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Égypte : Après les législatives, le PND est un vainqueur bien affaibli - Interview

Égypte : Après les législatives, le PND est un vainqueur bien affaibli

Maha Azzam, chercheuse au Chatham House, explique à « L'Orient-Le Jour » pourquoi le retrait des principaux partis de l'opposition des élections égyptiennes affaiblit le parti au pouvoir avant la présidentielle de 2011.

« Ayez pitié du peuple égyptien, signé un enfant égyptien »...Photo AFP

À peine les législatives égyptiennes terminées que la victoire - désormais certaine - du parti de Hosni Moubarak, le Parti national démocrate (PND), est déjà contestée. Le retrait des principales forces de l'opposition du second tour de l'élection ainsi que les nombreuses accusations de fraudes et de violences enregistrées jettent une ombre sur la légitimité du pouvoir. « Le retrait des Frères musulmans et du Wafd est un très mauvais signe pour le PND, qui s'est montré incapable de tolérer toute forme d'opposition, aussi faible soit-elle », déclare Maha Azzam, experte en politique égyptienne au Chatham House, un think tank britannique. « Ces élections, truffées d'irrégularités, affaiblissent la légitimité du régime et le placent dans une position très difficile », estime-t-elle dans une entrevue accordée par téléphone à L'Orient-Le Jour.
Les conditions dans lesquelles se sont tenues les élections ont également été dénoncées par de nombreuses organisations internationales, dont Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International. « L'exclusion répétée de représentants de l'opposition et d'observateurs des bureaux de vote, de même que les informations faisant état de violence et de fraude, suggèrent que les citoyens n'ont pas pu prendre part à des élections libres », indique un communiqué de HRW.
Des voix au sein même du PND se sont également élevées contre ces irrégularités. Selon le quotidien égyptien al-Ahram, des membres du parti vieux de 32 ans et créé par l'ancien président Anouar Sadate se sont dit « bouleversés » par l'issue du scrutin, tout en estimant que les résultats « portent atteinte » à la crédibilité du régime. Une source du PND ayant requis l'anonymat a indiqué au journal que les Frères musulmans, « qui jouissent d'une large popularité au sein de la population, que cela nous plaise ou pas », sortent de ces élections avec « un soutien populaire encore plus fort ».
La principale force d'opposition en Égypte, qui avait réussi une percée en 2005 en raflant 20 % des sièges de l'Assemblée, avait subi des pressions accrues de la part du régime avant le début des élections. Près d'un millier de militants ont été arrêtés ces dernières semaines et plusieurs dizaines de candidatures avaient été invalidées.
« La confiance dans le régime, déjà affaiblie, s'est écroulée, affirme Mme Azzam. Ces élections constituent un vrai revers pour Moubarak. »
Même les Coptes, traditionnellement loyalistes, semblent s'être retournés contre le pouvoir. Le pape Chénouda III, chef de l'Église copte égyptienne, a récemment annoncé qu'il a voté pour un candidat de l'opposition, Rami Lakah, un Copte du parti Wafd. Cette déclaration est d'autant plus surprenante qu'en 2005, le pape Chénouda III avait appelé à voter pour le PND et était même allé jusqu'à excommunier plusieurs Coptes pour s'être présentés aux législatives dans le camp de l'opposition.
« Le plus grand perdant de ces élections est le système démocratique en Égypte. Les précédentes élections ont déjà été entachées d'accusations de fraude, mais la situation n'a jamais été aussi dérisoire, souligne la chercheuse égyptienne. Les Frères musulmans ont respecté les règles du jeu en dépit de toutes les intimidations et c'est pourquoi ils sortiront renforcés de ces élections et gagneront encore plus en popularité. »
Début septembre, plusieurs personnalités influentes, dont Mohammad el-Baradei, l'ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique, avaient appelé à un boycott du scrutin. Mais les Frères musulmans ont décidé de se lancer dans la bataille électorale qui est, selon eux, « le seul moyen pacifique pour le changement ». « Les élections sont la fenêtre qui nous permet de vivre avec le peuple dans les circonscriptions, pour promouvoir l'appel à la réforme », a déclaré le guide des Frères musulmans, Mohammad Badie, dans un entretien la semaine dernière à la chaîne satellitaire arabe al-Arabiya.
Certains observateurs se demandent si la décision de la confrérie musulmane de se présenter à ces élections n'était pas une erreur, surtout que le PND n'a jamais caché son intention de laminer la représentation parlementaire de l'opposition islamiste, à un an de la présidentielle. Mais pour Maha Azzam, la participation de l'opposition au premier tour et son retrait au second ont « exposé le vrai visage du régime autoritaire » de Hosni Moubarak. « Le boycott n'est pas venu trop tard, au contraire, dit-elle. Vu le niveau de fraude enregistré au profit du PND, les Frères musulmans ont réussi à retourner la situation en leur faveur et à envoyer un message bien clair à la communauté internationale. »
Face aux incertitudes sur la santé du président égyptien, 83 ans dont 29 au pouvoir, et sur son éventuelle succession lors de la présidentielle de 2011, le PND entendait conserver une large majorité à l'Assemblée afin de renforcer l'image de stabilité du régime et modifier si nécessaire la Constitution, explique encore la chercheuse égyptienne. Résultat : le parti au pouvoir s'est placé dans une posture embarrassante qui risque de décrédibiliser bien à l'avance le scrutin de 2011.
À peine les législatives égyptiennes terminées que la victoire - désormais certaine - du parti de Hosni Moubarak, le Parti national démocrate (PND), est déjà contestée. Le retrait des principales forces de l'opposition du second tour de l'élection ainsi que les nombreuses accusations de fraudes et de violences enregistrées jettent une ombre sur la légitimité du pouvoir. « Le retrait des Frères musulmans et du Wafd est un très mauvais signe pour le PND, qui s'est montré incapable de tolérer toute forme d'opposition, aussi faible soit-elle », déclare Maha Azzam, experte en politique égyptienne au Chatham House, un think tank britannique. « Ces élections, truffées...