Selon un « motu proprio » signé par Benoît XVI, « toutes les organisations affiliées au gouvernement de l’Église catholique s’intégreront au système de règles et d’instruments juridiques que la communauté internationale met en place pour garantir une coexistence honnête et juste dans un monde de plus en plus globalisé ». Vincenzo Pinto/AFP
Dans une « lettre apostolique » exposant les motifs de cette loi, le pape affirme approuver l'engagement de la communauté internationale « pour prévenir et lutter contre le phénomène du blanchiment et du financement du terrorisme ». « Le Saint-Siège entend faire siennes ces règles », ajoute-t-il. Pour le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, « cela permettra d'éviter à l'avenir ces erreurs qui deviennent si facilement motif de scandale pour l'opinion publique et pour les fidèles ». « En somme, l'Église sera plus crédible face à la communauté internationale et ses membres », s'est-il réjoui. Un avis partagé par Marco Politi, vaticaniste au journal Il Fatto : « Il s'agit d'une véritable révolution. C'est un bon début après les scandales du passé. »
La banque du Vatican, l'Institut des œuvres religieuses (IOR), a été au centre d'un scandale retentissant dans les années 1980, provoqué par la faillite en 1982 de la banque italienne privée Banco Ambrosiano, dont l'IOR était le principal actionnaire. À l'époque, « le banquier de Dieu », Mgr Paul Marcinkus, à la tête de l'IOR, avait été mis en cause dans l'enquête sur la faillite de cette banque dont le dirigeant Roberto Calvi avait été retrouvé pendu sous un pont de Londres. L'enquête avait montré que la banque recyclait l'argent de la mafia sicilienne, en relation avec la loge maçonnique illégale P2 travaillant pour la CIA.
« La situation était vraiment inacceptable, illégale et immorale. Beaucoup de choses vont maintenant changer », a noté pour l'AFP Bruno Bartoloni, du Corriere della Sera. Une commission cardinalice de vigilance, présidée par le n° 2 du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone, avait déjà été mise en place, mais l'AIF, dont le président sera nommé par le pape, « doit être considérée comme indépendante, elle doit agir de façon autonome », a assuré le père Lombardi. L'agence pourra échanger des informations concernant des opérations suspectes avec les autorités d'autres pays.
Outre la création de l'AIF, la loi prévoit des peines pour différents délits : recyclage (jusqu'à douze ans de réclusion et 15 000 euros d'amende), terrorisme (jusqu'à 15 ans de prison), délit d'initié, contrebande, trafic de drogue. Elle s'applique à tous les organismes ayant une activité économique ou financière au Vatican : l'IOR et l'APSA, qui gère l'important patrimoine immobilier du Vatican, mais aussi toutes les congrégations et même les commerces présents sur le plus petit État du monde (musées, pharmacies...).
À la mi-septembre, le président de l'IOR, Ettore Gotti Tedeschi, et un autre haut dirigeant avaient été placés sous enquête pour violation d'une nouvelle loi italienne antiblanchiment. Ces deux responsables ne sont toutefois pas soupçonnés de blanchiment d'argent sale. Il leur est reproché des omissions sur des mouvements de fonds d'un total de 23 millions d'euros, qui sont aujourd'hui gelés par la justice italienne. Mais le père Lombardi a souligné qu'il n'y avait « aucun rapport direct » entre cette affaire et la promulgation de la loi, qui découle de la mise en œuvre d'une convention monétaire avec l'Union européenne signée en décembre 2009.

