Le roi George VI, La reine Elizabeth et, à l’arrière, le toujours présent toubib. (DR)
C'est ce que l'on découvre dans un film remarquable (déjà en tête des Golden Globe Awards avec sept nominations), intitulé The King Speech (Le discours du roi), qui relate la lutte du souverain pour maîtriser son langage. Le matériau était flamboyant et d'une grande envergure (royauté, palais, succession au trône). Le metteur en scène, Tom Hopper, en a tiré une œuvre d'une grande intensité dramatique. On est en 1934, le duc d'York (campé par Colin Firth), l'un des fils du roi George V, n'a aucune visée sur le trône. Il est timide, introverti, excédé par son état, en perte de confiance en lui-même et parler devant le micro est pour lui une torture. Après moult cures sans résultat, son épouse (Helena Bonham Carter) se rend seule et incognito au cabinet d'un spécialiste australien, nommé Lionel Logue (Geoffrey Rush), qui a tout l'air d'un extravagant. Il exige que son royal patient effectue son traitement dans son cabinet délabré et caverneux. Lors de leur première rencontre, le duc, tout en réserve, pense qu'il a affaire à un charlatan aux méthodes bizarres et absconses qui, plus est, l'appelle Bertie (son surnom pour les intimes) ! Il lui pince les joues pour lui détendre la langue, lui demande de sauter sur place, de se rouler par terre, d'exprimer ses pensées aux sons d'une chanson folk américaine raciste, ou encore lui fait dire un chapelet d'insultes obscènes. Puis, dans un autre registre, il le fait travailler sur le soliloque d'Hamlet. Le duc s'y soumet avec beaucoup de courage.
À l'ombre du Dr Logue
L'imposante personnalité du toubib, sa ténacité, son assurance et son humour tonitruant commencent à opérer. Juste à ce moment, son frère, le prince de Galles, désigné pour succéder à son père qui vient de décéder, décide d'abdiquer pour l'amour de l'Américaine Wallis Simpson. En tant que roi, il ne peut l'épouser car elle est divorcée. Forcé de prendre la relève, le duc d'York est investi roi d'Angleterre et du Commonwealth sous le nom de George VI, alors que s'amoncellent les nuages de la Seconde Guerre mondiale. Il est dévasté à l'idée des allocutions publiques qui l'attendent. Il a plus que jamais besoin du Dr Logue qui va faire un miracle : le préparer à prononcer un discours à la radio (d'où le nom du film), pour annoncer à son peuple l'entrée en guerre du pays. C'est là un moment fort du film. On y voit le roi pénétrer dans un petit studio aménagé au palais et capitonné d'épais rideaux. Il est accompagné uniquement de son médecin, qui commence par ouvrir grande une fenêtre, lui demande de prendre une bonne respiration et referme la fenêtre. Puis, 4, 3, 2, 1, 0...George VI amorce son adresse. Face à lui, le Dr Logue le dirige, comme le ferait un chef d'orchestre, en marquant le rythme des phrases. S'il voit une hésitation dans le regard du roi, il lui fait signe de continuer. Un léger tremblement des lèvres ? Le doigt du maître se lève insinuant : « Non, non, attention ! » Et, le dernier mot prononcé, on voit la caméra faire un travelling vers les foules qui applaudissent.
Vive Le discours du roi ! Que tout spectateur ne peut qu'applaudir. Et le thérapeute sera l'ombre de George VI à chacune de ses apparitions publiques. Les deux hommes sont restés amis jusqu'au décès du roi.


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