

Au Pakistan, l’islamisme radical gagne du terrain

Le meurtre de Salman Taseer, une des figures politiques modérées les plus en vue au Pakistan, souligne, selon les experts, la profonde progression des idées islamistes radicales dans la société.

Malik Mumtaz Hussain Qadri, le policier qui a avoué avoir vidé son chargeur sur Salman Taseer, une des figures politiques modérées les plus en vue au Pakistan. Aamir Qureshi/AFP

Sur des photos prises juste après qu'il eut criblé de balles le corps de Salman Taseer, mardi à la sortie d'un café chic d'Islamabad, un rictus déforme le visage barbu de Malik Mumtaz Hussain Qadri, qui s'était arrangé pour assurer ce jour-là la protection de sa victime. Après avoir crié « Allahu Akbar » et vidé son chargeur sur le gouverneur du Pendjab - une des figures politiques modérées -, le policier s'est rendu en avouant avoir tué le gouverneur car celui-ci était partisan d'une modification de la loi sur le blasphème. Accusé de meurtre, violence et terrorisme, il sera déféré aujourd'hui devant un tribunal antiterroriste, ont précisé ses avocats.
Qu'il ait agi seul ou non, le fait qu'un membre d'une unité d'élite du gouvernement puisse partager l'idéologie des extrémistes religieux montre à quel point celle-ci a gagné en profondeur la société. « Ce meurtre prouve que les extrémistes n'ont pas besoin de faire partie des talibans, avec barbe et turbans. Ils sont présents partout et sous toutes les apparences », écrivait hier le quotidien en anglais The News.
Le pays a peu à peu glissé dans l'islamisation au cours des dernières décennies, favorisée par son soutien aux moudjahidine afghans combattant au nom de l'islam l'« infidèle » envahisseur soviétique. Après la chute des talibans en Afghanistan, les zones tribales pakistanaises frontalières du Nord-Ouest sont devenues le repaire des rebelles islamistes et de leurs alliés d'el-Qaëda. Et une partie de la toute-puissante armée pakistanaise est accusée de soutenir les extrémistes. Le taux d'alphabétisation y est d'à peine 50 % en moyenne. Et l'absence d'éducation gratuite universelle pousse les enfants les plus pauvres dans des milliers d'écoles coraniques (madrassas) aux discours extrémistes. « Le virus a infecté toute la société. Et ni le système éducatif ni les politiciens ne sont capables d'élaborer un antidote », déplore Zafarullah Khan, directeur du Centre d'études indépendant pour l'éducation civique.
Membre du Parti du peuple pakistanais (PPP) au pouvoir, Salman Taseer était l'un des rares hommes politiques pakistanais à s'être prononcés, à l'unisson des organisations de défense des droits de l'homme, en faveur d'une modification de la loi qui prévoit jusqu'à la peine de mort pour les coupables de blasphème. Mais face à la levée de boucliers des cercles religieux, forts de manifestations et d'une grève générale à succès fin décembre, le PPP, pourtant de tradition séculière, a indiqué qu'aucune réforme n'était à l'ordre du jour.
Hier, Jang, le plus important quotidien du pays en ourdou, a publié en première page un appel lancé par 500 responsables religieux invitant la population à ne pas pleurer la mort de M. Taseer. Dès mardi soir, plusieurs milliers d'utilisateurs du réseau social en ligne Facebook s'étaient déjà félicités de cet assassinat, symbole aux yeux des analystes que le courant islamiste a gagné les populations les plus éduquées.
Cet assassinat « est un grave revers pour les forces démocratiques au Pakistan », souligne le militant libéral et avocat à la Cour suprême Anees Jillani, car il a « instillé la peur au sein de la population, et même au sein des médias, ce qui est une évolution très grave ».
Sur des photos prises juste après qu'il eut criblé de balles le corps de Salman Taseer, mardi à la sortie d'un café chic d'Islamabad, un rictus déforme le visage barbu de Malik Mumtaz Hussain Qadri, qui s'était arrangé pour assurer ce jour-là la protection de sa victime. Après avoir crié « Allahu Akbar » et vidé son chargeur sur le gouverneur du Pendjab - une des figures politiques modérées -, le policier s'est rendu en avouant avoir tué le gouverneur car celui-ci était partisan d'une modification de la loi sur le blasphème. Accusé de meurtre, violence et terrorisme, il sera déféré aujourd'hui devant un tribunal antiterroriste, ont précisé ses avocats.Qu'il ait agi seul ou non, le fait qu'un membre d'une unité d'élite du gouvernement puisse partager l'idéologie des extrémistes religieux montre à quel point...
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