Des routes inondées un peu partout au Liban. Ici, à Zouk. Photo Michel Sayegh
Pour s'informer sur le triste bilan de ces journées d'incendies, L'Orient-Le Jour a interrogé l'Association de développement et de conservation des forêts (AFDC), qui en est aux premières estimations récoltées sur le terrain. Selon le rapport de l'AFDC, l'incendie de Fatri a éclaté dans une vallée de chênes et de pins, inaccessible du fait du manque de routes agricoles, ce qui a rendu la tâche des pompiers plus difficile et requis l'intervention d'hélicoptères. La superficie détruite est de 140 hectares d'espaces verts, et les causes seraient dues à des activités agricoles.
À Wadi Chahrour, c'est une surface encore indéterminée de pins, de chênes et d'oliviers qui a brûlé hier. Ce même bois avait brûlé au début des années 1990 : il lui avait fallu vingt ans pour retrouver ses couleurs et quelques heures pour noircir à nouveau. Sawsan Bou Fakhreddine, directrice de l'AFDC, précise que ces deux incendies ne sont pas les plus destructeurs que le Liban ait connus cette saison, rappelant que le feu de Baawarta avait décimé, il y a peu, 540 hectares, et celui de Anout 300 hectares.
Pour sa part, le commandement de l'armée a annoncé avoir éteint, en collaboration avec les forces aériennes, la Défense civile et les habitants, des incendies à Hadatha, Hariss et Bkessine au Sud, à Betchay, Deir Koucha et Kfarnis au Mont-Liban, ainsi qu'à l'usine Mimosa dans la Békaa.
Réunion au Grand Sérail
Par ailleurs, le Premier ministre Saad Hariri a présidé hier après-midi, au Grand Sérail, une réunion de coordination pour la gestion de la lutte contre les incendies de forêt, en présence des ministres de l'Intérieur Ziyad Baroud, de l'Agriculture Hussein Hajj Hassan, de l'Environnement Mohammad Rahhal ainsi que du secrétaire général du Conseil supérieur de la défense, le général Adnane Merheb, du directeur général de la Défense civile, le général Darwiche Hobeika, du chef de la brigade des pompiers de Beyrouth Mounir Mkhallalati et d'autres.
La discussion a porté sur la stratégie nationale de la gestion de lutte contre les incendies, approuvée par le Conseil des ministres en mai 2009, et ses mécanismes de mise en œuvre, ainsi que la loi adoptée par le Parlement à cette fin en mars. À l'issue de la réunion, des mesures ont été prises pour remédier à la situation résultant des incendies récents et pour empêcher que d'autres catastrophes de cette ampleur se produisent. Une autre réunion devrait se tenir jeudi prochain avec tous les ministères et départements concernés, sous la présidence du général Adnane Merheb, pour préparer un plan intégré de gestion de la lutte contre les incendies de forêt et discuter des besoins des institutions concernées.
Après la réunion, le ministre Hajj Hassan a déclaré avoir revendiqué « la nécessité de recruter davantage de membres à la Défense civile et de mettre à jour les équipements ». « Nous devons assurer le financement nécessaire à ces questions », a-t-il ajouté.
M. Rahhal a qualifié le sinistre de « catastrophe écologique », assurant que « la responsabilité est partagée dans ce domaine ». À la LBCI, le ministre de l'Environnement a assuré transmettre à la réunion du Grand Sérail la nécessité d'effectuer un recensement rapide des forêts à protéger, la construction de routes agricoles pour rendre ces régions plus accessibles et l'interdiction de couper les arbres brûlés pour en faire des bûches parce qu'un arbre peut revivre.
Éteindre les « flammes politiques »
Pour sa part, le ministre Adnane Kassar a déploré les incendies qui ont ravagé le Liban, du Nord au Sud, dimanche. Il a souligné « l'importance de lancer une campagne de reboisement significative et urgente ». Le ministre s'est « félicité de l'arrivée de la pluie qui a contribué à éteindre les feux », espérant qu'elle « contribuerait également à éteindre les feux politiques des dissensions qui divisent le pays ».
Le bloc du Courant du futur, qui s'était réuni hier, a lui aussi abordé le sujet. Il a souligné la nécessité de déployer de grands efforts, aux niveaux officiel et populaire, pour contrer les changements climatiques et protéger les ressources naturelles.
De son côté, Élie Mahfoud, président du Mouvement du changement, a estimé que tant d'incendies ne pouvaient provenir de causes naturelles uniquement, soupçonnant même « l'implication d'États qui ne veulent pas le bien du Liban ». Selon lui, il n'y a qu'une solution envisageable, celle de renforcer les gardes forestiers.
Les écologistes n'étaient pas en reste. Walid Abou Sleiman, président d'une ONG écologique, s'est prononcé « pour une stratégie de défense environnementale et pour une campagne nationale de reboisement ». Mazen Abboud, conseiller auprès du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), a recommandé au ministère de l'Énergie et des Ressources hydrauliques de « subventionner le prix du mazout afin d'empêcher l'abattage massif d'arbres », espérant que « le parquet se saisira des cas des personnes ayant causé les feux ».

